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Passeron, Jean-Claude

sociologue, né à Nice en 1930, auteur avec Pierre Bourdieu des Héritiers et de La Reproduction, de Le Métier de sociologue avec Bourdieu et Jean-Claude Chamboredon (nom transcrit approximativement

Jean-Claude Passeron - Entretiens (A Voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une série d'environ quatre heures et demie ; transcription automatique par endroits très déformée, surtout les noms propres, les lieux et plusieurs phrases ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

Une enfance niçoise et montagnarde, école comme « tapis roulant ». Passeron naît à Nice d'une mère institutrice (« hussards noirs » de la République, libre penseuse, féministe, de gauche et syndiquée) et d'un père employé de banque au Crédit lyonnais, fils d'aubergistes d'un village de haute montagne des Alpes-Maritimes, où il passe de longs séjours. Fils unique, brillant élève (premier du canton au certificat d'études), il découvre le grec avec passion en quatrième et dit avoir su très tôt qu'il serait enseignant ; il décrit l'école comme « un tapis roulant qui m'a déposé dans l'aquarium de l'École normale supérieure ». Sa mère lui fait lire hors programme, la maison est pleine de livres, et il suit les conversations politiques du Front populaire, puis la guerre : sa mère refuse d'afficher le portrait de Pétain, son père, requis pour le STO en 1943, hésite à partir. Il garde de son mauvais accent méridional un effort de « gommage » à Paris.

Khâgne, ENS, amitiés et philosophie. Arrivé en 1949 à Paris (khâgne à Henri-IV), il y rencontre Paul Veyne, Gérard Genette, Christian Metz et d'autres amis qui deviendront des figures de l'époque. À l'École normale supérieure, il est d'abord un excellent élève en philosophie (Spinoza, qui l'enthousiasme, puis Hegel et Kojève), suit les cours de Jankélévitch, Merleau-Ponty, et est marqué par Louis Althusser (« caïman ») et Michel Foucault, mentor intellectuel de son petit groupe, d'abord tenté par la psychopathologie. Il raconte avec humour la « docimologie » improvisée (consultation des copies de concours), et une rupture progressive avec le marxisme hégélien et la « machine dialectique ».

L'Algérie, la guerre, la rencontre avec Bourdieu. Pendant son service militaire en Algérie, il vit une expérience marquante : il évoque l'envie de déserter, une nuit où il aide des prisonniers à s'évader (« la trouille » et la crainte pour eux), la découverte d'un tract de propagande du 5e bureau citant Bachelard (il apprendra plus tard que son auteur est Pierre Bourdieu, alors en poste à Alger). En 1961, Raymond Aron lui propose de succéder à Bourdieu comme assistant de sociologie à la Sorbonne : il le rencontre sur le quai de la gare de Lyon. Passeron, qui avait déjà pris ses distances avec l'enseignement de la philosophie, voit dans la sociologie une manière de « faire faux bond à la philosophie » ; Bourdieu lui propose de faire des enquêtes au Centre de sociologie européenne.

Les Héritiers, Le Métier de sociologue, La Reproduction. Passeron raconte la genèse de Les Héritiers (1964) : un calcul des « chances scolaires » plutôt que de simples pourcentages, une théorie de la « légitimité culturelle », un cadre emprunté à Weber, Durkheim et Bachelard (rupture épistémologique, changements de paradigmes), et une autodidaxie de la statistique. Il rappelle l'échange avec l'UNEF sur le « présalaire étudiant » (que Les Héritiers jugent peu apte à réduire les inégalités) et la place de Marx historien dans leur travail. Le Métier de sociologue (1968) est un « petit manifeste épistémologique » ; La Reproduction (1970) fut écrite péniblement à deux, le désaccord se jouant « rhétoriquement » (par exemple sur le mot « habitus »). La séparation avec Bourdieu s'est faite sans rupture spectaculaire : Passeron voulait « continuer à jouer », approfondir l'épistémologie, tandis que l'école bourdieusienne devenait plus dogmatique ; il a toujours refusé de publier des critiques explicites.

Sociologie, histoire, pluralisme théorique. Passeron fonde le département de sociologie de Nantes, enseigne à Vincennes, puis, élu à l'EHESS, s'installe à Marseille (la Vieille Charité) en 1981, où il dirige des groupes de recherche sur la culture et les arts et des études sur les classes populaires (avec Claude Grignon, Le Savant et le populaire). Dans Le Raisonnement sociologique (1991, remanié) il soutient que la sociologie est une science mais qui a plus de difficultés que les autres à l'être : elle est entourée d'idéologie, ne dispose pas de paradigmes communs et doit être « historique » pour forger ses concepts (Weber, l'idéal-type et le « nom propre » historique). Il défend un pluralisme théorique dans le travail empirique, nourri de Wittgenstein (les « jeux de langage »), de Canguilhem et de Weber, qu'il lit dans un atelier Weber à Marseille. Il évoque aussi son goût du cinéma et du roman policier et un petit rôle de figurant dans La Comtesse aux pieds nus.

Excerpts

“« Un tapis roulant qui m'a déposé dans l'aquarium de l'École normale supérieure. »”

“« Je savais que j'étais condamné à être enseignant. »”

“« La sociologie est une science, mais qui a plus de difficultés que les autres. »”