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Girard, René

anthropologue et théoricien littéraire, installé aux États-Unis depuis 1947, élu à l'Académie française le 17 mars 2005

René Girard - Entretien sur Radio Courtoisie (2005)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: partial (une émission d'environ une heure et demie, avec des questions d'auditeurs, des échanges d'animateurs, des annonces d'éditeurs et un long passage sur Kinsey ; transcription automatique très déformée par endroits ; seuls les propos de Girard et les arguments suffisamment lisibles sont rapportés, les passages incertains sont omis)

Core ideas

Une reconnaissance tardive, une anthropologie contre un préjugé. Girard explique que son élection à l'Académie française est un « miracle inespéré » : l'anthropologie, depuis Voltaire, était perçue comme une ennemie du christianisme (toute religion serait fiction), et ce préjugé défavorable est selon lui en train de s'écrouler. Il se défend d'être un penseur contre la modernité : sa démarche respecte les règles de la recherche moderne et il croit possible de montrer, à un niveau purement anthropologique, la « supériorité unique » du biblique et du chrétien sur les religions archaïques. Il dit qu'il n'y a pas d'anthropologie sérieuse sans religion et que sa conversion n'est pas seulement intellectuelle mais issue de cette recherche ; à un auditeur il répond se considérer comme « un catholique très moyen ».

Du mythe archaïque à la révélation de l'innocence de la victime. Il reprend la lecture des anthropologues de 1875 à 1950 (Tylor, Frazer, Durkheim, Lévi-Strauss) qui ont buté sur le sacrifice : derrière les religions archaïques, un scénario de crise collective suivie d'une mort unanime, où la victime est à la fois coupable et divine. Ce que ces anthropologues n'ont pas vu, selon lui, c'est que le sens change dans le judaïsme et le christianisme : Joseph, Job, puis le Christ sont innocents et leurs accusateurs coupables (la « pierre rejetée par les bâtisseurs »). Le Christ accepte d'être la victime en connaissance de tout ce qui s'est déroulé « depuis la fondation du monde » et demande l'imitation (le « tu feras aux autres ce que tu voudrais qu'ils te fassent »), qui permet d'échapper aux rivalités.

Un monde meilleur et pire, l'apocalypse. Il affirme que notre monde est « à la fois bien meilleur et bien pire que tous les autres » : il a perdu les protections sacrificielles des mondes archaïques (rites, guerres) qui contenaient la violence, d'où une montée aux extrêmes (il cite Clausewitz lu par Raymond Aron) rendue possible par la technique et la bombe atomique, et amplifiée par des terroristes prêts à mourir pour tuer. Pour lui, les textes apocalyptiques deviennent « scientifiquement crédibles » : les menaces viennent de nous-mêmes, de nos désirs mimétiques, et il faut choisir entre le royaume de Dieu et le royaume de Satan.

Désir mimétique, littérature et bouc émissaire. Interrogé sur son parcours (bac sous l'Occupation, École des chartes à Paris, départ aux États-Unis en 1947 pour enseigner le français, découverte par l'enseignement de Proust, Cervantès, Dante), il explique le désir mimétique par des exemples littéraires : Paolo et Francesca dans la Divine Comédie (ils tombent amoureux en lisant l'histoire de Lancelot, le livre jouant le rôle de médiateur ; Dante en tombe presque évanoui), Don Quichotte, Emma Bovary, Proust (l'admiration pour la Berma qui ne vient pas de soi). La rivalité mimétique, par contagion, polarise la foule sur un bouc émissaire ; le sens du mot a glissé du rite du Lévitique à l'usage courant (« choisir quelqu'un au hasard comme coupable »), et ce glissement lui-même est un effet de la Bible.

Modernité, consommation, « droit à la différence ». Contre l'idée d'une pensée antimoderne, Girard affirme que la racine de la modernité (la critique des fausses religions) est dans le christianisme, que l'innovation vient de la tradition (Joseph de Maistre sur le sacrifice, Voltaire et l'affaire Calas), et que les inventions humanitaires (l'hôpital) sont chrétiennes avant d'être détournées au profit de rivalités mimétiques. Il décrit une crise des marques et de la publicité (tout le monde imite l'innovation et se ressemble) et voit dans la société de consommation un procédé sacrificiel (épuisement des ressources), tout en reconnaissant ses bienfaits matériels ; il juge le « droit à la différence » paradoxal puisque chacun s'aligne sur l'imitation.

Actualité : États-Unis, Irak, fondamentalistes. Sur la politique américaine, il refuse de réduire la division américaine à un bloc, relève de fortes différences entre régions, affirme que beaucoup de fondamentalistes sont de « très bonnes gens » à la théologie rudimentaire qui veulent seulement moins de pornographie et de violence pour leurs enfants, et que l'administration s'en sert politiquement ; il note aussi que l'Amérique s'est trompée en Irak (pas d'armes de destruction massive) et regrette que la France sous-estime ces enjeux.

Kinsey, l'Église et clôture. Une large part de l'émission est consacrée par Hamiche, Maxence et leurs collègues à une dénonciation du film sur Alfred Kinsey et du rapport Kinsey (méthodologie, échantillons, motivations personnelles, pornographie, parallèle avec le désir mimétique), qu'ils présentent comme contraire à la morale ; Girard déclare n'avoir jamais lu le rapport lui-même, ne l'avoir connu que par la presse, et y voir un élément de la métamorphose de la culture américaine, diffusée ensuite partout. Il répond aussi sur l'exécution de Louis XVI (Saint-Just y voyait une fondation sacrificielle, qu'il rapproche de Shakespeare dans Jules César) et sur l'Église, qui n'est pas parfaite parce que composée d'hommes. Il conclut qu'il faut « rompre avec la pensée politiquement correcte », qu'on découvrira que le religieux est indispensable à toute communauté, et que « le religieux a trop duré pour être une mode », ce que montrerait aussi le darwinisme.

Excerpts

“« qu'il n'y avait pas d'anthropologie sérieuse sans religion »”

“« à la fois bien meilleur et bien pire que tous les autres »”

“« le religieux a trop duré pour être une mode »”