Branco, Juan
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
Branco présente l'enjeu du procès à venir, où les États-Unis formulent 18 chefs d'accusation dont l'espionnage (175 ans de prison encourus), non comme une affaire de principe sur la liberté de la presse mais, selon lui, plus « trivialement » comme une vengeance de l'appareil d'État américain, notamment de la CIA et de son ancien directeur, humiliée par la publication par WikiLeaks de son arsenal numérique, ce qui l'aurait rendue « aveugle ». Il décrit les conditions de détention d'Assange (isolement 23 heures sur 24, très peu de visites, pas d'accès à Internet ni aux journaux dans la prison de Belmarsh), ainsi que ses années à l'ambassade d'Équateur, et estime que toute tentative de « politisation » (qu'il reproche à Snowden) affaiblit la défense. Il annonce deux axes juridiques : le traité d'extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis interdit l'extradition pour délit politique, et l'espionnage est un délit politique (« espion au service du peuple »), puis, à partir de mai, le premier amendement.
Il retrace l'histoire de WikiLeaks : plus de dix millions de documents dont aucun n'aurait été démontré faux, notamment des révélations « structurelles » (par exemple les mails de Sony), qu'il voit moins comme des scoops que comme une « bibliothèque des appareils de pouvoir contemporains » ; les débuts au Kenya (2007-2009), la vidéo « Collateral Murder » (avril 2010), les documents sur l'Irak et l'Afghanistan, les télégrammes diplomatiques, le rôle dans les révolutions arabes (appui technique en Tunisie et en Égypte), et la survie financière grâce à la solidarité et aux bitcoins après le blocus bancaire. Il défend l'idée d'une « antisouveraineté » : WikiLeaks ne prend la place d'aucun pouvoir mais « révèle » les appareils de pouvoir, en créant des « brèches de lumière » ; la vérité doit être exposée, le citoyen doit décider de ce qu'il lit sans filtre intermédiaire (il rapproche cela des gilets jaunes et de la démocratie directe), et le journaliste doit évoluer vers un rôle de médiation et de formation à l'interprétation. Il distingue WikiLeaks d'un lanceur d'alerte (le site ne révèle pas ses sources) et défend l'absence d'un « modèle de société » derrière lui.
Sur la figure d'Assange, il dit assumer une fascination mais refuse de le « héroïser » ou de le diaboliser, citant l'idée qu'une société qui a besoin de héros dysfonctionne ; il raconte avoir été « vulnérabilisé » entre vingt-quatre et trente ans, confronté à une surveillance « extrêmement violente » (il évoque des « taupes du FBI » et des caméras cachées de la CIA autour de l'ambassade, révélées par un lanceur d'alerte). Il oppose Assange à Snowden : ce dernier est, selon lui, un patriote qui croit au système et veut y revenir, alors qu'Assange remet en cause l'existence même des appareils de pouvoir ; il rappelle qu'Assange a contribué à sauver Snowden à Hong Kong. Il situe son livre dans le temps long, avec des passages narratifs sur son expérience au Quai d'Orsay et à l'École normale supérieure, et répond à la question finale (« à quoi croyez-vous encore ? ») : « à l'amour, une forme de rapport à la beauté ».
Excerpts
“« Je pense, malheureusement, que c'est beaucoup plus trivial : c'est une simple affaire de vengeance de la part de l'appareil d'État américain, et notamment de la CIA, qui a été humiliée [...] lorsque WikiLeaks a révélé l'ensemble de l'arsenal numérique utilisé par la CIA. »”
“« La puissance de WikiLeaks est avant tout d'être une bibliothèque des appareils de pouvoir contemporains, de donner accès aux citoyens au fonctionnement interne de structures qui sont par nature très opaques. [...] Cette force-là est extraordinaire, elle est même plus forte que les scoops de première ampleur. »”
“« Snowden est quelqu'un qui veut corriger le système, qui croit au système [...] c'est un patriote qui veut revenir aux États-Unis. Assange, c'est beaucoup plus radical : c'est une remise en cause systémique de l'existence des appareils de pouvoir. Lui considère qu'il y a un problème ontologique. »”