Dolto, Françoise
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Core ideas
Dolto commence par une réflexion sur ce qui fait qu'on devient psychanalyste : des personnes capables de « recul » du fait de leur histoire, tolérantes parce qu'humbles avec elles-mêmes, qui ont été suffisamment appuyées et respectées pour savoir ne compter que sur elles-mêmes. Selon elle, ce sont ceux qui, sans aucune analyse, permettent à un être humain d'être comme il est en n'identifiant jamais l'individu à son acte (« je ne suis pas fâché avec toi, je suis fâché avec ce que tu as fait »). Interrogée sur la fin d'un traitement, elle dit n'avoir jamais regretté le départ d'un patient, jamais été « en deuil » ni cru qu'elle les avait guéris : « c'est toujours le travail qu'ils ont fait, du fait que je me suis prêtée à eux », elle n'étant que le substitut de personnes de leur histoire, prêtant son attention en oubliant ce qui se passait pour elle. Avec les enfants, quand elle voulait mettre un terme définitif, elle leur disait qu'ils ne la reverraient plus jamais, qu'ils avaient leurs parents, et prévenait les parents qu'ils pouvaient la téléphoner pour être orientés ailleurs ; elle compare le psychanalyste au placenta, dont la femme qui accouche ne regrette pas la perte. Elle raconte aussi n'avoir pas voulu être psychanalyste (rester assise toute la journée lui semblait abominable, étant « motrice ») : elle faisait le tour du pâté de maisons entre deux patients, puis découvrit que scander des alexandrins de Racine, ou écouter Bach, la remettait « d'aplomb » ; écouter est une position « un peu mystique, proche de la santé », où le désir est focalisé dans la direction choisie, et elle compare l'écoute à rouler à bicyclette « en roue libre ».
Sur la méthode, elle distingue la psychothérapie, qui a pour but de faire disparaître le symptôme, et la psychanalyse, qui vise à comprendre un être humain qui se trouve avoir des symptômes, dans sa relation à lui-même et au monde : plus il se comprendra dans sa relation aux autres, plus le symptôme disparaîtra, parce que l'énergie qu'il fixait sera employée dans une communication plus gratifiante. La psychanalyse est la compréhension des processus entre quelqu'un qui parle et qui écoute, du transfert (« il me met à la place de son père »), et Dolto dit avoir approfondi la question de la partie du corps par laquelle le patient parle sans le savoir : le langage n'est pas seulement la parole (gestes, dessins, modelage, silence). Elle explique, à partir de son travail avec les enfants et du transfert négatif, qu'elle a compris le rôle du paiement symbolique : elle dit à l'enfant, qu'elle tutoie quel que soit son âge, qu'il est libre de ne pas venir lui parler, que ses parents l'ont conduit chez elle par inquiétude, mais qu'elle ne le recevra que s'il lui apporte un signe (un caillou, un petit carré de papier, un faux timbre) pour « payer le message » de sa séance ; même des séances de haine ou de jeu négatif sont de vraies séances, puisque l'enfant a payé pour s'exprimer.
Elle cite ensuite ses maîtres : Freud (qu'elle admire pour sa clarté, étonnamment compréhensible même pour des débutants), des analystes de l'époque « héroïque » (dont l'un est cité sous un nom mal transcrit), l'Institut de psychanalyse où elle a surtout appris le jargon et vu combien chacun met sa propre expérience derrière les mêmes mots, puis Winnicott, et surtout ses patients, en particulier « les bébés et les enfants entre eux », qui sont ses vrais collègues. Elle évoque comment, d'abord destinée à la médecine d'enfants, elle fut chargée d'écouter des enfants et découvrit le caractère nouveau, pour un médecin, de n'avoir qu'à écouter. Sur Lacan, elle dit ne pas avoir compris grand-chose de ses séminaires mais avoir trouvé génial ce qu'elle comprenait, comme un « climat musical en la mineur » nourri d'événements culturels, et rapporte qu'il lui répondit « ça n'a aucune importance, puisque toi tu fais ce que j'essaye de dire ». Elle dit avoir cru en sa clinique, qu'elle lui envoyait des patients et qu'il lui en envoyait de très difficiles ; elle précise que, parmi les analystes venus la voir pour apprendre à écouter les enfants, c'étaient presque uniquement des lacaniens (ceux qui avaient fait leur analyse avec lui) qui savaient écouter, tout en jugeant que Lacan ne voulait rien comprendre aux stades précoces (olfactif, fœtal) et que des séances de trois ou cinq minutes avec un enfant relèvent du mépris de sa parole et de son silence. Elle précise enfin sa conception de la castration (symbolisante, notamment orale et anale) et de l'image du corps, plus que de l'Œdipe, comme ce qui permet à l'enfant d'être sujet de ses pulsions.
Excerpts
“« Ce qui est psychanalytique, c'est de comprendre un être humain qui se trouve avoir des symptômes. Ce n'est pas ce symptôme que l'on vise : s'il souffre de ce symptôme, plus il se comprendra dans sa relation aux autres, probablement ce symptôme disparaîtra, du fait que l'énergie qui y est employée va être employée dans une communication plus gratifiante. [...] On ne vise pas la disparition du symptôme, on vise à comprendre la personnalité tout entière dans sa relation à elle-même et au monde. »”
“« Je n'ai jamais eu de regret du départ d'un patient, jamais. [...] Une femme fait ça très facilement à cause de l'accouchement : quand elle accouche un enfant, elle ne regrette pas le placenta. Or c'est par le placenta qu'il a vécu jusque-là. Si on regrettait un patient qui partait, c'est comme si on avait besoin du placenta. Nous sommes le placenta. [...] Je n'ai jamais eu non plus l'impression que c'était moi qui les avais guéris : c'est toujours le travail qu'ils ont fait. »”
“« Si tes parents te conduisent à moi, c'est parce qu'ils sont inquiets de l'avenir pour toi. [...] Mais jamais je ne te recevrai si toi tu ne demandes pas à me recevoir : la preuve en est que je ne te verrai pas si tu ne m'apportes pas un signe que tu veux me parler. [...] Alors on voit l'enfant apporter son paiement symbolique, qui est un caillou, ou un petit carré de papier, un faux timbre : un timbre, c'est pour payer un message qu'on envoie. »”