Bourdieu, Pierre
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Core ideas
Pourquoi Bourdieu n'avait pas parlé à la télévision. Interrogé sur son absence des plateaux pendant la grève, Bourdieu répond que la télévision donne presque toujours la parole sur le monde social à ceux qui n'en connaissent rien, et très peu à ceux qui pourraient en parler ; qu'un chercheur a besoin de recul ; et que la télévision n'est pas favorable à la communication de ce qu'on sait du monde social. Un micro-trottoir de l'émission montre que l'on peut faire dire aux passants que la télévision a bien parlé de la grève puis, par un autre montage, exactement le contraire.
La violence douce d'une émission. Bourdieu choisit La Marche du siècle parce qu'on y voit, sous une forme subtile, des effets pervers courants : le présentateur y soumet les syndicalistes à une « sommation à comparaître » (« quelles réformes proposez-vous ? »), alors que « on peut questionner sans remettre en question » et que le travail du sociologue est de mettre la personne en confiance ; il note que le même ton ne serait jamais pris avec un ministre. Il décrit une censure invisible des conditions du média : le temps, l'audimat, la publicité qui coupe un début de réponse, l'obligation de trouver un contradicteur (le débat comme « forme soft du catch »), les titres donnés aux invités (« essayiste », « économiste »), et l'idée que « s'il n'y a pas débat il n'y a pas démocratie ».
Les réponses des journalistes. Cavada rappelle qu'il a invité Bourdieu et défend la confrontation (« la confrontation pour moi c'est pas le cirque »), tout en disant que les intellectuels méprisent la télévision ; Durand dit avoir choisi une chaîne câblée pour avoir du temps. Bourdieu analyse un extrait où Bernard Thibault demande la parole : les invités sont formellement égaux mais inégaux de fait, et en laissant faire, le présentateur avantage ceux qui ont l'habitude du plateau ; il remarque aussi les signes infimes (hochements de tête) qui orientent l'interlocuteur, que les téléspectateurs décodent bien. Il distingue ensuite sa prise de position de citoyen à la gare de Lyon de son travail scientifique, et plaide pour des lieux où « la discussion soit rationnelle ».
Marseille et conclusion. Un reportage sur la grève de la régie des transports marseillais montre que la proximité quotidienne entre journalistes et grévistes a produit de bons rapports, même si la mairie dénonce des journalistes partisans par peur ; Bourdieu conclut que le monde journalistique fait peser sur le média un inconscient qu'il faut éclairer par un travail de lucidité, avec des échanges entre analystes et professionnels, non des « serments » ou des ruptures.
Excerpts
“« elle donne presque toujours la parole sur le monde social à ceux qui n'en connaissent rien »”
“« on peut questionner sans remettre en question »”
“« s'il n'y a pas débat il n'ya pas démocratie »”
“« l'instauration de lieux où on puisse discuter dans des conditions telles que la discussion soit rationnelle »”