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Recanati, François

philosophe du langage et de l'esprit, professeur au Collège de France

François Recanati - Cours au Collège de France : Philosophie du langage et de l'esprit

Artesquieu · Jul 6, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique de bonne qualité sur l'essentiel, avec de nombreuses déformations des noms propres : Frege est transcrit « Frigo » ou « Fredo », Russell « Recel », Meinong « Mining » ou « Mein », Twardowski « Dovski », Dretske « Dredd », etc., corrigés ici lorsque le sens est sûr)

Core ideas

Recanati situe la référence au cœur de la philosophie du langage analytique : les théories de la référence (Frege, Russell), les « nouvelles théories de la référence » des années 1970 (Kripke et d'autres), qui reviennent à l'idée russellienne d'une référence directe, les « néo-fregéens » et les « néo-descriptivistes » qui ont réagi ensuite, et les auteurs intermédiaires (Quine, Strawson, etc.). Il ajoute que le thème est aussi central dans une tradition qu'il propose d'appeler proto-phénoménologique, celle de Brentano et de ses élèves (Twardowski, Meinong, Marty, Husserl) : la relation entre la pensée et ses objets. Ces deux traditions ne sont pas, selon lui, étanches : Husserl abandonne le psychologisme après les critiques de Frege, Russell consacre entre 1899 et 1907 une demi-douzaine d'articles à Meinong et à ses élèves, et les fondateurs de la philosophie analytique britannique ont connu Brentano par Stout. Il explique leur séparation par deux facteurs : la « dérive continentale » de la phénoménologie (d'auteurs encore proches de l'analytique, comme Reinach, à Heidegger, dont Carnap raillait le « charabia ») et le repli linguistique et culturel de la philosophie analytique anglo-saxonne, qui a longtemps connu Meinong « de seconde main ». Il rappelle la redécouverte de Meinong dans les années 1980 et celle de Brentano en philosophie de l'esprit au XXIe siècle.

Il distingue ensuite trois ambiguïtés de la notion de référence. La première, inoffensive, est que « référence » désigne à la fois la relation entre une représentation et son objet et l'objet lui-même (le « référent »). La deuxième oppose un sens étroit (faire référence à quelque chose pour en dire quelque chose : fonction référentielle, complémentaire de la prédication) et un sens large (le renvoi des mots à des choses du monde, qui vaut aussi pour les adjectifs, les verbes, voire les énoncés chez Frege) ; il rappelle que la corrélation entre référence/prédication et objets/propriétés n'est pas stricte, puisqu'on peut parler de propriétés (« la capacité d'anticipation est la propriété la plus importante chez un général »), ce qui l'amène à la distinction, empruntée à un auteur dont le nom est déformé dans le transcript (probablement Peter Geach), entre prédicat et « prédicable ». La troisième ambiguïté oppose la conception réaliste de la référence (une vraie relation entre deux choses existantes ; s'il n'y a pas d'objet, il n'y a pas de référence, seulement une « tentative ») et celle de Brentano, où la pensée vise toujours un objet intentionnel, qui peut exister ou non (un petit homme vert halluciné, un cercle carré). Cet objet est « externe/interne » : projeté hors de l'acte mental, mais sans réalité propre. Il explique cette idée par la distinction entre attribut et modificateur : un citron vert est un citron, un citron en plastique n'en est pas un ; l'« objet visé » est à entendre comme un modificateur, ce qui concilie la thèse de Bolzano (il y a des représentations sans objet) et celle de Brentano (toute représentation a un objet).

Recanati annonce sa stratégie naturaliste : l'objet intentionnel est le point de départ de l'analyse (le phénomène à comprendre, une « quasi-relation » mystérieuse), mais la référence comme vraie relation entre choses existantes est le point d'arrivée de l'explication, à partir de laquelle on reconstruit l'intentionnalité. Il s'appuie sur Dretske (dans un livre dont le titre est déformé dans le transcript) : une relation d'indication (la trace indique le passage d'un castor, la girouette indique le vent, la hauteur du mercure indique la température) est objective, ne peut pas être fausse, et devient représentation lorsqu'on assigne à un signe la fonction d'indiquer quelque chose ; un thermomètre défectueux continue à représenter la température (il l'indique « à tort ») sans l'indiquer. Une représentation peut ainsi être fausse ou vide tout en s'expliquant à partir de relations réelles ; il annonce, pour la séance suivante, l'étude d'une théorie du sens (Meinong contre Russell) fondée sur le même principe.

Excerpts

“« Il y a une notion large de référence : c'est l'idée que les mots du langage renvoient à des choses dans le monde. [...] Quand je dis "la neige est blanche", en disant "blanche" je fais référence à une propriété, la blancheur, au sens large ; mais au sens étroit, je fais référence à la neige : c'est de ça dont je parle, et j'attribue à la neige la propriété d'être blanche. »”

“« Si j'hallucine un petit homme vert et que je forme une pensée à son sujet, "il me menace", dans la perspective analytique il n'y a pas de référence : je crois faire référence, c'est comme si j'essayais d'attraper quelque chose et que je n'attrape rien. Dans la tradition de Brentano, au contraire, l'objet d'un acte mental peut être existant ou inexistant, ça n'a pas d'importance. »”

“« La hauteur du mercure dans un thermomètre défectueux cesse d'être un signe naturel de la température, mais le thermomètre garde la fonction qui lui a été assignée, celle d'indiquer la température. [...] Cette hauteur de mercure représente la température comme étant de 10 degrés alors qu'en fait il fait 20 degrés. »”