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Green, Julien

écrivain américain de langue française, né à Paris en 1900

Julien Green - Entretiens (A Voix nue [2] - suite)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: partial (une série d'environ quatre heures et demie ; la transcription automatique est très déformée, surtout les noms propres, les titres et de nombreuses phrases entières ; seules les idées nettement reconnaissables sont reprises, les passages douteux sont omis ou hédgés)

Core ideas

Journal, autobiographie et vérité. Dans la fin du deuxième entretien, Forrester interroge Green sur son Journal et son autobiographie : il y cherche, dit-il, à dire la vérité « à tout prix », avec le même courage que dans le roman, et il admet que sa mémoire est surtout visuelle : il se rappelle bien mieux ce qu'il a vu que les paroles prononcées, d'où des conversations souvent peu reproduites. Il évoque l'évocation de sa mère, qu'il a perdue très jeune (la mort de sa mère est datée de décembre 1914, « deux jours après Noël »), de sa présence qu'il dit avoir ressentie dans la chambre où elle était morte, et son enfance protestante suivie d'une conversion au catholicisme vers 1916, ainsi que son engagement de très jeune homme comme ambulancier, puis dans l'armée américaine et dans l'armée française, avec le passage par la Légion étrangère. Il reconnaît d'avoir été encouragé par Georges Bernanos (« premier écrivain à me féliciter ») et par d'autres soutiens, matériels et littéraires, dans ses débuts (les noms sont trop déformés pour être cités). Il décrit aussi un petit livre né de son passage à Bordeaux en mai-juin 1940, où il voit les gens se préparer déjà, avec une gaieté futile, à collaborer avec le régime de Vichy ; il y défend une façon intime, non solennelle, de montrer l'Histoire.

Le romancier à l'écoute. Dans le troisième entretien, qui a lieu dans son salon aux murs rouges (couleur « pompéienne », meubles hérités de son grand-père, bibliothèque, livres sur la guerre de Sécession), Green décrit sa conception du roman : chaque écrivain se fait un « royaume » personnel, et le sien tient à ce que le romancier croie à ses personnages et « entende jusqu'au son de la voix ». Il oppose ce roman d'histoire et de passion (le romancier garde de l'enfant qui se raconte des histoires) au roman de discussion ou d'idées, citant une réflexion de Malraux dont le sens exact est brouillé dans le transcript. Pour Adrienne Mesurat, il dit avoir vu une jeune fille « qui n'avait pas l'air d'avoir beaucoup d'intérêt », devenue de plus en plus mystérieuse (« le mystère des personnes très simples ») et n'avoir jamais su, en écrivant la première page, ce qui suivrait : une force « impérieuse » l'a poussé jusqu'au bout. Il y reconnaît un don qu'il rapproche de Kafka (qui s'en méfiait), la violence et la douleur de Léviathan (il s'étonne lui-même, vers l'âge de vingt-cinq ans, d'avoir parlé ainsi de la douleur), ses mots « les plus simples » et la discipline d'une langue claire où la simplicité est l'inattendu qui surprend.

Amitiés, religion, vie intérieure. Toujours dans les troisième et quatrième entretiens, il parle de son Pamphlet contre les catholiques de France (écrit à la demande d'un directeur de revue dont le nom est déformé dans le transcript), de ses liens avec Jacques Maritain et son cercle de Meudon, de Gide (« un athée qui aurait des doutes ») dont il cite la formule des « sincérités successives », et d'une amitié adolescente très intense mais jamais avouée, avec un jeune homme américain (nommé dans le transcript « Marc de... »), qu'il rattache à des amitiés idéalisées entre personnes du même sexe dans le monde anglo-saxon. Il explique que ses romans ne traitent pas explicitement de religion mais portent un « souffle » venu à la fois du doute et d'une vie intérieure ; l'éducation religieuse ne l'a pas enfermé, mais lui a laissé la liberté d'aller vers le plus ténébreux.

Paris, langue et peinture. Il dit avoir écrit en français parce qu'il est né et a grandi à Paris, et décrit la ville comme « un décor ». Il évoque son désir de devenir peintre, son admiration pour la poésie anglaise et française (Baudelaire, Rimbaud, Villon et un Hugo qu'on osait peu admirer en France), la lecture des Mystères de Paris enfant, et la différence entre les langues : la langue anglaise (Bible du roi Jacques) et la langue française, à ses yeux plus « pure » et plus abstraite depuis Malherbe, après la richesse de Rabelais. Il note que l'on ne pense pas tout à fait la même chose en anglais et en français.

Musique, présences, enfance. Dans le cinquième entretien, Green dit tout ce que la musique apporte (Beethoven, Schubert, Schumann, Bach, interprété avec des voix d'enfants dans l'esprit de Harnoncourt) : une expression de ce que les mots ne peuvent dire, un pont avec les morts, parfois « difficile à supporter ». Il raconte l'anecdote de la dépouille de sa mère, enterrée près de Paris (au Vésinet, d'après le transcript), retrouvée longtemps après lors de recherches, après qu'il l'avait sentie lui annoncer « une bonne nouvelle » ; il parle d'une certaine sensibilité « nordique » aux fantômes et aux présences, plus rare chez les écrivains français. Il déplore la disparition du chant grégorien dans l'Église, qu'il juge « un désastre » pour le sentiment du mystère. L'entretien s'achève sur des souvenirs d'enfance (un tableau de musiciens, des images du musée du Luxembourg, et une scène traumatisante où sa mère aurait brandi un couteau à pain après qu'une sœur l'eut dénoncé pour un geste d'enfant).

Excerpts

“« Elle avait le mystère des personnes très simples. »”

“« C'est souvent la simplicité qui est inattendue, qui surprend. »”

“« Il y a beaucoup de choses que les mots ne peuvent pas exprimer. »”