Sonnac, Nathalie
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une émission d'environ quarante minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, les chiffres et quelques enchaînements ; les passages incertains sont omis ou hédgés)
Core ideas
Le conflit TF1-Canal+ comme révélateur. Le point de départ est la décision de Canal+ de ne plus diffuser les chaînes du groupe TF1 sur son offre satellite (TNTSAT), parce que TF1 exige désormais d'être rémunéré par les distributeurs (SFR et Orange ont fini par accepter, Free et Canal+ refusaient). Nathalie Sonnac explique que Canal+ avait le droit de couper, puisque France Sat permet de capter les chaînes gratuites par satellite, mais que cela pénalise les habitants des « zones blanches » ; elle rappelle que TF1 peut retirer elle-même ses services de rattrapage chez un distributeur, alors qu'un opérateur doit demander le retrait de la chaîne. Les intervenants détaillent la querelle : TF1 a d'abord voulu faire payer le signal de la chaîne elle-même, ce qui a bloqué les négociations, avant de se rabattre sur des services « premium » (rattrapage, redémarrage, applications) que les opérateurs acceptaient de payer. L'ordre de grandeur évoqué est d'une dizaine de millions d'euros par an avec Orange, soit peut-être cinquante à soixante millions avec l'ensemble des opérateurs, très en dessous des moyens de Netflix ou d'Amazon.
Où est la valeur ? Contenu contre tuyaux. Pour Sonnac et Bomsel, la valeur économique réside dans le contenu et non dans son transport ; les opérateurs télécoms offrent du « triple play » sans produire de contenu. Mais le rapport de force est ambigu : TF1 est « le petit Poucet » face à des groupes (Orange à plus de 40 milliards de chiffre d'affaires, contre un chiffre incertain dans le transcript, de l'ordre de quelques milliards, pour TF1), et l'on peut renverser l'argument (c'est parce qu'elle est dans les box que TF1 vend ses écrans publicitaires). Les chaînes historiques reçoivent des fréquences en échange d'obligations (quotas de production et de diffusion, financement de la création), alors que Netflix et Amazon jouent, selon Sonnac, dans une asymétrie réglementaire, fiscale et financière ; Free envisage même de se passer des chaînes. Les opérateurs ont aussi demandé, sans l'obtenir, un partage des recettes publicitaires comme à l'étranger.
Usages, publicité, modèle payant. Bomsel rappelle que la télévision de flux domine encore (environ 3 h 42 par jour en moyenne, une heure pour les 18-35 ans contre cinq ou six heures pour les 60-90 ans), mais que les jeunes regardent des programmes sur d'autres écrans (Sonnac nuance : ils regardent moins la télévision, pas moins de programmes audiovisuels). TF1 veut capter ce public avec des applications nominatives et de la publicité personnalisée ; l'achat d'un site de contenus féminins (de l'ordre de 400 millions d'euros d'après le transcript) montre une diversification des supports. Bomsel explique que la fiction est « un récit au passé » qu'on n'a pas à consommer à heure fixe : seules les séries feuilletonnantes avec suspense créent un consentement à payer, ce qui pourrait ouvrir à un modèle hybride (publicité plus services payants) et à un secteur public gratuit financé par la redevance. Sonnac juge la publicité télé encore efficace et plaide pour un assouplissement du cadre (décret de 1992, chronologie des médias).
Régulation et réponse européenne. Sonnac demande une régulation plus « souple et agile » (revoir les relations producteurs-diffuseurs, faire contribuer les nouveaux acteurs au financement de la création mais autrement qu'il y a trente ans) et juge qu'on est au « moment propice » pour une grande loi sur l'audiovisuel. Fabienne Schmitt rappelle les échecs répétés de projets de plateforme commune (TF1-M6, puis avec France Télévisions et Orange) et juge un « Netflix européen » difficile mais souhaitable. Bomsel y voit au contraire « un pur fantasme » : le bon modèle serait la coproduction avec Netflix et Amazon, comme la BBC (qui produirait, selon lui, dix à vingt fois plus de séries que la France), mais la réglementation française, qui ne laisse pas aux chaînes la propriété des droits, bloque cette voie ; Sonnac répond que partenariat américain et plateforme européenne ne sont pas exclusifs.
Excerpts
“« La valeur ne se trouve évidemment pas dans le transport du contenu, mais dans le contenu. »”
“« La fiction, c'est un récit au passé ; rien ne vous oblige à le consommer à heure fixe. »”
“« Absolument pas, c'est un pur fantasme. »”