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Stiegler, Barbara

philosophe, professeure à l'université de Bordeaux, auteure de « Il faut s'adapter : sur un nouvel impératif politique », Gallimard

Barbara Stiegler à propos du Néolibéralisme

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ vingt-cinq minutes, suivi de la rubrique du médiateur (environ dix minutes) ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Pourquoi « il faut s'adapter ». Stiegler part du constat que l'injonction à s'adapter, à évoluer, à être flexible, mobile et compétitif a imprégné nos sociétés, alors qu'en Europe il est devenu tabou de mêler le biologique et le politique depuis le nazisme ; or le vocabulaire de l'adaptation, de la sélection et de la compétition est celui du darwinisme. Elle remonte donc à une généalogie du néolibéralisme depuis les années 1920-30. Elle écarte la piste du « darwinisme social » spencérien (laisser faire, retrait de l'État) : pour les « néolibéraux » apparus après la crise de 1929 (Walter Lippmann, colloque Lippmann), on ne peut pas faire confiance aux mécanismes naturels, car l'espèce humaine a créé par la révolution industrielle un environnement mondialisé auquel elle n'est pas adaptée, et il faut donc la « reprendre en main » par l'éducation, la santé, le droit : le plan est de transformer l'espèce humaine pour la réadapter plutôt que de changer l'environnement.

Lippmann, le gouvernement des experts et la démocratie fabriquée. Dans « La Bonne Société » (1937) et ses essais antérieurs, Lippmann décrit un divorce entre un environnement en flux ouvert et des masses figées dans des « stases » et dans la « stéréotypie » (toujours en retard sur les événements) ; la souveraineté populaire est, pour lui, une fiction rationaliste. La démocratie devient une technique de fabrication du consentement par des experts et des « sciences humaines » (psychologie pour la flexibilité), l'éducation n'ayant plus pour but d'émanciper mais de rendre mobile ; le droit sert à instaurer une compétition « loyale et non faussée » (critique de l'héritage et des rentes, justification des inégalités « naturelles »), y compris pour les chômeurs, les malades et les handicapés. Stiegler explique la force de fascination du néolibéralisme par son grand récit sur le sens de la vie et de l'histoire et par son discours sur la justice (égalité des chances « néolibérale »).

Crise du néolibéralisme et critique d'aujourd'hui. Elle suppose qu'on assiste à la fin d'une longue hégémonie : contestation de la mondialisation (Trump), du projet européen, des gauches et droites de gouvernement ; le néolibéralisme se heurte à la crise écologique, car il demande à la fois toujours plus de mobilité et de ralentir les mobilités. Pour elle, aucun élément nouveau dans la doctrine de La République en marche, « un des derniers avatars » du néolibéralisme ; elle commente l'extrait d'un responsable LREM parlant de « maintenir le cap » et de mieux « expliquer » les réformes (« le cap et la pédagogie »), et voit dans les gilets jaunes une remise en question de cette démocratie sans droit de discuter le cap.

Dewey contre Lippmann. Elle oppose à Lippmann le pragmatiste John Dewey : si l'on prend Darwin au sérieux, l'évolution est multidirectionnelle, il n'y a pas de sens de l'histoire, chaque peuple doit décider localement de sa direction par des processus de « coéducation » ; l'adaptation devient « expérimentation » et la démocratie un processus expérimental où des « publics » identifient un problème et conduisent ensemble l'expérience, avec des représentants au rôle minimal (alors que Lippmann veut limiter l'intervention des populations aux urnes). Elle voit partout des expérimentations nouvelles (santé, alimentation, agriculture, éducation) sur lesquelles s'appuyer.

Rubrique du médiateur. Le médiateur répond à deux auditeurs : d'une part sur un passage d'une émission scientifique sur l'eau où un hydrologue invité a évoqué le génocide des Tutsi (reprenant des thèses de Jared Diamond sur la pénurie de ressources) en des termes que l'association Ibuka a jugés intolérables ; le médiateur rappelle que replacer un génocide dans son contexte n'est pas le nier, mais que la présentation était hâtive et erronée sur certains points, et que la chaîne et Étienne Klein ont exprimé des regrets ; d'autre part sur l'agression verbale subie par Alain Finkielkraut, que le médiateur considère comme comportant des éléments antisémites, une enquête ayant été ouverte pour injure publique.

Excerpts

“« Il faut transformer l'espèce humaine pour la réadapter. »”

“« Une véritable démocratie, c'est un processus expérimental. »”

“« Le cap et la pédagogie marchent effectivement très bien ensemble. »”