Modiano, Patrick
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les extraits lus du roman ne sont pas des propos de l'invité et sont traités comme tels)
Core ideas
L'émission présente « Fleurs de ruine » comme un roman typiquement « modianesque » (quête du passé, allusion à Drancy, au père, à la bande de la rue Lauriston, promeneur parisien « à la recherche de ses fantômes au coin de la rue »). Le roman part d'un fait divers de 1933 (un jeune couple d'ingénieur et son épouse retrouvés morts au 26 rue des Fossés-Saint-Jacques après une nuit de fête, avec un mot attribué au mari), lu en ouverture, puis s'oriente rapidement vers d'autres pistes : le fait divers sert de prétexte à évoquer d'autres mystères, d'autres personnages (Violette Nozière, une jeune femme nommée Sylviane qui fréquente les billards du quartier Latin, un homme usurpant le nom de « Pacheco »), des vies quotidiennes et des « biographies imaginaires ». Modiano explique qu'il avait toujours eu l'envie de choisir un fait divers pour en faire un livre, mais que cela « bifurque tout de suite vers l'imaginaire » ; il a exploré les faits divers de 1930 à 1970 et choisi celui-ci pour son côté mystérieux, qui l'avait frappé « inconsciemment ».
Il décrit sa méthode : il a besoin de quelque chose de précis, de « pilotis » de réel pour que la rêverie puisse se développer (plus la recherche est précise, plus la rêverie peut s'étendre), à la façon d'un romancier naturaliste avec un carnet, mais pour aboutir à un univers énigmatique, fantomatique, très différent du résultat chez Flaubert. Ce sont surtout les lieux (Montagne-Sainte-Geneviève, Montparnasse, stade Charléty, cité universitaire, 16e arrondissement, banlieues de Paris) plutôt que les personnages qui l'inspirent : un lieu imprégné de ce qui s'y est passé et de l'absence de ceux qui ont disparu suscite la rêverie, et les personnages se profilent ensuite sur ce lieu comme des silhouettes. Il reconnaît que la quête d'identité et de mémoire retrouvée est son « odyssée » personnelle (Ithaque qu'on n'atteint pas), née d'impressions d'absence et de personnes « fuyantes » dans l'enfance. Les extraits lus montrent le narrateur à la recherche d'un homme qui n'était pas « Philippe de Pacheco » mais un certain Charles Lombard, d'un père qui lui aussi avait « l'aspect d'un clochard » et d'une scène où un homme dans la rue sous la pluie semble se fondre dans un mur comme une peinture non fixée, scène que le narrateur rapproche de la disparition d'autres personnes, dont son père.
Excerpts
“« J'avais toujours eu la velléité de prendre un fait divers et d'essayer de faire un livre sur un fait divers que j'aurais choisi, mais je me suis aperçu que ce n'était pas possible, parce que ça bifurquait tout de suite vers l'imaginaire. [...] Pour que la rêverie puisse se développer, j'ai toujours besoin de quelque chose de précis, de réel : ce sont comme des pilotis. »”
“« Ce sont ces lieux qui m'inspirent la rêverie plutôt que des êtres humains. Les lieux sont imprégnés de différentes choses qui se sont passées, et il y a aussi un sentiment d'absence : étant donné qu'il ne reste plus que le décor, on ressent une sorte d'absence qui est un déclic très fort pour la rêverie. »”
“« On est toujours prisonnier d'une histoire personnelle. [...] Ce sont des impressions d'absence, de choses floues, de gens qui étaient fuyants. »”