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Liddell, Angélica

auteure, metteuse en scène et actrice espagnole

Angelica Liddell - Entretien (L'Heure bleue)

Artesquieu · Jul 10, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique très déformée par endroits, avec de longues séquences musicales ; les passages illisibles sont écartés et certains noms sont approximatifs)

Core ideas

L'émission s'ouvre sur un portrait : Liddell prend chaque matin son petit déjeuner en écoutant une cantate de Bach pour calmer une sensation permanente de non-sens, écrit dans son livre qu'elle « préfère être un oreiller de braise » (formule telle que transcrite), dit que le manque d'amour l'a infectée et qu'elle était « déjà brisée dans le ventre de sa mère ». Sur la vie et le théâtre, elle se compare à Mishima, angoissé toute sa vie par le dilemme entre la parole et l'action, la plume ou l'épée, qu'il aurait résolu en créant une armée puis en mettant fin à sa vie ; elle dit partager cette angoisse de la « double vie » entre le théâtre et la vraie vie. Elle affirme qu'elle part toujours de la réalité et de son intimité, qu'elle travaille « sans distance » (comme Emily Dickinson), que cela est compatible avec une construction esthétique très disciplinée et cadrée, et qu'elle transforme en actes politiques des lieux qu'elle descend « dans la conscience ». Elle refuse toute filiation avec Artaud (« ça ne peut pas être un désir d'être quelque chose, ce n'est même pas une influence »), dit avoir été surtout influencée par la peinture, et être touchée par ses lettres.

Elle lit les philosophes (Cioran, Nietzsche) comme des poètes et des êtres « immoraux et nécessaires », qui l'aident à organiser une part de « démence » intérieure ; elle part d'événements réels (les femmes assassinées de Ciudad Juárez, les attentats de Paris) qu'elle transpose dans un « lieu mythique », en refusant le « théâtre social » et la dénonciation pour faire un théâtre politique, non moraliste, qui montre une violence qui nous renvoie à nos sensations. Elle a abandonné le répertoire (Shakespeare, Médée) parce que ses références sont désormais intégrées à son univers, et fait de l'écriture un lieu de libération, une sorte de rituel d'exorcisme, qui la conduit de la « représentation » vers l'« exposition ». Elle explique que son théâtre naît de sa dépression : elle se dit en lutte quotidienne contre un désir de mourir très ancien, et ce qui la jette « dans ce puits » finit par devenir théâtre ; sur scène, ce n'est pas « une femme hystérique » mais « une guerre contre la mort », où naît le théâtre.

Sur son travail, elle se décrit comme très disciplinée, obsessionnelle dans la recherche de la beauté formelle : elle recrute des interprètes (un danseur japonais, huit jeunes femmes blondes pour le fantasme du cannibale), les laisse apporter leur matière puis l'articule dans une dramaturgie, sans expliquer ses intentions, au terme d'un « chaos » de répétitions. Elle se dit fascinée par le mal, qui nous met en contact avec notre « nature véritable, primitive », tandis que le bien relève de la vie civile ; elle refuse l'idée de provoquer par le scandale mais veut que le public éprouve quelque chose, et aller « au-delà du sentiment » jusqu'à une sensation qu'on ne sait pas expliquer.

Excerpts

“« Je suis en guerre depuis le moment où je me réveille le matin, je suis en guerre contre la tristesse. [...] Ce que vous voyez sur scène, ce n'est pas une femme hystérique, c'est une guerre qui se joue contre la mort, une authentique guerre contre la mort. Et c'est là que naît le théâtre. »”

“« Je préfère ne pas inventer. L'invention en tant que telle ne m'intéresse pas du tout, c'est quelque chose qui m'ennuie profondément. J'ai besoin de partir d'événements réels, je m'en nourris, des événements qui me touchent, qui me mettent dans un état d'angoisse, qui me perturbent. »”

“« En tant que poète, bien sûr, on est fasciné par le mal, puisque c'est le mal qui nous met en contact avec notre nature véritable. [...] Je voudrais aller au-delà du sentiment, approcher la sensation, quelque chose qu'on ne sache pas expliquer, où l'on se dise : qu'est-ce qui est en train de se passer en moi ? »”