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Breton, André

poète, fondateur du surréalisme

André Breton - Entretiens (1952)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une série d'environ quatre heures ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, les titres et certains passages cités ; les incertitudes sont signalées ou omises)

Core ideas

Les débuts, entre symbolisme et refus des carrières (1913-1914). Breton explique qu'à dix-sept ans, étudiant en PCN pour la médecine, il subit un « appel diffus » : sa vraie vie se joue « au dehors », dans les rues, pas à la faculté, sans désir de faire carrière dans les lettres. Il rend hommage à la tradition symboliste (Mallarmé, Huysmans, Gustave Moreau), à Jean Royère et à sa revue La Phalange (qui publie ses premiers vers, dont un sonnet dédié à Valéry), à Vielé-Griffin et à Saint-Pol-Roux ; il juge que la critique est injuste envers le symbolisme. Paul Valéry (dont il connaît Monsieur Teste par cœur) est pour lui un mythe qui l'a « beaucoup appris », avant la déception de le voir revenir à l'écriture et à l'Académie ; il évoque la rencontre rue de Villejust et cite le mythe de l'homme qui tourne le dos à son œuvre, de Rimbaud à Duchamp.

La guerre, Apollinaire, Vaché, la psychiatrie (1914-1918). Mobilisé dans l'artillerie, il se détourne vite de Barrès et de Bergson, jugés au niveau d'une presse mercenaire, et trouve un refuge dans la poésie. Il rencontre Guillaume Apollinaire à l'hôpital le 10 mai 1916 (lendemain de sa trépanation), poète dont le génie l'éclipse et dont il aime l'esprit d'aventure (il rappelle sa devise « J'émerveille »), mais dont il déplore l'enthousiasme patriotique devant la guerre. Il découvre à Nantes Jacques Vaché, qui lui semble « le seul être absolument indemne » : humour comme « sens de l'inutilité théâtrale et sans joie de tout » (Breton relie cet humour à Lafcadio d'André Gide), insubordination totale qui n'épargne pas l'art (« nous n'aimons ni l'art ni les artistes ») ; il raconte la soirée des Mamelles de Tirésias (24 juin 1917), où Vaché, en uniforme d'officier anglais, sort son revolver. Affecté ensuite au centre psychiatrique de Saint-Dizier, il expérimente sur des malades les procédés de la psychanalyse (rêves, associations d'idées) et y rencontre un patient convaincu que la guerre est un simulacre, expérience qu'il relie à son goût du « peu de réalité » et à la matière première du futur surréalisme.

« Littérature », Dada et la rupture (1919-1922). Breton raconte ses amitiés avec Philippe Soupault (« sens aigu du moderne »), Louis Aragon (conteur et fabulateur du Paris mystérieux, ardent à plaire), le milieu d'Adrienne Monnier, Pierre Reverdy (maître de l'image), puis Paul Éluard, et la fondation en mars 1919 de la revue Littérature (titre suggéré par Valéry, détourné par antiphrase). La découverte de Lautréamont est pour lui un choc plus fort que Rimbaud. Les premiers numéros de la revue sont anthologiques ; avec Soupault, il écrit Les Champs magnétiques par écriture automatique, qu'il tient pour « le premier ouvrage surréaliste et nullement dada », et il conteste que le surréalisme soit « issu de Dada ». À l'arrivée de Tristan Tzara à Paris (janvier 1920), il décrit trois phases de Dada (agitation, tâtonnement, agonie jusqu'en 1922), les manifestations (Salle Gaveau, etc.), puis sa lassitude devant des procédés devenus stéréotypés (« mauvaise conscience » devant des « baraques foraines »), l'article de Jacques Rivière dans la NRF, le référendum de mars 1921, le procès de Barrès, l'arrivée de Péret et de Max Ernst, la tentative avortée de « Congrès de Paris » et la rupture avec Tzara.

Sommeils hypnotiques, écriture automatique, merveilleux. Il décrit l'entreprise des « sommeils » (1922) : Crevel, Péret et surtout Desnos s'endorment, improvisent des textes et des jeux de mots (Rrose Sélavy), jusqu'au point où Breton interrompt les séances à cause de dérives dangereuses (impulsions suicidaires, un couteau brandi dans un jardin), ce qui crée aussi un malaise avec Desnos. Il explique ce qu'il cherche dans ces « états seconds » : échapper à l'assujettissement aux perceptions sensorielles immédiates et à la contrainte de l'esprit critique, « rendre le verbe humain à son innocence » ; il se tourne vers le merveilleux (« le merveilleux est toujours beau… il n'y a même que le merveilleux qui soit beau », Manifeste de 1924), tout en gardant ses distances avec le spiritisme (dont il retient seulement certains phénomènes médiumniques, à mi-chemin de Victor Hugo à Guernesey et de Robert Browning). Il rappelle sa visite à Freud (Vienne, 1921) et sa difficulté à tenir l'écriture automatique, qui n'est pas de la paresse mais exige un effort de disponibilité extrême.

1924-1925 : révolte, scandales, révolution surréaliste. Breton décrit le groupe comme animé d'une « volonté de subversion générale » contre un monde « aliéné » (famille, patrie, religion, travail), avec pour mot d'ordre « la poésie, l'amour et la liberté » ; ses références sont Sade, Lautréamont, Rimbaud, Jarry. Il cite Les Pas perdus, le Manifeste du surréalisme, la publication d'un inédit de Rimbaud et le pamphlet Un cadavre, publié à la mort d'Anatole France, violemment critiqué. Il raconte sa fonction de bibliothécaire et de conseiller de Jacques Doucet (acquisitions de Rousseau, Picasso, Chirico, Duchamp, avec des anecdotes sur l'avarice du mécène), puis la perte de cette source de revenus à la suite du pamphlet. Il présente la revue La Révolution surréaliste (1924-1925), sa déclaration « il faut aboutir à une nouvelle déclaration des droits de l'homme » et la critique du rationalisme cartésien comme coupure de l'homme (Freud), dont il tire la volonté de s'opposer aux « prétentions exorbitantes » de la raison ; il évoque le « Bureau de recherches surréalistes », la figure d'Artaud et sa « fureur » contagieuse, puis le tournant où lui-même reprend la direction de la revue (1925), avec une phrase sur l'adhésion de principe à toute action révolutionnaire, « même à partir de la lutte des classes ». Il conclut sur le banquet Saint-Pol-Roux (1925), la lettre ouverte à Paul Claudel, la bagarre avec les invités (Rachilde, etc.), qui marque la rupture définitive du surréalisme avec le monde conformiste.

Excerpts

“« Le merveilleux est toujours beau, n'importe quel merveilleux est beau. »”

“« Il faut aboutir à une nouvelle déclaration des droits de l'homme. »”

“« Nous n'aimons ni l'art ni les artistes. »”