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Luchini, Fabrice

comédien

Fabrice Luchini - Lecture : "Nietzsche et Baudelaire"

Artesquieu · Aug 26, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique correcte pour les textes lus, mais avec quelques déformations, notamment dans les passages de Baudelaire et dans les noms propres ; la synthèse suit le fil de la lecture et les commentaires de l'acteur)

Core ideas

Luchini ouvre par un passage de Pascal sur l'ennui et le divertissement (« rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passion, sans affaire, sans divertissement »), pour introduire Nietzsche, sur qui Pascal, comme Schopenhauer et les présocratiques, a exercé une influence profonde : Nietzsche se serait débattu « avec violence » contre Pascal, tout en lui reconnaissant une « tendresse » car « il m'a infiniment instruit », et l'appelant « le seul chrétien conséquent » qu'il ait connu. Il lit des extraits d'Ecce Homo, écrit seul à Turin quelques semaines avant l'effondrement de Nietzsche, alors que ce dernier n'a pas « cinq lecteurs » : la hauteur de la tâche qu'il se donne (« je ne suis pas un homme, je suis de la dynamite »), son refus d'être canonisé (« j'aime mieux être pris pour un guignol »), l'idée que la vérité a jusqu'ici été le mensonge, la figure du lecteur parfait comme « monstre de courage, monstre de curiosité » et son tempérament « guerrier », avec les règles qu'il se fixe pour attaquer (n'attaquer que les adversaires victorieux, jamais de personnes, jamais par rancune). Luchini s'amuse de la mégalomanie du texte, tout en rappelant que, selon Deleuze, Nietzsche n'est pas fou tant qu'il écrit, et que l'origine de sa folie (syphilis, ramollissement) est incertaine.

Il enchaîne avec la préface du Gai savoir (traduite, précise-t-il, par Alexandre Vialatte), écrite en Sicile, en commentant que Nietzsche doit se lire « lentement », par « ruminage », que c'est un « grand écrivain comique », et qu'il n'a pas l'ambition de comprendre l'éternel retour mais de servir cet écrivain qui a fait de la littérature et de la poésie un matériau de philosophie. Il en retient l'idée qu'on a « nécessairement la philosophie de sa personne », que la philosophie a peut-être été « une simple exégèse du corps », que seule « la grande douleur » libère l'esprit et enseigne « le grand soupçon », qu'on revient de la maladie « avec une nouvelle peau, plus chatouilleux, plus méchant que jamais, avec un goût plus subtil pour la joie ». Il lit aussi le passage où Nietzsche dit ne plus croire que la vérité reste vérité sans ses voiles et préfère « la pudeur que la nature met à se cacher derrière l'énigme », et conclut que les Grecs étaient « superficiels par profondeur », adorateurs de la forme. Il suit avec Baudelaire (L'Invitation au voyage, Enivrez-vous, Le Voyage) en reprenant l'explication d'un ami selon laquelle Baudelaire est un « reflet inversé » de Nietzsche : même détestation de l'hypocrisie sociale, même confiance dans la volonté et la construction de soi, mais Baudelaire choisit la nuit et la mort, Nietzsche le soleil, la danse et la « grande santé », et ils se rejoignent dans l'ivresse comme condition de l'art. L'acteur termine par un résumé du prologue de Zarathoustra et un passage où Zarathoustra, devenu enfant, rencontre le vieux saint dans la forêt, qui ne sait pas « que Dieu est mort », puis par le texte sur l'esprit de pesanteur et le dieu dansant (« maintenant je suis léger, maintenant je vole »). Il plaisante sur les contraintes de la radio publique, le direct, le mistral et les auditeurs de France Culture.

Excerpts

“« On ne peut pas lire Nietzsche comme ça en plein air, on doit le lire toutes portes ouvertes. On doit lire lentement, dit Nietzsche, et surtout avoir une faculté que l'homme moderne a perdue et que la vache pratique : la faculté de ruminer. Parce que Nietzsche est un grand écrivain comique. »”

“« Baudelaire a choisi la nuit, Baudelaire a choisi la mort, le péché originel, la charogne. Nietzsche veut faire le pari du soleil, de la danse, de la grande santé. [...] Il y a un endroit où Nietzsche et Baudelaire deviennent amis, fraternels, en se réconciliant complètement : c'est sur l'ivresse. »”

“« On revient régénéré, avec une nouvelle peau, plus chatouilleux, plus méchant que jamais, avec un goût plus subtil pour la joie, avec une langue plus sensible aux bonnes choses, l'esprit plus gai, enfin doté d'une seconde innocence. On revient plus enfantin qu'on ne le fut jamais et en même temps cent fois plus raffiné. »”