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Bégaudeau, François

écrivain, ancien enseignant, auteur de Entre les murs

François Bégaudeau - Entretien (Si tu écoutes j'annule tout)

Artesquieu · Sep 24, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique très approximative, mêlée de jingles, de sketchs et de chroniques sans lien avec l'invité ; la synthèse suit l'entretien et ses échanges avec les animateurs)

Core ideas

Bégaudeau présente L'Ancien Régime, court livre de la collection « Insipit » où des auteurs racontent une « première fois » : il a choisi l'entrée de Marguerite Yourcenar à l'Académie française (6 mars 1980), la première femme à y siéger, un événement qu'il juge « assez anecdotique dans l'histoire de l'émancipation féminine », ce qui permet un livre à la fois informatif sur l'histoire de l'institution et drôle. Il y mêle des faits documentés et de petites fantaisies assumées (les noms qu'auraient envisagés les premiers académiciens, ou une Yourcenar qui aurait réclamé un thé et refusé l'uniforme et l'épée, que Bégaudeau reconnaît avoir « inventés » à partir de ce qu'il croit comprendre de son détachement). Il explique que l'Académie est née au XVIIe siècle, et que dans le milieu littéraire, selon lui, beaucoup d'hommes croient encore que « les femmes peuvent écrire, mais que le génie est masculin ». Il décrit l'Académie comme une « niche conservatrice, une niche de droite » dans des institutions déjà très conservatrices, qui a accueilli sous l'Occupation des personnalités peu recommandables sans réel travail sur soi après la guerre, sans pour autant, précise-t-il, que ses membres aient été nazis ou pronazis. Clara Dupont-Monod commente le livre : le rêve de Richelieu d'une langue « pure, inamovible, immaculée » est l'expression d'une France qui voudrait rester éternellement identique à elle-même, alors que la langue, avec ses mots populaires, ses métissages (le français en Angleterre) et ses images, dit les recoins d'une société (elle juge ce rêve « complètement raté »).

Sur l'actualité du jour, Bégaudeau soutient que les dirigeants et les élites ont fini par croire à leur propre discours sur la disparition de la classe ouvrière, parce qu'ils fréquentent peu d'ouvriers ; qu'au débat sur la trêve demandée aux grévistes pour ne pas gâcher l'Euro, il y a deux visions de la société, l'une d'un tout harmonieux dont les intérêts sont ceux de tous, l'autre d'une société traversée de conflits et de rapports de force, où ce n'est pas à la classe ouvrière, qui « n'a pas le pouvoir », de se rendre responsable de la bonne tenue du pays ; et que les principaux bénéficiaires de l'Euro sont à ses yeux les groupes du bâtiment qui construisent les stades. Dans un échange sur le sport comme « école de la vie » (à partir d'un numéro de l'hebdomadaire 1 contenant une interview de Marcel Gauchet), il se déclare passionné de sport, surtout comme spectateur, mais méfiant devant l'idée d'« éducation » qui renvoie pour lui au « dressage » : il préfère parler d'émancipation, trouve le sport fondamentalement individualiste et traversé d'affects « pas très reluisants », et estime que son plaisir tient précisément à ce qu'il permet de « frayer avec des affects qui ne sont pas autorisés le reste du temps », comme au cinéma ou devant un thriller. Sur les artistes qui s'insurgent contre les spectateurs qui filment les concerts, il juge qu'il y a un manque de respect pour les artistes, mais dit n'avoir aucune envie de partager la musique, observe que les Français « ne regardent pas la musique à la télévision » mais aiment regarder sur leur téléphone ce qu'ils écoutent, et ironise sur les gens qui ne savent pas taper dans les mains en rythme. L'émission comprend aussi des chroniques de Guillaume Meurice (meeting du Parti socialiste), de Mélanie Bauer (éthio-jazz) et un sketch où Bégaudeau joue Nicolas Sarkozy, qu'il est inutile de détailler ici.

Excerpts

“« Je crois qu'ils ont eux-mêmes tellement souvent dit depuis trente, quarante ans que la classe ouvrière n'existait plus qu'ils ont fini par y croire. Parce que dans un premier temps ils l'ont dit par pure idéologie, et puis ils finissent par croire leurs mensonges, par croire à leurs fables. [...] Ils croisent peu d'ouvriers dans leurs villas, donc c'est vrai qu'ils ont du mal à se rendre compte que les classes laborieuses et dangereuses ont existé. »”

“« En gros, l'Académie c'est une niche conservatrice dans les institutions françaises, qui sont souvent elles-mêmes très conservatrices, et donc on peut aussi le dire un peu plus trivialement, c'est une niche de droite. Je ne dis pas que les académiciens étaient nazis ou pronazis, mais enfin vous n'ignorez pas que pendant la Deuxième Guerre mondiale beaucoup d'institutions ont continué à fonctionner très normalement. »”

“« Moi je préfère parler d'émancipation. [...] Le plaisir qu'on prend devant un match de foot est à la fois esthétique et il est aussi celui qu'on prend devant un bon thriller, parce que ça permet de frayer avec des affects qui ne sont pas autorisés dans le reste du temps. C'est pour ça qu'on aime l'art, c'est pour ça qu'on est un peu par-delà la morale dans tout ça, et c'est très bien. »”