Varda, Agnès
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, quelques noms et passages inintelligibles ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
Varda présente son livre non comme un bilan ni un testament (« une halte au milieu du gué ») mais comme une façon de rattraper, avant qu'elle ne s'efface, une mémoire qu'elle dit mauvaise ; elle le décrit comme un « film à part », avec des images qui font naître les mots et des mots qui rappellent des images, composé comme un abécédaire (« j'adore les catalogues »), pensé pour qu'on l'ouvre n'importe où, « cinq ou dix minutes » à la fois, dans un monde de « zapping ». Elle préfère que ce ne soit pas un critique qui écrive sur elle, ne fait ni critique ni autocritique, et dit que les images (dont des photos d'elle, comme ce montage où elle se glisse dans un tableau de Gentile Bellini à Venise, comme un personnage de « La Rose pourpre du Caire ») sont des « moteurs » du texte plus que des illustrations, avec de l'humour (le petit personnage de « Glouglou » accompagnant l'anecdote de Godard arrivant avec une bouteille dans chaque main). La filmographie finale est de Bernard Bastide.
Elle parle de son prénom (conçue à Arles, elle aurait pu s'appeler « Arlette », d'où Agnès), de son goût pour les anges (qu'elle cherche pour une annonciation avec Jane Birkin et trouve dans un plongeur de casino à Knokke, des anges qui « annoncent, détruisent, punissent »), de sa mère aveugle regardant des livres de peinture ancienne et attendant l'ange de la mort, et de la place de la peinture dans ses films et dans son regard (elle dit pleurer devant certaines vierges douloureuses : l'art aide « à sortir ce qu'on ne sait pas dire »). Elle évoque Bachelard dont elle suivait les cours en 1946-47 sans parvenir à lire ses livres, devenus pour elle comme un « grigri » parce qu'ils lui ont « enseigné » une façon de parler des maisons et des objets, et dit lire désormais très peu (« une ou deux choses par an »), par besoin de silence et de temps.
Elle développe l'idée du « commentaire » (vie de couple avec Jacques Demy comme commentaire continu du quotidien, et commentaire des films comme rebond entre images et mots) et affirme que le cinéma est « l'art de la fin de ce siècle », plus représentatif de la société que la peinture ou la littérature contemporaines, et que le chaos et le discontinu de nos vies s'y expriment bien. Elle dit préférer « metteuse en scène » à « réalisatrice », se réjouit de la multiplication des femmes cinéastes et techniciennes (sans croire à un « message spécifique » féminin) et raconte comment, sans avoir vu plus de dix films ni travaillé comme assistante, elle a fait « La Pointe courte » (1954) par « ignorance » et « irresponsabilité totale », poussée par des amis, avec Alain Resnais au montage ; elle estime que si elle avait connu les grands films, elle n'aurait pas osé. Elle se dit peu prolifique, marginale, faute d'argent plutôt que d'idées, aime les films de commande (« dans la contrainte, il faut être très malicieux »), les jeux de mots et la légèreté (Woody Allen) plus que les « paroles profondes », et cite un chapitre sur les films qu'elle n'a pas tournés (dont un projet de 1966 avec Gérard Depardieu à 18 ans) et une anecdote de Prévert disant qu'un scénario sur trois de lui était tourné, ce qui lui a donné du courage. Elle parle aussi de la mort, de plus en plus proche, avec distance.
Excerpts
“« J'ai pensé qu'il faut qu'on puisse l'ouvrir au milieu, qu'on puisse l'ouvrir n'importe où. Il y en a pour cinq, dix minutes à être avec moi, puis on repart. J'ai proposé des visites sporadiques dans ce livre. Je voulais qu'on circule dans ce livre avec une grande liberté. »”
“« Je ne viens pas du cinéma. J'avais peut-être vu dix films à 25 ans. [...] J'ai fait ce film sans principe, sans connaissance, sans avoir été assistante, sans avoir été à l'école. De cette ignorance, de cette irresponsabilité totale est né un film original. Je n'ai pas été originale pour faire original : je l'ai été parce que je ne me suis pas posé de questions. »”
“« J'ai beaucoup plus besoin de liberté que de paroles profondes. J'ai beaucoup plus besoin de sourire. [...] Je ne peux pas croire que toutes ces choses sérieuses ne puissent pas être allégées par l'humour, la distance, un peu de légèreté. On en a tellement besoin. »”