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Camus, Albert

écrivain, auteur de L'Étranger, La Peste, L'État de siège, L'Homme révolté

Albert Camus : Entretien (septembre 1955)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ vingt minutes suivi de la lecture d'un long extrait de *L'Homme révolté* ; transcription correcte avec quelques mots déformés ; la synthèse résume la lecture sans la reproduire)

Core ideas

Artiste avant d'être philosophe. À l'intervieweur qui évoque la confusion entre l'artiste, le moraliste et le philosophe, Camus répond : « je me sens et je me considère d'abord comme un artiste ». Il se dit incapable de parler d'autre chose que de ce qu'il a longtemps éprouvé : l'absurde et la révolte ne sont pas des déterminations intellectuelles ou cérébrales mais des notions « vécues », qu'il exprime parce qu'il ne se sent pas une sensibilité originale ou séparée de celle des gens qui l'entourent. Il rappelle que l'absurde est une expérience que « tout le monde peut faire, dans le tramway, dans un taxi » (sentiment de séparation et d'étrangeté) et qu'il a toujours fait la critique de ces notions : « ce n'est pas mon œuvre qui évolue, c'est ma vie ».

Absurde et révolte. Il accepte la définition de l'absurde comme confrontation du monde irrationnel et de la conscience humaine (thème qui date de Pascal), et décrit la révolte, comme tous les mouvements de l'esprit ou du cœur, comme à la fois la pire et la meilleure des choses : il a cherché à en tirer une attitude qui ne soit ni pure destruction ni pur lyrisme, ne s'intéressant au nihilisme contemporain que dans la mesure où l'on peut le dépasser. L'homme d'aujourd'hui y est plus sensible, dit-il, parce qu'il a perdu ses racines, ses religions, sa foi sociale ; l'Europe, qui a « tué, déraciné ou déporté » 70 millions d'êtres humains en cinquante ans, n'est pas une terre de confort ; l'homme européen hésite entre servitude et folie, mais il existe un chemin entre les deux, que les intellectuels ont pour mission de repérer. L'absurde n'est pas pour lui un facteur de stérilisation : ce sont le confort, le sommeil et la satisfaction de soi qui stérilisent, alors que l'insatisfaction qu'il réveille peut donner naissance à des actions, des passions et des joies.

Le style et la composition. Camus se dit hostile à l'idée à la mode que mal écrire serait une condition pour bien penser : en dehors du style et de la composition, « il n'y a pour moi que des écrivains secondaires » (polygraphes, tâcherons). Il explique avoir composé La Peste en alternant un style « individuel » (les actions des citoyens d'Oran) et un style « collectif » (la tragédie de l'épidémie) : la première partie est individuelle, la deuxième mêle les deux, la troisième, au sommet de la peste, est purement collective, la quatrième voit revenir le style individuel jusqu'à l'image finale d'un homme seul dominant la ville ; il s'est aussi efforcé de rendre cette composition invisible. Dans L'État de siège, qu'il présente comme un premier essai de théâtre « de grand public », il oppose un style administratif (les agents du fléau) à un style lyrique (le peuple, les forces de la liberté et de la poésie contre la dictature et le totalitarisme).

Pas un « homme de vertu ». À la dernière question (est-il l'« homme de vertu » de la littérature contemporaine ?), il répond que c'est mal le lire : ses livres sont plutôt l'aveu d'une parenté étroite et consciente avec ceux qui sont aussi éloignés de la vertu que possible, et l'expérience de la « vertu pure » lui est étrangère.

Lecture de L'Homme révolté. Camus lit ensuite un long extrait de la conclusion de son essai : les hommes refusent le monde tel qu'il est tout en ne voulant pas lui échapper, nostalgiques d'une plénitude et d'une durée que l'amour et la possession ne leur donnent jamais ; la vraie révolte est liée à cette exigence d'absolu impossible, mais l'absolu ne s'atteint pas par l'histoire ni par la politique (qui n'est pas la religion, sinon elle est inquisition) : la société a seulement la charge de régler les affaires de tous pour que chacun ait le loisir et la liberté de la recherche commune. L'histoire n'est qu'une occasion qu'une « révolte vigilante » doit rendre féconde ; l'équilibre est entre l'« obsession de la moisson » et l'« indifférence à l'histoire » (René Char, les deux extrémités de son arc), la « mesure » et la « tension » ; l'homme peut seulement chercher à diminuer arithmétiquement la douleur du monde, l'injustice et la souffrance demeureront, et l'art comme la révolte ne mourront qu'avec le dernier homme (dernière phrase du texte lu).

Excerpts

“« je me sens et je me considère d'abord comme un artiste »”

“« ce n'est pas mon oeuvre qui évolue c'est ma vie »”

“« il n'y a pour moi que des écrivains secondaires »”