MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Artesquieu/Onfray, Michel & Debray, Régis & Chevènement, Jean-Pierre

Onfray, Michel & Debray, Régis & Chevènement, Jean-Pierre

Onfray, Michel: philosophe, auteur de Décadence

Debray, Régis: philosophe et médiologue, auteur de Civilisation. Comment nous sommes devenus américains

Chevènement, Jean-Pierre: ancien ministre, président de la Fondation Res Publica, modérateur

Le débat se termine par quelques questions de membres anonymes du public.

(Vidéo) Débat entre Michel Onfray, Régis Debray et Jean-Pierre Chevènement

Artesquieu · May 4, 2021 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

Chevènement ouvre le débat en trois temps. Il demande d'abord s'il existe encore plusieurs civilisations ou une seule civilisation planétaire capitaliste, puis aborde le judéo-christianisme et l'islam, enfin la nation. Debray définit la civilisation non comme le terme d'une marche de la barbarie vers le progrès, à la manière du XVIIIᵉ siècle, de Freud ou d'Elias, mais comme les traits distinctifs et la permanence inconsciente d'un « canton d'humanité », le « nous » qui pense derrière chaque « je ». Il y en a toujours une qui domine et déborde ses frontières : une civilisation est toujours missionnaire, et une culture est « une civilisation qui démissionne ». Avec Valéry, Malraux et Élie Faure, il décrit l'inversion par laquelle l'Europe est devenue la banlieue d'une Amérique qui, de culture, est devenue civilisation. Ce n'est pas un simple changement de pilote : c'est une autre façon de vivre l'espace, le temps et l'imaginaire. Il cite, comme exemple d'acclimatation discrète, la French-American Foundation qui se félicite d'avoir formé à la fois le président et le Premier ministre français.

Onfray soutient qu'il n'y a pas de civilisation sans spiritualité. La religion naît de la peur de la mort, les hommes préférant « des illusions qui sécurisent aux vérités qui inquiètent », et la culture est l'instrument par lequel une civilisation donne corps à sa religion. Il retrace un passage de religions cosmiques et agricoles, liées au ciel et aux saisons, aux monothéismes du livre, qui détournent du monde vers le texte et le pouvoir des prêtres interprètes. Il réaffirme sa thèse selon laquelle Jésus serait un personnage conceptuel annoncé par les textes juifs, devenu historique par l'art : vitraux, crucifixions, reliques. Il critique le schéma linéaire et progressiste d'origine chrétienne, qu'il voit à l'œuvre chez Condorcet, Hegel, dans le marxisme et le libéralisme, où la négativité (goulag, paupérisation) est justifiée au nom de la fin. Il lui oppose une lecture cyclique inspirée de Spengler : les civilisations naissent, culminent et meurent, et il fait commencer le déclin de la sienne en 1417 avec la redécouverte de Lucrèce.

Debray conteste ce diagnostic d'épuisement. Il voit partout un réveil religieux et, dans l'aire chrétienne, la victoire posthume de la Réforme sous la forme du néo-protestantisme évangélique : une Église naît tous les dix jours en France, l'évangélisme progresse en Amérique latine et en Asie. Il y voit une religion portative, individualiste, de la prospérité et du bien-être, accordée au marché et au numérique, que Vatican II et le pape François auraient eux-mêmes accompagnée. Onfray répond que ces Églises « électriques » n'ont ni sacré ni transcendance et que personne n'y est prêt à mourir. Pour lui, l'Occident ne sait plus pour quoi mourir, ni pour un iPhone ni pour un porte-avions, face à une minorité islamiste qui, elle, l'est. Il lit les signes de décadence dans la démission de Benoît XVI après le discours de Ratisbonne et dans l'absence de réaction occidentale à la fatwa contre Salman Rushdie. Chevènement distingue l'islam de l'islamisme salafiste. Il y voit un danger de séparatisme identitaire et de décomposition des valeurs républicaines plutôt qu'une substitution de civilisation, tout en appelant à « être ferme et pas angoissé ». Debray juge l'islamisme réactif, comme l'avait anticipé Toynbee en 1947 : sans infrastructure technique ni proposition à long terme, il relève d'un danger policier et non civilisationnel.

En conclusion, Onfray estime le naufrage inévitable, à l'image du Titanic : il ne reste qu'une éthique individuelle, une « sagesse » romaine de l'honneur et de la parole donnée, à la manière du dandy baudelairien qui se tient debout entre deux mondes. Il refuse les solutions de Mélenchon comme de Le Pen. Debray préfère parler d'« hégémonie », une domination désirée dont on profite, plutôt que de soumission. Il ajoute qu'une civilisation suppose aussi une base technique (l'image américaine, le réseau numérique horizontal, l'individu à la fois consommateur et émetteur), sans quoi elle n'est qu'une culture locale. Chevènement souligne le dépassement de l'OTAN et l'affaiblissement de la puissance américaine sous Trump. Les questions du public portent sur l'apport scientifique de l'islam médiéval (l'algorithme), sur le sacré, que Debray juge inhérent à toute communauté et qu'Onfray voit comme une construction culturelle, et sur l'effet des médias numériques sur la diversité des civilisations.

Excerpts

Debray définit la civilisation par son pouvoir d'expansion :

“il y a dans cette pluralité de tout temps toujours une civilisation qui domine les autres une civilisation qui qui les marquent une civilisation en quelque sorte qui excède ses frontières originelles c'est à dire une culture qui voyage quand on dit au fond la mission civilisatrice je pense que c'est une redondance toute civilisation seul sans missionnaire je dirais qu'une culture c'est une civilisation qui démissionne”

Onfray sur l'origine de la religion dans le rapport à la mort :

“que devient celui qui me parlait qui était chaud que je ne pouvais toucher qui me répondait qu'il me regardait qui souriait qui est l'arrêt de mort et qui ne me parle plus qui est froid et qui est comme les pierres et la réponse à cette question c'est la généalogie de la religion [...] les gens préfèrent toujours des illusions qui les sécurise des vérités qui les inquiète”

Debray sur l'expansion évangélique, qu'il juge méconnue en France :

“on ne sait pas qu'il y a dans le département de la seine saint denis plus de protestants catholiques on ne sait pas qu'il y à une église évangélique qui naît tous les dix jours en france [...] c'est une religion portatif c'est une religion de migrants c'est une religion je dirais investissement minimal et à remboursement maximal [...] c'est parfaitement d'accord avec le marché c'est parfaitement en accord avec l'individualisme”