Luchini, Fabrice
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une série d'environ deux heures et demie ; transcription automatique par endroits très déformée, surtout les noms propres, les citations et les passages familiers ; les passages incertains sont omis ; les confidences d'ordre intime sont résumées sobrement)
Core ideas
Origines et passion de la langue. Luchini, né dans le Montmartre populaire (rue transcrite « Ramey », où son père était marchand de primeurs), raconte son enfance aux « odeurs de fruits et de légumes » et au « silence provincial », sa nostalgie d'un quartier sans voitures ni touristes et sa critique de l'agressivité des deux-roues et du portable (« la rue qui pouvait être un matériau de poésie »). Mauvais élève (« la bêtise insiste », citant Camus), il quitte l'école après le certificat d'études, devient apprenti coiffeur avenue Matignon à 14 ans, puis découvre la lecture grâce à une première fiancée (Freud, Nietzsche) et à une éditrice, avant de basculer dans le théâtre : un film de Labro, Pierre Cotrel et Éric Rohmer (« Le Genou de Claire », son premier grand rôle), puis les cours de Jean-Laurent Cochet, qui lui font comprendre « pour la première fois ce qu'il se dit » chez Molière et La Fontaine. Il s'interroge sur le « mystère » d'une passion pour la langue sans formation, et dit avoir fait 35 ans de psychanalyse.
Politique, argent et télévision. En 1968, apprenti coiffeur, il voit « une lutte des classes » dans le salon, a vaguement milité (Lutte ouvrière) puis a rejeté le « catéchisme » idéologique ; il dit détester l'égalitarisme et la haine de la hiérarchie de l'argent, admirer des gens de gauche sincères, dire aujourd'hui qu'il est de gauche « au théâtre » (fraternité de Jouvet) mais pas ailleurs, et que Macron l'a un peu influencé. Il critique le « ministère de la culture » (la culture est un travail personnel, pas une affaire d'État ; Jean Vilar n'a pas réussi à faire venir le prolétariat au théâtre), défend le prix des places (« la culture n'est pas le parent pauvre »), assume aimer l'argent (« j'aime énormément l'argent ») et la télévision populaire (C dans l'air, « Faites entrer l'accusé ») à côté de Flaubert.
Travail du comédien. Pour travailler un texte (« Le Bateau ivre » depuis six mois), il apprend à plat, ne cherche pas à interpréter ni à « aider le texte », trouve d'abord les rythmes, comme une partition, puis use le texte par la marche, la fatigue, l'épuisement, car « la pensée est le produit d'une fête musculaire » (Nietzsche) et l'ennemi est la volonté de jouer « en force ». Il explique que l'acteur est un « athlète affectif » qui doit donner du plaisir au spectateur, que le passage de l'imprimé à la sonorité est « la question fondatrice de ma vie » (il cite l'expérience de dire « Le Misanthrope » à une jeune fille), que Céline, Flaubert, Rimbaud, La Fontaine et Mallarmé sont ses auteurs, que la citation n'est pas une marque de dépression mais un hommage et un gain de concision (Guitry, Wilde), et qu'il ne se tient pas pour un écrivain mais pour un passeur. Il commente Rimbaud (l'absence totale de séduction, « j'écris pour tenir à distance »), la solitude comme condition de la pensée et de la rencontre (Nietzsche, Lévinas), la langue française (« pas de souci », « juste génial »), le rôle de la politique dans la langue, et la tyrannie du rire (Muray) et des one-man-shows.
Excerpts
“« D'abord, ne pas interpréter : trouver les rythmes et plonger dans l'œuvre. [...] Ne jamais donner du crédit à autre chose qu'à une pensée qui ait surgi de la marche : la pensée n'est que le produit d'une fête musculaire. »”
“« La citation, au contraire, c'est la preuve d'un sens aigu de ses incompétences : quand Guitry dit "j'ai de l'imagination", ça en dit bien plus que de longs discours. »”
“« Pour moi, un comédien, c'est sortir le meilleur de moi-même et de mes semblables, et le théâtre, c'est un acte de fraternité : les solitudes viennent là le soir pour s'élever au contact d'une puissance, d'un verbe. »”