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Dubillard, Roland

auteur et comédien

(Vidéo) Roland Dubillard joue des extraits de ses pièces dans "Place Théâtre"

Artesquieu · Sep 9, 2024

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Core ideas

L'enregistrement s'ouvre sur un monologue poétique et grave d'un homme évoquant la mort de sa mère, mêlant tendresse, deuil et violence contenue : le narrateur imagine monter un escalier une hache à la main, comparant le bruit d'un doigt frappant une porte à celui qui résonnait autrefois contre le nez en marbre d'un bibelot maternel, et décrit les marches qu'on gravissait comme un « paradis qui s'écroule » à mesure qu'on les redescend — texte typique de l'écriture de Dubillard, oscillant entre la trivialité du quotidien et une intensité métaphysique soudaine.

Dubillard commente ensuite sa pièce Naïves Hirondelles : il en résume le thème central comme la difficulté d'avoir une volonté, de savoir ce que l'on veut — « personne ne sait ce qu'il veut dans cette pièce » — et insiste sur le fait que ce qui lui importe le plus n'est pas l'intrigue mais l'expression des émotions et des sentiments, structurée « un peu comme de la musique » : l'intérêt de la pièce, dit-il, tient au déroulement des émotions se transformant les unes dans les autres plutôt qu'à une histoire racontable. Interrogé sur la morale de l'œuvre, il la formule ainsi : il est parfaitement inutile d'avoir des sentiments et de se mettre en colère, comme le montre la pièce et comme le montre la vie elle-même — mais cela vaut malgré tout la peine. Sur le rôle des personnages féminins, il note avec ironie qu'elles interviennent surtout comme ce qui empêche les hommes de travailler.

Suit un long extrait comique de la pièce elle-même (joué deux fois, à l'identique, dans l'enregistrement), une conversation entre des personnages âgés — Germaine, une dame appelée tour à tour Madame Séverin ou Madame Zéphyrin, et le jeune Bertrand — qui dérive de la viande achetée chez le boucher aux souvenirs de jeunesse et aux chapeaux d'autrefois, puis à la vieillesse, à la solitude et à l'absence d'argent pour « se lancer dans la vie » quand on n'a pas de famille pour vous soutenir : un dialogue typiquement dubillardien où les répliques glissent sans cesse d'un sujet trivial à un autre sans jamais aboutir à une conclusion claire, illustrant concrètement la thèse de l'auteur sur l'inutilité mouvante des sentiments.

L'enregistrement se referme sur deux sketches absurdes indépendants : le premier met en scène des musiciens payés en une monnaie fictive et exotique, le « Bouddha », dont l'un des personnages explique avec un sérieux comique qu'elle ne peut être dévaluée puisqu'elle n'est pas garantie par l'étalon-or mais par elle-même — « une monnaie structurellement religieuse » qui, précisément parce qu'elle est « folklorique », ne s'exporte pas, laissant les musiciens dépourvus d'argent utilisable à leur retour ; le second imagine une querelle de quatuor à cordes où l'introduction d'une œuvre moderne au programme d'un concert de Beethoven tourne à la dispute sur le partage des droits d'auteur, l'un des musiciens menaçant de ne pas jouer sa partition — perdue entre-temps — si le partage n'est pas fait à parts égales entre les quatre interprètes.

Excerpts

“« Personne ne sait ce qu'il veut dans cette pièce [...] ce à quoi je tiens le plus, c'est une expression des émotions et des sentiments — ça se déroule un peu comme de la musique, l'intérêt qu'on y prend est comparable à l'intérêt qu'on prend au déroulement d'une musique quelconque, ce n'est pas racontable. »”

“« Il est évidemment inutile d'avoir des sentiments, ça se voit dans cette pièce particulièrement, ça se voit aussi dans la vie, ce n'est pas la peine de se mettre en colère — mais il y a tout de même l'idée que ça vaut la peine, c'est inutile, mais ça vaut la peine d'avoir des sentiments, des émotions, et de se mettre en colère. »”

“« Le Bouddha n'a pas été dévalué, il ne peut pas — il n'est pas garanti par l'étalon-or [...] il est garanti par le Bouddha, c'est une monnaie structurellement religieuse [...] malheureusement folklorique, ce qui veut dire que le Bouddha ne s'exporte pas — total, nos Bouddhas sont restés là-bas, et nous, comme des cons, on revenait ici. »”