Houellebecq, Michel
▶ Watch on YouTubeCoverage note: partial (un entretien d'environ vingt-cinq minutes, avec des extraits chantés et lus ; transcription automatique très déformée par endroits, surtout les noms propres, les passages chantés et l'attribution des répliques entre les deux invités, que le transcript ne distingue pas ; seules les idées nettement reconnaissables sont reprises, le reste est omis)
Core ideas
Le vide, entre bouddhisme, Pascal et poème. L'émission part d'un poème de Houellebecq dont le début est lu (« La nature souffrait sous un soleil rigide, / Et nos regards glissaient sur les reflets du vide »), alexandrins ironiques et mélancoliques. À la question de savoir si c'est le vide qui a séduit Aubert, celui-ci répond que pour lui le vide n'est pas effrayant, qu'il s'inspire du bouddhisme (l'existence comme « nœud » ou problème à résoudre dans le vide) et qu'il trouve chaque phrase du texte très dense. Houellebecq explique avoir été marqué par Pascal dans sa jeunesse et avoir longtemps eu peur des grands espaces vides, avant de comprendre que le vide était « plein de petits plus et de petits moins qui clignotent et s'annulent », peut-être plein de potentialités d'existence.
Mettre des poèmes en chanson, presque tels quels. Aubert explique avoir ouvert le recueil au chapitre « Configuration du dernier rivage » (le transcript écrit « arrivage »), s'y être « happé » et avoir choisi huit poèmes sans réfléchir ni connaître l'auteur. Contrairement aux chanteurs qui coupent de longs poèmes, il garde les poèmes brefs tels quels (parfois une petite modification) et a prêté attention à leur mise en page et à leurs voisinages dans le livre. Il laisse un point d'interrogation dans le livret et conserve des échanges de courriels avec Houellebecq sur le sens de certains passages ; Houellebecq lui a répondu à toutes ses questions, sauf sur un mystère d'initiales. Il aime les textes « très évidents » et pense avoir projeté beaucoup de lui-même dans les chansons, le sens se révélant après coup.
Amour, « anti-chansons d'amour » et pudeur. Parmi les poèmes évoqués : « Partout mais pas ici » (titre approximatif ; un appétit du monde plutôt qu'un mal-être), « Me rendrai-vous heureux ? », une chanson où des asticots et des vers blancs rappellent la mort au milieu d'une déclaration d'amour (« Delphine » dans le transcript), que Houellebecq a failli ne pas publier et que Aubert a mise entre parenthèses sur le disque, et « La Face B », comparaison entre la fin de vie et la face B d'un disque, qui joue sur le goût de Houellebecq pour les faces B. L'un des deux invités (vraisemblablement Houellebecq, le transcript ne distingue pas les voix) dit qu'il aurait « pleuré comme une madeleine » s'il avait vécu en 1820, et présente la poésie comme une manière d'exprimer la tendresse que sa propre époque l'oblige à cacher derrière des « vérités crues ». Le texte « La Possibilité d'une île » (qui est aussi le titre de son roman et de son film), chanté d'abord par Carla Bruni puis par Aubert, est jugé par Houellebecq « parfaitement amoureux » et « mixte » (un homme ou une femme peut le dire).
Un univers lyrique traversé, la place du poète. L'extrait de l'anthologie commenté contient un enchaînement abrupt (« il faudrait traverser un univers lyrique… » puis une « gifle » avec des puissances opprimées, la soif d'éternité) où chaque groupe de mots « gifle » le précédent pour arriver à un équilibre ; un interlocuteur parle d'un « haïku ». Les invités s'interrogent sur le « cœur à perception » (ou « perceptif ») du dernier quatrain, expression dont l'un des invités avoue ne pas connaître le sens, l'autre ayant cherché du côté de la monade de Leibniz et d'Héraclite ; l'un d'eux conclut que l'on ne sait pas toujours d'où viennent ses idées (« si on savait ce qu'on faisait, on ne ferait plus rien »). Houellebecq se dit moins radical qu'on l'écrit, affirme préférer Victor Hugo à Horace et voit dans l'accueil de ses premiers poèmes (1991) une surprise puis une certaine reconnaissance. Il note enfin que beaucoup de poèmes ont pour vocation ultime d'être chantés.
Excerpts
“« Le vide c'était plein de petits plus et moins qui clignotaient et qui s'annulent. »”
“« J'aurais vécu en 1820, j'aurais pleuré comme une madeleine tout le temps. »”
“« Si on savait ce qu'on faisait on ferait plus rien. »”