Boudon, Raymond
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une émission d'environ trente minutes ; transcription automatique par endroits déformée ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
Une hostilité inégale et française. Boudon précise que tous les intellectuels ne sont pas hostiles au libéralisme : les économistes et les juristes le sont moins que les sociologues, les psychologues ou les spécialistes des sciences humaines. La France y serait particulièrement hostile, à cause de traditions d'étatisme (monarchie absolue, bonapartisme) et d'une conjoncture, la Libération, où le Parti communiste était le seul à avoir gardé une « virginité » et attirait nombre d'intellectuels. Il distingue le libéralisme économique (premier réflexe, et principale cause du rejet) du libéralisme philosophique, issu des Lumières, qu'il considère comme la « matrice » des autres libéralismes : respecter la dignité et l'autonomie de l'individu, d'où les droits politiques et la liberté d'entreprendre.
L'homme libéral et l'homme « soumis à des forces ». Selon Boudon, le libéralisme voit l'homme comme un être rationnel, doué d'intentions, qui choisit les moyens qu'il juge appropriés ; ses adversaires (marxisme et notion de « fausse conscience », psychanalyse, certaines sociologies) le voient mû par des forces sociales ou inconscientes, ce qui donne aux intellectuels un rôle d'« éclaireurs » du sens commun. Tessier observe que les mouvements altermondialistes expriment aujourd'hui un rejet pur plutôt que l'adhésion à une grande idéologie de substitution. Boudon accuse une partie des intellectuels de préférer le jugement moral à l'analyse (« les belles âmes »), et rappelle que le libéralisme, parce qu'il part de l'individu (« individualisme méthodologique »), est intrinsèquement plus complexe que des explications par de grosses variables, donc difficile à rendre populaire.
Inégalités : le coton et l'école. Boudon soutient que certaines inégalités viennent d'un manque de libéralisme : le protectionnisme américain (et européen, dans une moindre mesure) sur le coton empêche les producteurs du Burkina Faso, dont le coton serait de meilleure qualité, de le vendre. Pour l'école, il juge que des mesures de « bon sens » (suppression des sanctions, allongement du tronc commun) ont « cassé le thermomètre » sans réduire les inégalités, et que l'on a raisonné en variables abstraites en oubliant la motivation individuelle ; il cite des universités anglo-saxonnes sélectives où le lien entre origine sociale et niveau atteint serait plus faible (donnée qui, dit-il, « n'a pas voulu être vue »).
Université de masse, scepticisme, théories utiles. Il lie l'affaiblissement de la pensée libérale à l'université de masse (hausse brutale de la demande scolaire à partir de la fin des années 1950, mal gérée par les systèmes centralisés, baisse de niveau), à un scepticisme et un relativisme sur la valeur de la connaissance qui renforcent la fonction critique des sciences humaines, et à une préférence pour les « théories utiles » plutôt que vraies (Pareto : une théorie peut s'imposer parce qu'elle sert des intérêts). Il cite la planification, jugée fausse après coup, et des auteurs mis longtemps à pénétrer en France (Popper, transcrit « Pop », et Hayek). Tessier ajoute que la recherche en sciences humaines devient parfois « esthétique » (il cite un penseur transcrit « la Tour », probablement Bruno Latour). Boudon conclut sur un optimisme prudent : à long terme, la vérité l'emporte.
Excerpts
“« Le libéralisme philosophique, selon moi, est la matrice à partir de laquelle naissent les autres formes de libéralisme. »”
“« C'est beaucoup plus facile de juger que d'analyser. »”
“« On a supprimé les sanctions, on a cassé le thermomètre. »”