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Wolton, Dominique

sociologue de la communication, auteur d'« Éloge du grand public »

Débat entre Dominique Wolton et Daniel Toscan du Plantier - ARTE : Le grand public et la culture

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un débat d'environ quarante minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, les chiffres et les titres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Le présentateur demande d'abord si l'existence d'une chaîne culturelle publique est légitime. Wolton distingue la radio (outil de liberté, peu coûteux, pour laquelle une chaîne culturelle comme France Culture lui paraît légitime) de la télévision, « médium de masse par excellence » : une chaîne culturelle publique sur le réseau hertzien lui semble discutable, et il verrait mieux une chaîne payante ou sur le câble, tandis que la télévision généraliste doit s'occuper de la « culture du grand nombre ». Toscan du Plantier, producteur de films à vocation populaire (il cite le succès de « Van Gogh » de Pialat, un million et demi d'entrées), se dit d'accord sur le fond mais pragmatique : l'histoire de la télévision est « assez tragique », trop soumise à la passion politique, et les chaînes publiques, en cherchant l'audience, ont relégué la culture en troisième partie de soirée ; Arte comblera donc un manque.

Le débat porte sur trois désaccords. Fréquences et câble : Wolton doute qu'on puisse multiplier les chaînes hertziennes et que les chaînes payantes marchent hors cinéma (Canal+) ; le câble français a coûté cher pour un résultat faible. Culture minoritaire contre grand public : Toscan défend l'exigence d'une culture pour tous (il cite Jean Vilar, un service public comme « le gaz ou l'électricité »), tandis que Wolton distingue culture « moyenne » (celle de la télévision et de la presse, que la télévision crée) et culture « minoritaire » (qu'il faut préserver) et craint qu'une chaîne culturelle ne produise un ghetto, un effet élitiste, un appauvrissement des moyens du secteur public, et que les autres chaînes se désengagent de la culture ; il propose plutôt de se battre pour la culture dans la télévision généraliste. Toscan répond que l'audimat « ne mesure pas la demande » mais réagit à l'offre, que le niveau culturel du public monte, et craint qu'Arte, avec une ambition d'audience, fasse concurrence au secteur public plutôt qu'au privé. Il évoque les programmes comparés de TF1, Antenne 2 et Arte pour illustrer la « loi d'airain » de la concurrence, et une conversation avec un responsable politique sur le paiement par l'État de sommes dues à l'audiovisuel public.

Sur Arte elle-même, ils parlent de la contrainte du bilinguisme (sous-titrage et doublage, qui selon Toscan est un faux problème, le cinéma ayant formé un public du sous-titre), du risque que la parole soit sacrifiée à l'image, et du caractère politique de la chaîne franco-allemande. Wolton défend l'idée que la télévision, outil de communication nationale, peut aider à « faire l'Europe » à condition de conserver des identités et un modèle généraliste, craignant une télévision à deux vitesses (programmes riches sur le câble, « bas de gamme » pour les autres) ; Toscan met en avant l'expérience européenne du cinéma (coproductions) et distingue le populaire du vulgaire (exportation). Ils concluent sur un accord à « 99 % » : il faut se battre à l'intérieur de la télévision généraliste pour sauver la culture grand public, et ne recourir à une chaîne culturelle que si cette bataille est perdue ; ils se donnent rendez-vous dans deux ans pour juger Arte.

Excerpts

“« Je crois que la télévision, c'est fondamentalement un médium de masse. Sa vocation, c'est de toucher tous les publics, et pour la dimension culturelle comme pour le reste, vous pouvez faire de la vulgarisation ou une initiation à la culture. »”

“« L'audimat ne mesure pas la demande, il ne fait que réagir à l'offre. Si vous injectez de mauvais programmes, vous avez une mauvaise demande, et réciproquement. »”

“« Ce que je crains, avec une chaîne culturelle, c'est un effet élitiste évident : vous aurez moins de ressources pour le secteur public, vous aurez un effet ghetto, et ce sera contre-productif. »”