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Comte-Sponville, André

philosophe, membre du Comité consultatif national d'éthique, auteur du « Dictionnaire philosophique », dont il vient de publier une nouvelle édition, et du « Petit Traité des grandes vertus »

André Comte-Sponville - Entretien (Une bonne fois pour toutes)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ quarante minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et quelques citations ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Le dictionnaire philosophique et les « adulescents ». Comte-Sponville explique que la nouvelle édition de son dictionnaire (394 articles ajoutés, aucun supprimé) reprend le titre de Voltaire : un dictionnaire de philosophie a la philosophie pour objet (et risque d'être ennuyeux), alors qu'un dictionnaire philosophique « a la philosophie pour contenu » : celle de son auteur. Il commente le mot « adulescent » (« mot-valise » pour désigner les 15-35 ans) comme un signe d'époque : le monde du travail accueille mal les jeunes, mais surtout règne un « jeunisme » où les jeunes n'ont plus envie d'entrer dans le monde adulte ; il juge que la maturité est une bonne chose (il cite Brel) et que l'enfance « sert à grandir ».

Fin de vie, valeurs et loi. À propos de la conférence de citoyens (dix-huit personnes choisies par l'IFOP) qui propose de légaliser le suicide assisté, il note que ce ne sont pas des experts (« celui qui accepte une mission d'expertise sur un sujet où il n'est pas compétent n'est plus un expert, c'est un margoulin ») mais une fonction de débat citoyen, que la loi impose au Comité d'éthique d'organiser ces conférences sans que ce soit son métier, et que leur avis est plus proche de ses positions personnelles que celui du Comité ; il souhaite que le Parlement prenne ses responsabilités et vote une loi légalisant le suicide assisté et l'euthanasie volontaire, en précisant que l'avis de 2013 du Comité ne reprend pas l'« exception d'euthanasie » de 2001 qu'il avait trouvée heureuse. Sur l'éthique et la politique, il soutient qu'il n'y a pas de conflit de valeurs dans l'avortement ou l'euthanasie, mais des hiérarchies différentes entre les mêmes valeurs (liberté et respect de la vie) ; il refuse de confondre le droit et la morale (« tout ce qui est légal n'est pas forcément moral »), et estime que le Comité éclaire les problèmes mais que la décision revient au Parlement.

Noël, religion et athéisme. Il approuve la figure du pape François (même s'il est athée), rappelle que « papisme » est un mot protestant, cite Alain (Noël comme « vraie fête de l'esprit », célébrant la faiblesse) et dit que sa fête chrétienne préférée est le Vendredi saint, quand le Christ partage notre détresse, sans croire à la résurrection autrement que comme allégorie. Il distingue foi et fidélité : un athée peut rester fidèle aux valeurs reçues des grandes traditions religieuses (sincérité, courage, générosité, compassion) et doit les transmettre ; il raconte l'histoire de deux rabbins qui concluent la nuit que Dieu n'existe pas, puis l'un trouve l'autre en prière le matin (« qu'est-ce que Dieu vient faire là-dedans ? »). Il évoque aussi une « spiritualité sans Dieu » (le sentiment océanique, l'immersion dans le tout), et l'« indicible » comme limite de la radio.

Autres mots : corruption, péchés capitaux, mode, politiquement correct. Il définit la corruption (au sens aristotélicien, la dégradation d'un corps ; en politique, le fait de se laisser acheter, c'est-à-dire ne plus être à la hauteur de l'être autonome), met la mauvaise foi (se mentir à soi-même et mentir aux autres), la suffisance et surtout l'égoïsme parmi ses « péchés capitaux » (l'égoïsme est au principe des autres, la cruauté étant le plus condamnable), rappelle que le succès d'un livre (le « Petit Traité ») n'est pas un critère de valeur et que les modes se démodent. Il définit enfin le « politiquement correct » comme dire « le bien plutôt que le vrai » (exemple qu'il donne : affirmer que l'islamisme n'a rien à voir avec l'islam), ce qui, dit-il, remplace la lucidité par les bons sentiments, alors que « pour agir efficacement, mieux vaut la lucidité que les bons sentiments ».

Excerpts

“« Un dictionnaire philosophique a la philosophie pour contenu, qui lui est par définition intérieure. »”

“« Arrêtons de confondre le bien et le droit. »”

“« Pour agir efficacement, mieux vaut la lucidité que les bons sentiments. »”