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Havel, Václav

dramaturge et dissident tchécoslovaque

Vaclav Havel à propos de la chanson "Sur le pont d'Avignon"

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full pour l'extrait disponible, très court (le transcript ne contient qu'un fragment d'une vingtaine de lignes, sans début ni fin, avec des mots déformés ; les titres de pièces cités sont donc incertains)

Core ideas

L'extrait commence par une remarque sur la chanson « Sur le pont d'Avignon » : Havel aurait appris des chansons françaises, ainsi que le français, vers trois ou quatre ans, mais il poursuivra la conversation en tchèque, avec traduction. On lui demande ensuite l'effet de 1968 sur la réaction du public à son théâtre. Il répond que, pour un auteur dramatique, 1968 ne marque pas de changement significatif, voire le contraire : dans les années 1960, la conscience de la société se libérait et le public était avide de mots vrais, de mots pour nommer la situation et les mécanismes de manipulation de la société, qui fonctionnaient encore plus ou moins tout en commençant à se rouiller. Ses pièces avaient alors un énorme succès, avec des centaines de reprises ; mais avec l'atmosphère de liberté générale, dire la vérité par son nom n'avait plus la même nécessité.

Il formule alors une idée qu'il dit « quelque peu provocatrice » : dans la situation d'un totalitarisme en train de se décomposer, le public est beaucoup plus sensible qu'en situation de totale liberté, de sorte que le théâtre et toute la culture peuvent avoir une portée sociale et politique plus grande dans les pays répressifs. L'intervieweur lui suggère que la situation intermédiaire entre totalitarisme et liberté en Tchécoslovaquie lui a permis de produire ses grandes œuvres (il cite « La Pétition » et « La Grande Roue », titres tels qu'ils sont transcrits, qui interrogent la répression totalitaire ou semi-totalitaire), et lui demande si 1968 fut un moment de trop grande liberté pour créer. Havel refuse cette lecture : l'important n'est pas de savoir combien de gens viennent voir une pièce ni comment se portent les dramaturges, mais comment va la société, si elle s'élève dans la répression ou dans la liberté ; de ce point de vue, chaque libéralisation, chaque démocratisation, chaque décrispation, même relative, est un « baume au cœur ». Quant à sa situation personnelle, être traité en dissident en Occident ne l'amuse pas et ne lui procure aucune joie, non seulement à cause de la surveillance policière et de la prison, mais parce qu'il est très important pour un dramaturge de rester en contact avec le théâtre, d'aller aux répétitions : cela fait vingt ans qu'il n'a pas vu une seule de ses pièces jouée sur scène, ce que tous les dramaturges d'Europe confirmeront être très mauvais pour la création. Il prend soin de dire qu'il ne faut pas en conclure qu'il préférerait vivre sous une répression totalitaire.

Excerpts

“« Dans la situation d'un totalitarisme en train de se décomposer, de se désagréger, le public est beaucoup plus sensible que dans des situations de totale liberté. [...] Le théâtre et toute la culture peuvent avoir une portée sociale et politique plus grande dans les pays les plus répressifs. »”

“« Ce qui importe, c'est de savoir comment va la société, si elle s'élève dans la répression ou dans la liberté. De ce point de vue, chaque libéralisation, chaque démocratisation, chaque décrispation, même relative, est un baume au cœur. »”

“« Il est très important de rester en contact avec le théâtre, de voir ses propres pièces, de pouvoir aller aux répétitions. Pour ma part, cela fait vingt ans que je n'ai pas vu une seule pièce jouée sur les planches d'un théâtre. »”