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Michon, Pierre

écrivain

Pierre Michon - Entretien (Du jour au lendemain)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, noms propres parfois altérés ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Michon commente d'abord ses deux titres « épais dans la bouche », un avertissement au lecteur : « Le Roi du bois » est volé au « Rameau d'or » de Frazer (le roi du bois de Nemi, vieille mythologie), « La Grande Beune » est le nom d'une vraie petite rivière de Dordogne qu'il a « amplifiée » en fleuve, comme une « femelle archaïque du Grand Meaulnes ». Il dit n'avoir jamais prévu d'avenir littéraire après « Vies minuscules », écrit comme une « opération de survie existentielle », et ses livres d'aujourd'hui comme une attente de ce qui changera sa vie. Il récuse le malentendu de la presse qui ne lui prêterait d'intérêt que pour les « petits », les obscurs : il a écrit sur Van Gogh, sur Claude Lorrain et sur d'autres peintres, et un maître se reconnaît à ses serviteurs (Pascal) ; la femme centrale de « La Grande Beune » est une femme de prestance, qu'on imagine reine d'Espagne plutôt que buraliste.

Il explique qu'il n'écrit pas de romans : le roman est une « tarte à la crème » épuisée, mais surtout, quand il l'essaie, il « se plante » ; ce qu'il écrit vient d'un coup, dans l'exaltation et la grâce, « comme une flèche », alors que fabriquer du roman (plans, structures) est un « travail pesant » qui lui ferait « honte ». Il lui faut une « exultation extraordinaire » pour écrire, sans quoi « je ne fais rien » ; le livre bref tient parce que l'intensité de celui qui écrit ne doit pas être rompue, ce que le lecteur sent tout de suite, tandis qu'un long livre oblige à « être un autre longuement ». Il dit être un grand lecteur, de moins en moins de contemporains, plutôt d'histoire naturelle du XVIIIe, de textes du XVIIe (Pères, Gassendi, Descartes, Buffon), et se dit plus tenté par la joie que par la colère, qu'il juge devenue consensuelle (il rattache la colère des avant-gardes à un projet de transformer le monde, alors qu'aujourd'hui elle est « celle du clochard qui meurt sur un banc de métro »).

Il parle de sa langue (« classique » non par choix mais par fatalité, voulant faire résonner « l'ancien dans le nouveau ») puis de ses livres. « La Grande Beune » : un instituteur, en 1961 (avant la fermeture de Lascaux), dans un village de la Vézère, entre sexe, voile, obscénité et préhistoire (les peintures pariétales lues avec Leroi-Gourhan : animaux et blessures, masculin et féminin interchangeables), cherchant à faire un « mythogramme » plutôt qu'un roman, avec une héroïne masochiste ; un exergue de Platonov (« la terre dormait nue et tourmentée comme une mère... ») ; la rivière comme temps qui passe et temps qu'il fait, avec le déluge archaïque. « Le Roi du bois » : un garçon de la campagne près de Rome, ambitieux, qui prend des peintres pour des gentilshommes, rencontre Claude Lorrain, finit garde-chasse d'un duc, plein de rancœur. Il dit aimer être écrivain parce qu'on peut être beaucoup de personnages, et annonce un texte en préparation avec un groupe de personnages « comme des mafiosi » dans un cadre déjà un peu mythologique.

Excerpts

“« Quand je veux faire un roman, je me plante. [...] Ce que j'ai écrit de La Grande Beune est venu d'un coup, dans la passion, dans l'excitation, dans la nécessité, comme une flèche qui part et qui va à son but ; et puis après j'ai poursuivi, mais j'ai fabriqué du roman. »”

“« Pour ce qui est du moment où je suis au travail, il faut que j'aie une sorte d'exultation extraordinaire pour écrire. Sinon, je ne fais rien. Sinon, je me moque de moi. »”

“« Il faut que l'intensité de celui qui écrit ne soit pas rompue, sinon le lecteur s'en rend compte tout de suite. [...] On épuise vite en intensité un objet de désir. »”