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Podalydès, Denis

comédien

Denis Podalydès lit "Avignon à vie" de Pascal Rambert

Artesquieu · Apr 10, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full (le texte est lu en entier ; la transcription automatique déforme plusieurs noms propres)

Core ideas

Avignon à vie est un texte en forme de voyage en TGV de Paris à Avignon, un jour d'été, dont le narrateur, un metteur en scène, regarde défiler les banlieues, les tunnels, les champs, les passagers (un homme d'affaires endormi, une adolescente gothique, une jeune femme du parking, rebaptisée Sandra), et fait de chaque vision un déclencheur de mémoire. Le train devient un « canal libidinal » où les corps se dénudent par l'esprit, et la ligne du Sud une manière de remonter vers l'adolescence du narrateur, arrivé à Avignon à dix-sept ans, tremblant et sans argent, regardant passer Antoine Vitez à la terrasse de la Civette, dormant dans l'herbe contre la clôture du camping Bagatelle, face aux murs du Palais des Papes, en se promettant : « ici un jour j'existerai ».

Le texte avance par blocs. Une ode lyrique à Avignon et à ses « corps et gorges » (le vent de la cour d'honneur qui sort des corps, des mains, du ventre) ; une adresse aux morts aimés du théâtre (Vitez, Marc Delsert (graphie incertaine), Richard Fontana, Jean-Luc Boutté (graphie incertaine), Claude Régy, Alain Crombecque), qui sont « les gardiens de mes images » : sans leur regard, pour qui travailler ? ; une dérision du théâtre (« je hais le théâtre... » puis aussitôt « je ne pense pas cela un instant ») et la fascination devant Pina Bausch ; une charge ironique contre la province et le Sud, ses « corps dépoitraillés » et son accent, à laquelle le narrateur répond aussitôt : « pourtant tu l'as aimé ce Sud » ; la défense du « in » contre le « off » et une déclaration de dépendance : le public d'Avignon et les artistes sont des « drogués » qui viennent chercher un « fixe » parce que leurs corps sont lourds de peine, pour que les artistes « prennent un peu de notre peine » et les allègent un instant. Un récit de fiction courte : Sandra et Pierrick, un couple de Mâcon et du Creusot, avec l'idée que les êtres humains dégagent des couleurs (« histoire violette ») et que nous n'appartenons « qu'aux couleurs qui s'échappent de nous ».

Un passage central est une longue litanie de « je n'ai pas vu » : tout ce que le narrateur n'a pas vu du festival depuis Jean Vilar (Gérard Philipe, Jeanne Moreau, Maria Casarès, Béjart, Godard, Le Soulier de satin, le cheval d'Hamlet de Chéreau, Kantor, Castellucci, Gisèle Vienne, l'annulation de 2003 et les intermittents), « et pourtant au matin j'ai pleuré ». Suivent une liste de « quelle année ? » (le souvenir d'un spectacle dans la tête, « du temps dans la tête ») et l'hommage à son maître Antoine Vitez, que le narrateur voit derrière la vitre du TGV, passé et présent se télescopant « comme deux TGV qui se croisent dans la nuit ». Le texte imagine ensuite la cour d'honneur en hiver (le Palais des Papes visité en janvier, sous la neige, où Rambert lit dans la pierre les conflits qui s'expriment l'été sur scène) et un « festival végétal » : laisser le lierre et l'herbe pousser, abandonner juillet au Off et revenir en septembre avec « quelques chaises, la présence humaine ». Le texte se termine à l'arrivée à Avignon, où, sur le quai, le narrateur voit briller dans l'air « une poussière d'or » : les « quelques grammes d'or que promet parfois le théâtre ». Son titre indique un amour sans fin pour le lieu : « Avignon c'est Avignon à vie ».

Excerpts

“« Ces gens sont comme moi des drogués. Comme les critiques de théâtre, les critiques sont des drogués. Nous allons au théâtre pour que le fixe soit bon. [...] Tous ces corps viennent chercher un fixe, car tous ces corps sont lourds, comme tous les corps remplis de peine et de tristesse, et c'est pour que ces artistes que nous aimons tant prennent enfin un peu de notre peine, arrachent de nos cœurs regrets, chagrins, mélancolie et solitude, et qu'ils nous allègent un instant. »”

“« Je n'ai pas connu Jean Vilar, je n'ai pas vu la Chinoise de Godard dans la cour, je n'ai pas vu Béjart répéter le matin au soleil, je n'ai pas vu Jeanne Moreau et Gérard Philipe en 51. [...] Je n'ai pas vu les saluts du Soulier de satin et pourtant au matin j'ai pleuré. Je n'ai pas vu les saluts de La Servante et pourtant au matin j'ai pleuré. »”

“« Ces quelques grammes, je les ai vus. Ils existent. Je les ai vus, oui, dans l'air un soir, tout en haut de la cour d'honneur, léger. [...] Sur le quai de la gare TGV d'Avignon, j'allumais une cigarette. Je levais les yeux et je vis dans l'air briller comme une poussière d'or. »”