Llosa, Mario Vargas
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et les titres ; plusieurs noms hispaniques sont altérés et les passages douteux sont omis ou signalés)
Core ideas
La première partie raconte l'enfance et la formation. Né à Arequipa en 1936, Vargas Llosa a grandi gâté par sa mère et sa famille maternelle avant de retrouver à dix ans un père autoritaire, qu'il croyait mort ; il lui doit paradoxalement sa vocation, car c'est pour le « guérir » de ses velléités poétiques que son père l'envoie dans un collège militaire (Leoncio Prado, nom transcrit « Léon sur Prades »), où il souffre mais découvre le vrai Pérou, toutes classes sociales mêlées, et nourrit son premier roman « La Ville et les Chiens », dont des exemplaires furent brûlés au collège (sans interdiction officielle, ce qui l'a rendu populaire). Il évoque Piura (nord du Pérou), ville réelle récurrente de ses romans, la dureté de la bourgeoisie péruvienne qu'il critique toujours, l'apprentissage de la lecture à cinq ans comme événement majeur, Dumas et surtout « Les Misérables » de Victor Hugo (qu'il a préfacés plus tard pour une nouvelle traduction espagnole), le journalisme de faits divers (une « source extraordinaire d'expérience » qui a nourri « Conversation à la cathédrale »), l'influence de Sartre (« le vaillant petit Sartre » est un surnom de l'époque) et la fascination pour la France, jusqu'au prix d'un concours de nouvelles qui lui offre un séjour à Paris, puis l'installation et le travail à Berlitz, à l'AFP et à la radio-télévision française. Il dit que tout ce qu'il écrit a pour point de départ quelque chose qui lui est arrivé (« une racine autobiographique »), sur laquelle l'imagination construit.
La deuxième partie traite de Paris et de la naissance d'une conscience latino-américaine : c'est à Paris qu'il découvre qu'il n'est pas un « Européen » mais appartient à une famille culturelle latino-américaine, qu'il rencontre Cortázar (généreux envers lui), Carlos Fuentes, Carpentier, García Márquez (rencontré d'abord par un livre reçu pour son émission), et qu'il lit pour la première fois cette littérature par plaisir. Il explique sa dette envers Flaubert (« Madame Bovary » lue dès son arrivée, la correspondance achetée avec l'argent d'un prix), qui lui montre qu'un talent littéraire peut se construire par discipline et volonté ; il voit dans Flaubert le fondateur du roman moderne. L'exil, dit-il, lui a donné la force de choisir la vie d'écrivain et une vision plus engagée et responsable de la littérature, avec ses avantages (conscience des nuances de sa langue) et ses périls (perdre la langue vivante) ; il est revenu au Pérou en 1974 en partie par peur de perdre l'espagnol qu'on y parle. Il décrit sa méthode : lecture des journaux le matin, écriture le matin, correction l'après-midi à la bibliothèque du British Museum, six jours sur sept, et dit que ce qu'il préfère, c'est récrire plus qu'écrire ; il raconte comment un correcteur espagnol a « normalisé » son texte de « La Ville et les Chiens », ce qui l'a mené en train à Barcelone pour protester.
La troisième partie porte sur le roman et la fiction : s'il devait choisir un genre, il choisirait le roman, seul genre où la quantité est un facteur essentiel de la qualité, capable de rendre la diversité contradictoire de la vie. Pour lui, « la vérité » du roman n'est ni morale ni idéologique mais littéraire (un bon roman dit toujours la vérité, un mauvais roman toujours des mensonges) : le roman est une « vie parallèle », une réaction critique au monde réel dont il porte l'intention de le remplacer, d'où le danger de le lire comme un document sociologique. Il cite Don Quichotte et Emma Bovary, victimes et héros de la volonté de vivre la fiction, et Dostoïevski (« la vérité sauvée par le mensonge »), insiste sur la nécessité du plaisir et du divertissement dans la grande littérature (« Cent ans de solitude ») et rappelle l'interdiction coloniale des romans pour les Indes occidentales : les inquisiteurs, dit-il, avaient compris la fonction « séditieuse » de la fiction, qui rend insatisfait du réel et donc moins docile, et la fiction a ainsi contaminé la religion, la science et la politique en Amérique latine.
La quatrième partie élargit à la littérature péruvienne (il cite un écrivain péruvien élevé par des Indiens quechua, nom déformé dans le transcript, probablement José María Arguedas, ainsi que le poète Vallejo), à la littérature érotique (la collection d'Apollinaire « Les Maîtres de l'amour » dans la bibliothèque d'un club de Lima, « Éloge de la marâtre » écrit parallèlement à sa campagne présidentielle comme refuge du langage contre l'appauvrissement du discours politique), au roman de chevalerie « Tirant le Blanc » de Martorell (roman « total » ; il compte « La Guerre de la fin du monde » comme son effort le plus proche du roman total) et au rôle de l'écrivain : il refuse le mythe de l'écrivain à la lucidité garantie (les écrivains ont aussi soutenu les idéologies totalitaires) mais défend la participation à la vie publique pour l'exercice de la critique et de la clarté du langage.
La dernière partie traite du politique : il se dit passé de Sartre (dont une phrase sur la « nausée » face aux enfants affamés l'avait choqué, et dont il a découvert qu'il n'est pas si grand écrivain) à Camus (morale en politique, liberté formelle, démocratie). Il juge que le communisme a été une « tragédie terrible » (des millions de morts au nom d'une idéologie servant le pouvoir d'une minorité) et sa chute une victoire de la civilisation, tout en reconnaissant les faiblesses des démocraties riches (corruption, cynisme, manque de participation) et que la démocratie est une « anomalie » fragile (la République de Weimar est son exemple). Il voit la violence comme une réalité humaine que la littérature et l'art canalisent (références à Georges Bataille), décrit l'échec de son mouvement « Libertad » au Pérou et ce que son expérience politique lui a appris (le fossé entre la politique des idées et celle de la lutte pour le pouvoir), et conclut que la littérature est un instrument de connaissance du domaine secret des désirs et de l'imagination, que les sciences objectives écartent.
Excerpts
“« Un bon roman dit toujours la vérité, un mauvais roman toujours des mensonges. La vérité littéraire est quelque chose qui est conditionné par la forme romanesque. Même si un roman prédit quelque chose de très mensonger, s'il est achevé, s'il a le pouvoir de persuasion pour vous faire croire ce qu'il raconte, il y a quand même une vérité qui passe à travers ses mensonges. »”
“« Les inquisiteurs avaient raison : ils ont compris la fonction séditieuse de la fiction. La fiction vous rend insatisfait, et un être insatisfait et critique n'est pas un citoyen très domestique. Alors ils ont dit : on va supprimer la fiction. [...] Ce qui s'est passé, c'est que la fiction est apparue dans la religion, dans la science et bien sûr dans la politique. »”
“« La démocratie est toujours très fragile, c'est une pellicule très fragile. [...] La démocratie est une anomalie dans l'histoire humaine. La liberté est une anomalie, l'individu est une anomalie. Ce qui est permanent dans l'histoire humaine, c'est la barbarie, la brutalité, l'esprit de la tribu. »”