Ferry, Luc
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (un entretien d'environ vingt-cinq minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
Interrogé sur les annonces de la semaine pour l'école, Ferry juge qu'il n'y a « pas grand-chose » à en retenir, sauf le service civique (dont il se dit le concepteur avec l'amiral Béraud) : il approuve la montée de 20-40 000 à 170 000 engagements, qui offre aux jeunes reconnaissance et alternatives à des engagements « plus funestes ». Pour l'enseignement moral et civique, il estime qu'il faut des grands débats éthiques dès la maternelle et le primaire (les petits adorent les questions morales et religieuses), changer des programmes qu'il juge « débiles » (il cite l'absence d'antisémitisme, de racisme, de génocide, de communautarisme dans le programme de 2012 pour les 8-10 ans, au profit du « budget des collectivités territoriales ») et fournir à tous les 840 000 professeurs des documents d'application (comme le « Livret républicain » de 2003, avec de grands intervenants), plutôt que de former 1000 formateurs 48 heures par an ; il cite le livre « Ce que l'argent ne saurait acheter » de Michael Sandel (nom transcrit « Stangel ») comme matière pour un cours d'instruction civique.
Il revient sur l'affaire des signes religieux : il soutient l'interdiction du voile à l'école (loi de 2004) et pense que les mères accompagnatrices, qui remplissent une mission de service public, devraient aussi retirer les signes religieux, car « l'école n'est pas la maison du père » (il cite Finkielkraut) et doit parfois couper avec la famille. À propos des jeunes tombés dans la violence, il refuse de faire peser sur l'école le suivi de la radicalisation : l'éducation relève des parents, l'enseignement des professeurs ; il impute le malaise au multiculturalisme introduit depuis une quarantaine d'années dans le sillage de Mai 68, estime qu'il faut convoquer les parents quand un élève refuse un cours ou une minute de silence, rétablir l'autorité des professeurs et faire en sorte que tous les élèves réussissent quelque chose (80 % des enfants qui n'apprennent pas à lire au CP n'apprendraient jamais). Il s'insurge contre une formatrice qui demande un enseignement du français comme langue seconde : il répond que cela existe déjà à grande échelle.
Sur les religions, il dit les aimer passionnément, mais note qu'elles ont toutes un rapport au sacré et à l'absolu, qui peut nourrir la conviction de détenir seul la vérité et des dérives intégristes. Elles ne se valent pas, selon lui, face à la laïcité : le christianisme (« rendez à César... », absence de prescriptions juridiques de la vie quotidienne dans les Évangiles, Marcel Gauchet) s'y prête mieux que le judaïsme ou l'islam, qui règlent la vie quotidienne. Il reprend aussi la formule selon laquelle « toutes les civilisations ne se valent pas » (en citant André Comte-Sponville et l'affaire Guéant) au regard de la démocratie, des droits des femmes, de l'autonomie (il évoque le mariage forcé de 130 millions de petites filles d'ici 2025) et de la tradition européenne des Lumières, tout en précisant que tout ne se vaut pas non plus à l'intérieur de la civilisation européenne (esclavage, nazisme, fascisme, Vichy) et que, sur le plan esthétique, les civilisations peuvent se valoir.
Excerpts
“« C'est à mon avis un dispositif formidable. [...] C'est une très, très bonne idée que de proposer aux jeunes des engagements qui sont utiles dans la cité, qui vont être reconnus, parce qu'il y a un très grand désir de reconnaissance. »”
“« Si l'éducation n'a pas eu lieu, l'enseignement n'est pas possible. Les mots ont un sens : l'éducation, c'est les parents et les enfants ; l'enseignement, c'est les professeurs et les élèves. »”
“« Les religions ont un rapport au sacré, un rapport à l'absolu : elles ne sont pas dans le relativisme. Ce rapport à l'absolu peut entraîner la conviction qu'on détient la vérité. »”