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Foucault, Michel

philosophe

Michel Foucault - Entretien (Punir ou guérir, le crime et le criminel)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Foucault cherche à expliquer comment et pourquoi la psychiatrie, depuis le début du XIXe siècle, a mené une « stratégie de conquête » jusqu'à devenir omniprésente dans l'appareil judiciaire. Sa première explication tient à l'embarras des médecins, qui reçoivent avec l'administration des asiles le droit de faire enfermer des gens pour une durée indéterminée (alors qu'à l'âge classique l'enfermement relevait de la police ou du pouvoir royal), alors que leur savoir sur la maladie mentale est « aussi rudimentaire » et ne justifie pas l'enfermement. Pour asseoir cette responsabilité, ils construisent le grand thème du fou dangereux : au fond de la folie, il y aurait un noyau de danger, de volonté de crime. Symétriquement, on va chercher chez les criminels un noyau de folie, ce qui explique le besoin que les psychiatres ont d'aller « mettre leur nez dans les tribunaux ».

L'idée qu'un crime atroce doive être un « crime de fou » paraît évidente, mais elle a « 150 ans, pas plus » : au XVIIIe siècle, devant un crime atroce, on répondait par une punition atroce. Cette symétrie entre atrocité du crime et atrocité de la peine s'est reportée sur l'âme du criminel. Foucault distingue le crime passionnel, intelligible dans l'économie moyenne des passions (qui n'intéresse guère les psychiatres), du crime « monstrueux » inintelligible, qui pose la question de la rationalité. Il raconte le cas d'une femme condamnée et exécutée en 1810 pour avoir fait cuire sa fille avec des choux : les psychiatres avaient soulevé l'objection de la folie, mais l'argument de la famine (un intérêt économique, donc une rationalité) a fait écarter la maladie.

Il précise que les psychiatres « n'ont rien inventé » : ils répondent à une demande, car c'est l'appareil pénal lui-même qui a eu besoin de la médecine. La réforme pénale de la fin du XVIIIe siècle a voulu substituer au supplice (rituel politique répondant à l'atteinte portée à la majesté du souverain) une punition qui agisse sur le criminel et ait un effet pédagogique, ce qui a fait de la rationalité du criminel un élément fondamental de la mécanique pénale (d'où la progressivité de la peine en cas de récidive, où l'on vise le « sujet délinquant » plutôt que l'acte). Si le criminel n'est pas raisonnable, il n'y a plus de raison de le punir ; d'où la fonction des experts. Au XIXe siècle, le criminel est plus un « monstre » qu'un malade, idée que l'on retrouve ensuite dans le « criminel né » et dans les pratiques racistes ou nazies.

Foucault conclut que le psychiatre n'est pas intervenu comme thérapeute mais comme « agent de disqualification définitive » du criminel dangereux, et que cette fonction persiste : il lit une expertise de 1974 sur une petite affaire de chantage (le nom de l'expert n'est pas donné), pleine de jugements moraux (« immoral », « cynique », « paresse »), pour montrer que l'expert permet au juge de condamner pour des raisons « médicales » plutôt que morales ou juridiques, à une époque où les juges, en crise de conscience, ne savent plus quel sens donner à la condamnation. L'enjeu n'est pas de condamner tel médecin ou tel juge, mais de comprendre comment des institutions complexes et sophistiquées comme la psychiatrie fonctionnent en maintenant la possibilité de juger.

Excerpts

“« Lorsqu'un crime est commis, pourvu qu'il soit un peu extraordinaire, un peu démesuré, on dit : "ça doit être un crime de dément, ça doit être un crime de fou." Ça nous paraît une évidence, mais c'est une évidence qui a cent cinquante ans, pas plus. »”

“« C'est donc plutôt comme agent de disqualification définitive du criminel dangereux que comme agent thérapeutique d'un malade à soigner que le psychiatre est intervenu sur la scène du tribunal. »”

“« Les juges, depuis un certain nombre d'années, sont entrés dans une espèce de grande crise à la fois de conscience et de pratiques. Juger quelqu'un, le condamner, l'envoyer en prison [...] ce sont des choses qui ont perdu entièrement leur évidence. »”