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Bégaudeau, François

romancier, dramaturge, scénariste et essayiste

François Bégaudeau sur le Populisme et la Bourgeoisie

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

« Histoire de ta bêtise » n'est pas, dit Bégaudeau, seulement un livre contre Emmanuel Macron, mais un essai contre la « pensée dominante », contre le « prêt-à-penser », avec en toile de fond les rapports de classe : il vise la bourgeoisie, non le fascisme, qu'il traitera peut-être un autre jour. Il explique qu'il se sent plus proche d'Éric Zemmour sur un point précis, l'analyse de classe, que de Raphaël Enthoven : lors d'un débat télévisé, Zemmour parle de vote de classe, ce que son interlocuteur nie, déni qu'il juge « caractéristique » d'une classe qui se nie toujours comme classe.

Sur le mot « populisme », il se dit très attaché à la précision des mots d'écrivain : c'est pour lui un « mot creux » (une « dent creuse »), sans contenu sémantique mais avec une valeur d'usage idéologique et stratégique : disqualifier l'adversaire et réunir la gauche radicale et l'extrême droite dans le même sac. Il distingue l'acception littéraire (théorisée dans les années 30) et l'acception politique, proche de la démagogie, dont rien ne prouve que les « populistes » soient plus responsables que les autres. Il refuse d'y voir de la « haine » du bourgeois : son point de départ est l'« immense sidération » devant la bêtise de la bourgeoisie, notamment pendant la présidentielle de 2017, marquée par la peur pour ses privilèges et par l'injonction de choisir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, ainsi que par l'usage de mots comme « progressiste » ou « révolution » (titre du livre de campagne de Macron, mot que, selon lui, l'hygiène intellectuelle conseille d'abandonner quand des gens comme Macron ou Cohn-Bendit s'en emparent).

Il explique ne pas voter à la présidentielle par conviction que la démocratie représentative n'est pas la démocratie, ce qui appelle une refonte profonde du régime : il se réfère à Étienne Chouard (« mot interdit », dit-il en plaisantant) pour soutenir que ceux qui rédigent la constitution ne doivent pas être ceux qu'elle contrôle, d'où l'idée d'un tirage au sort des constituants ; il renvoie au peuple le soin de se donner ses institutions et refuse d'être leader. Les gilets jaunes, dit-il, ont été pour lui une confirmation de son livre : la réaction de la bourgeoisie à ce mouvement populaire et social a montré des « réflexes de classe », spectacle « à la fois savoureux et détestable ». Sur le plan « anthropologique », il avance l'hypothèse d'une dégénérescence de la classe dominante : des corps « débiles », une vie dématérialisée (intérieurs aseptisés, repas livrés, séries américaines « liquides »), un abêtissement sans la passion du savoir de Bouvard et Pécuchet.

Enfin, il parle de son propre rapport à l'écriture et à sa condition (il a, dit-il, un patrimoine de bourgeois mais ne pense pas en bourgeois, fasciné par la tradition de pensée radicale : Deleuze, Foucault, Bakounine, l'anarchisme), cible principale de son livre étant le « bourgeois de gauche ». Il conclut que son livre porte sur la bêtise des intelligents, que Pascal appelait les « demi-habiles », qui n'ont plus la puissance de l'animalité ni de l'idiotie.

Excerpts

“« Pour moi les mots sont des êtres, des animaux vivants. [...] J'entends "populisme" depuis une dizaine d'années à peu près cent fois par jour : j'ai très mal aux oreilles, parce que c'est un mot creux, un mot qui n'a pas de contenu. »”

“« Il est tout à fait incroyable que les gens qui rédigent notre constitution soient ceux précisément qu'elle est destinée à contrôler : vous ne pouvez pas être à la fois le contrôleur et le contrôlé. Il faut absolument que les constituants émergent du peuple, par exemple par tirage au sort. »”

“« C'est un livre sur la bêtise des intelligents : ce que Pascal appelait les demi-habiles, ceux qui sont un peu intelligents mais pas assez pour que ça devienne puissant, et qui ont perdu la puissance de l'animalité, la puissance de l'idiotie. »”