Mylondo, Baptiste
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (un entretien d'environ quarante minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
Le revenu universel après la présidentielle. À l'ouverture, une voix d'André Gorz rappelle que les jeunes ne veulent plus s'identifier à leur travail : ils lui demandent d'être intéressant, socialement utile et porteur de sens. Mylondo et Allègre font le bilan de la campagne : l'idée a été mise en lumière puis « lessivée » (la proposition de Benoît Hamon s'est réduite à une version édulcorée), le débat restant à la surface (financement) sans interroger la société productiviste. Allègre rappelle que le bilan électoral de l'idée est médiocre (McGovern en 1972, 78 % de non en Suisse) et que le flou autour des propositions et des familles politiques qui la défendent joue dans son acceptabilité.
Quatre fondements possibles. Les deux invités distinguent plusieurs « écoles » : ultralibérale (Friedman, impôt négatif remplaçant l'État-providence), égalitarisme libéral (Philippe Van Parijs, John Rawls : la « liberté réelle », l'amélioration du système de protection sociale face au non-recours et aux allers-retours emploi-chômage), décroissante (Mylondo, Gorz : désir de sortir de la « société laborieuse ») et une justification éthique (tout le monde a droit à un revenu suffisant, selon la Déclaration universelle des droits de l'homme). Mylondo se rattache à l'idée que « chacun a droit à une part de la richesse produite », puisque toute production est sociale ; il défend un revenu inconditionnel « suffisant » (au moins le seuil de pauvreté) et un revenu maximum, dans une perspective de décroissance, et espère qu'au jour de sa mise en place la société aura tellement changé qu'on n'aura plus besoin de la question.
Conditionnalité et mérite. Autour du « surfeur de Malibu » (Rawls) et du joueur de belote, Allègre (social-démocrate) juge qu'une redistribution sans lien avec la contribution (le travail dans la division sociale du travail, à la manière de Durkheim) est difficile à justifier politiquement et qu'on ne peut verser autant à un surfeur qu'à un ouvrier. Mylondo répond que toute personne contribue à l'enrichissement collectif en entretenant la vie sociale, que la figure du misanthrope refusant de contribuer n'existe guère, et qu'imposer a priori une validation collective de la contribution de chacun est une « légitimation d'exclusion » ; verser un revenu au nom de la contribution permettrait d'« arrêter d'être un assisté, d'être vu comme un parasite ».
Coût, financement, effets sur le travail. Allègre chiffre un revenu de 1 000 euros par mois pour 50 millions d'adultes à environ 600 milliards d'euros par an, ce qui supposerait, selon son calcul, des taux marginaux d'imposition très élevés (jusqu'à 80 ou 90 % sur les hauts revenus) et risquerait d'entraîner une « spirale » de baisse de la base fiscale si une partie de la population quitte l'emploi. Mylondo répond qu'il n'a pas peur de ces taux élevés (il propose de réduire les inégalités et un revenu maximum), que la viabilité n'est pas sa question principale, et qu'il voit au contraire un « cercle vertueux de la décroissance » : produire beaucoup moins, libérer du temps pour des activités non marchandes ; il cite Le Refus du travail de David Frayne qu'il a traduit. Un extrait de Daniel Zamora (Contre l'allocation universelle) critique le revenu universel comme une mesure qui s'attaque aux effets de la pauvreté et non à ses causes (dérégulation, néolibéralisme), l'argument historique étant celui de l'impôt négatif.
Fin du travail ou qualité du travail ? En conclusion, Allègre refuse l'idée d'une « fin du travail » (le taux d'emploi est à son plus haut niveau depuis longtemps) et plaide plutôt pour la qualité et la durée collective du travail (par exemple 28 heures payées 28 heures, plus acceptable que des négociations individuelles). Mylondo défend un revenu inconditionnel même si la France serait seule à le tenter : « commençons à faire différemment », peut-être d'autres suivront.
Excerpts
“« Je défends un revenu inconditionnel suffisant. »”
“« On arrête d'être un assisté, on arrête d'être vu comme un parasite. »”
“« Il n'y a pas de fin du travail. »”