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Céline, Louis-Ferdinand

écrivain et médecin

Louis-Ferdinand Céline - Deuxième entretien radio (1957)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: partial (transcription automatique très déformée par endroits, notamment dans les passages politiques et dans la fin ; seuls les points suffisamment lisibles sont rapportés, les passages incertains sont omis)

Core ideas

Céline explique qu'il a publié « D'un château l'autre » avant tout « pour des raisons économiques », étant selon lui frappé d'une sorte d'interdit depuis plusieurs années, et parce que le livre traite d'un moment de l'histoire de France (Pétain, Laval, Sigmaringen) dont « un jour on parlera dans les écoles ». Sur la littérature, il se dit avant tout styliste et « coloriste » : changer de style serait impossible, les « pensées profondes » se trouvent dans les ouvrages spécialisés, et ce qui compte est le style, qu'il compare à la manière dont un peintre ne s'occupe pas de la pomme mais de « la pomme de Cézanne ». Il récuse l'idée d'une improvisation : son style parlé est le fruit d'un énorme labeur, une « stylisation » de centaines de pages qui demande de tout revoir (il évoque 80 000 pages à la main pour quelque 500 imprimées), et l'auteur doit « effacer le travail », comme un paquebot dont les passagers ne voient pas les soutes.

Interrogé sur sa position, il affirme qu'il n'a jamais voulu être un « mandarin » de la littérature, que son isolement et l'hostilité générale ne lui déplaisent pas, et que son engagement d'avant-guerre (vers 1937-38) tenait à son pacifisme, justifié par son statut de mutilé de guerre de 1914. Il revendique de n'avoir jamais collaboré à aucun journal, donné d'interviews, voté ni appartenu à un parti, ni reçu d'argent d'aucun gouvernement. Sur l'antisémitisme que lui reprochent son interlocuteur et le public, il l'explique par la conviction que ceux qu'il visait poussaient à la guerre, qu'il compare à des « sectes » persécutées par les rois (Templiers, jansénistes), tout en admettant que c'était « évidemment une erreur profonde » née de l'orgueil et de la bêtise ; il affirme ne rien renier tout en reconnaissant s'être peut-être trompé. Sur l'armée allemande, il dit avoir seulement voulu la paix, et qu'une France forte (avec une armée dissuasive) aurait conservé ses colonies ; il justifie son départ pour le Danemark en disant qu'on voulait l'assassiner à Paris, qu'il a été volé et qu'il a fait deux ans de prison.

Il développe ensuite une vision pessimiste de l'avenir de la France : selon lui, elle a perdu son statut de première nation du monde, n'est plus qu'un petit pays comparable à la Suisse sans souveraineté réelle, face à des « blocs » démographiques comme la Chine (le « géant qui dort » de Napoléon) ; l'histoire ne « repasse pas les plats ». Interrogé sur le suicide mentionné dans son livre, il répond qu'il l'envisage assez calmement pour des raisons matérielles (vieillesse, maladie, ressources limitées), sans mépris de soi, et déclare qu'il se contente de « regarder » (« voyeur » et non exhibitionniste). Il termine sur ce qui l'agace chez les hommes : ils sont « lourds et épais », surtout quand ils s'imaginent malins, alors que lui, fils d'une réparatrice de dentelles anciennes, connaît la finesse.

Excerpts

“« Je travaille avec beaucoup de labeur. [...] Tenir un effort de stylisation de cinq cents pages demande énormément d'efforts : il faut complètement revoir et revoir. [...] Le lecteur doit même pas savoir : l'auteur a effacé le travail. »”

“« Vous mettez une bonne heure dans un paquebot et tout doit être délicieux. [...] Il doit jouir des paysages de la mer. Tout ce qui est mécanique ou servitude ou services, ça ne le regarde pas du tout. »”

“« Les hommes en général, ils sont lourds et épais. [...] Plus que méchants, bêtement lourds. Je suis le fils d'une réparatrice de dentelles anciennes. »”