Le Tellier, Hervé
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une émission d'environ vingt-cinq minutes, avec un billet d'humeur, une revue de l'actualité culturelle, un extrait musical et un jeu ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et la chanson ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
Plagiat, copier-coller et Oulipo. L'animateur ouvre sur une affaire de copier-coller (la directrice d'une école de journalisme accusée d'avoir recopié des passages dans ses chroniques), qu'il traite sur le mode de l'exercice de style « digne de l'Oulipo ». Le Tellier précise que l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle, fondé en 1960 par François Le Lionnais et Raymond Queneau) a une notion de « plagiat par anticipation » : on cherche qui, avant nous, a pratiqué une contrainte que nous pratiquons (d'Aristophane à Apollinaire). Le copier-coller peut être une contrainte : La Vie mode d'emploi de Perec contient des citations cachées (Jules Verne, Barthes) « comme des gousses d'ail dans un gigot », assumées dans un cahier des charges retrouvé après sa mort.
Entrer et vivre à l'Oulipo. Le groupe compte une quarantaine de membres (dont à peu près la moitié sont morts) et fête ses 55 ans. Le Tellier y est depuis 1992 ; il explique, avec humour, que poser sa candidature garantit de n'y jamais entrer (à l'inverse de l'Académie française) : on est invité à une réunion et on y montre sa capacité à vivre avec le groupe ; la qualité principale est l'amitié et la capacité d'apporter quelque chose. Être dans le groupe stimule un goût pour la contrainte, un côté enfantin et ludique qui permet d'aller au bout de ce qu'on ne ferait pas seul. L'Oulipo reste essentiellement français mais accueille des membres étrangers (deux hispanophones) ; ses contraintes sont traduisibles (La Disparition de Perec, sans la lettre e, traduit en une dizaine de langues avec contrainte adaptée). Il évoque aussi des « cousins » (l'Oumupo, ouvroir de musique potentielle, et d'autres ouvroirs dont les noms sont déformés dans le transcript) et une œuvre musicale écrite avec des contraintes.
Cacher ou exhiber la contrainte. Deux démarches à l'Oulipo : cacher la contrainte ou l'exhiber. Dans La Disparition, la contrainte est forcément exhibée (on perd le sel du texte si on ignore que le « e » est évité) ; dans d'autres cas (sonnet, haïku), la forme visible place le lecteur dans un univers circonscrit. Il rappelle le clinamen, « la possibilité de ne pas respecter la contrainte lorsqu'on sait qu'on pourrait la respecter ». Les oulipiens sont libres de faire des textes sans contrainte, ce qui lui est arrivé, surtout dans les textes longs.
Demandez aux muets. Son livre est une série de 115 courts dialogues (deux ou trois répliques) entre un maître et son disciple, nés d'une chronique du Monde : le maître répond de façon absurde mais profonde, enseigne la méfiance envers les apparences et le sérieux, la distance, l'intériorité. Il lit trois dialogues (par exemple : « Comment prouver ma patience ? » « Achète un hamac ») ; il avoue s'auto-citer et réutiliser des idées ou des textes d'autres auteurs en les modifiant (il évoque Ramón Gómez de la Serna dans Les Amnésiques, et l'idée des moules et de Venise devenue des huîtres). Il tient la brièveté pour une contrainte (le principe du tweet lui plaît).
Jeux : l'antonymie et le hashtag. Le Tellier propose un jeu d'« antonymie » (remplacer une phrase par son contraire : Demandez aux bavards, Critiquons demain les petites femmes) et mentionne un jeu lancé sur Twitter (remplacer un mot dans un titre de livre par « oulipo »). Il choisit enfin comme œuvre préférée Louons maintenant les grands hommes (James Agee, photographies de Walker Evans), récit d'une famille de métayers de l'Alabama dans les années 1930, commande du magazine Fortune jamais publiée, dont il admire la description minutieuse de la pauvreté (la suite de sa phrase est déformée dans le transcript).
Excerpts
“« plagiat par anticipation »”
“« la possibilité de ne pas respecter la contrainte lorsqu'on sait qu'on pourrait la respecter »”
“« si on pose sa candidature à l'oulipo on est garantie de ne jamais y rentrer »”