MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Artesquieu/Gauvreau, Claude

Gauvreau, Claude

poète et dramaturge québécois, figure du mouvement automatiste et signataire de Refus global

(Vidéo) Claude Gauvreau lit ses poèmes à la "Nuit de la poésie"

Artesquieu · Aug 19, 2024

▶ Watch on YouTube

Core ideas

Claude Gauvreau présente sa lecture comme un parcours à travers plusieurs époques de son œuvre, toutes marquées selon lui par un « fort accent non figuratif ». Il commence par un extrait de 1945 tiré d'une pièce de théâtre « sans personnage », Étal mixte n'étant pas encore né mais déjà annoncé par cette écriture en langage inventé où le sens référentiel s'efface entièrement au profit de la sonorité et du rythme — signature du courant automatiste dont Gauvreau fut l'un des membres fondateurs aux côtés de Paul-Émile Borduas. Il enchaîne, cinq ans plus tard selon sa propre chronologie, avec deux extraits qu'il présente comme ses « premiers poèmes purs », issus du recueil Étal mixte, dont un texte intitulé « Sentinelle » : une prolifération d'images et de sonorités inventées (« exploréennes »), sans souci de signification univoque, où reviennent des motifs corporels, animaliers et mécaniques désarticulés.

Il introduit ensuite trois poèmes plus brefs qu'il qualifie lui-même de moins audacieux formellement, précisant qu'ils sont extraits de ce qu'il appelle ses « poèmes de détention » — écrits, explique-t-il en creux, dans une période d'internement — et qu'ils dégagent selon lui « une certaine saveur douloureuse » destinée à démentir le mythe d'un scandale simplement amusant qu'on voudrait associer à son œuvre. Il lit à cette occasion un des rares passages du corpus présenté en français directement intelligible, une déclaration presque testamentaire : des voix sans nombre lui prédisent une mort par le feu, mais il affirme que ce n'est pas vrai, qu'il est « Dieu pour ses sourires secrets » et, en vérité, « libre et plein de liberté ».

Il annonce ensuite un « retour à l'air pur, c'est-à-dire à la liberté », en lisant ce qu'il présente comme le plus populaire de ses poèmes, Les Boucliers mégalomanes — un texte dense et foisonnant en langage exploréen mêlant néologismes et bribes de vocabulaire social ou politique détourné (allusions à des « atomes à capuchons socialistes », des « chiens rouges », des figures de « concierges » et de « françoises »), typique de sa poésie sonore la plus ludique et la plus scandée. Il referme la lecture par un dernier poème sans titre, qu'il annonce lui-même comme « le plus difficile à prononcer », en anticipant par avance la critique de ceux qui pourraient le réduire à une simple « déraison de poubelle » — défendant ainsi implicitement, une dernière fois avant de conclure sa lecture, la légitimité poétique de son entreprise de langage inventé face à l'incompréhension attendue d'une partie du public.

Excerpts

“« Mes apports à la Nuit de la poésie sont de diverses époques, mais ils sont tous à fort accent non figuratif. »”

“« Des voix sans nombre me disent que je mourrai enflammé dans la carbonisation — ce n'est pas vrai, je suis Dieu pour mes sourires secrets, et en vérité je suis moi-même libre et plein de liberté. »”

“« Comme c'est le plus difficile à prononcer, je tiens à dire, en dépit de quelques éléments qui pourraient se trouver dans la salle et qui seraient assimilables à de la déraison de poubelle, [que] ce poème est aussi sans titre. »”