Gainsbourg, Serge
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique très approximative, certains passages sont à peine intelligibles)
Core ideas
Réalisé en 1984, l'année de l'album Love on the Beat et avant le passage de Gainsbourg au Casino de Paris, l'entretien suit les questions du célèbre questionnaire et laisse entendre l'homme plus que le personnage : l'introduction rappelle que, dans les années 80, on a fait de lui une icône provocatrice (nuits, scandales de plateau, billet brûlé), mais que « ce jour-là, c'était bien Gainsbourg qui était là et pas Gainsbarre ». Il se décrit comme « changeant selon les intempéries », difficile à cerner par introspection, et son principal défaut, qu'il considère presque comme une qualité, est l'orgueil, avec « toutes les blessures latentes » que cela implique. Il dit avoir été souvent blessé, surtout dans l'amitié entre hommes, plus que dans les relations avec les femmes ; chez ses amis comme chez les femmes, il apprécie la sympathie, la chaleur du contact et l'indulgence envers ses faiblesses et ses forces.
Sa vision du bonheur est sombre et sèche : il dit ne pas avoir de rêve de bonheur, avoir « conscience du malheur » mais pas du bonheur, qui est pour lui « une abstraction totale ». Son plus grand malheur serait la mort de sa mère, après celle de son père, qui l'a gravement perturbé, et celle de son chien, qu'il met presque sur le même plan. À la question de ce qu'il voudrait être, il répond qu'il préfère ne pas être lui-même, être « lui-même Serge Gainsbourg ». Il dit rester viscéralement parisien (Belleville, le 9ᵉ arrondissement, le « vrai » Paris plutôt que le parisianisme mondain), nourri par la langue française et les grands écrivains français, et n'envisage ailleurs qu'un exil dans une petite ville de province.
Ses goûts culturels traversent la peinture, la musique et la littérature : il aime les valeurs de blanc au noir, puis le vert comme couleur, le camélia (une fleur sans parfum « qui ne la ramène pas »), l'alouette et les petits oiseaux des bois, Baudelaire, Rimbaud et Nabokov (il cite la dernière phrase de Lolita), Bartók comme compositeur du moment, Paul Klee en premier peintre mais avec des goûts éclectiques allant de Raphaël et Titien à Manet, Delacroix et Francis Bacon, et il cite comme héroïne de fiction la femme qui meurt pour l'homme qu'elle aime dans Adolphe de Benjamin Constant. Il affirme détester par-dessus tout « le fait militaire » (tout en admirant la charge de la brigade légère), les éléments politiques au pouvoir étant pour lui indifférents (« on s'en fout »). Interrogé sur son état d'esprit, il le compare à un électrocardiogramme, de la dépression extrême aux enthousiasmes incontrôlés ; sa devise, qu'il dit pratiquer sans cesse, est de « prendre les femmes pour ce qu'elles ne sont pas et les laisser pour ce qu'elles sont ». Il décrit son disque comme un reflet de son âge, « efficace et musical », avec une « descente aux enfers » dans les paroles, sur la frontière entre le bien et le mal, séparés par un « no man's land » de non-conscience. Il conclut qu'il doit son instinct de l'époque à une forme d'ingénuité, celle d'un petit garçon resté tel, et qu'il n'a pas perdu sa grandeur malgré les blessures.
Excerpts
“« Je pense que je n'ai jamais eu ce genre d'objectif. Je ne vois pas. J'ai conscience du malheur, mais je n'ai pas conscience du bonheur : on en prend plein la gueule, et le bonheur je ne vois pas, c'est pour moi une abstraction totale. »”
“« Mon principal défaut, je crois que c'est une qualité en fait : c'est l'orgueil, extrêmement, avec tout ce que ça implique de blessures latentes et sous-jacentes. »”
“« Ma devise n'est pas nouvelle, mais je la pratique toujours : prendre les femmes pour ce qu'elles ne sont pas et les laisser pour ce qu'elles sont. »”