Todd, Emmanuel
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (un entretien d'environ trente-cinq minutes, avec un extrait d'archive de Christophe Guilluy ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
La France « victime » de la mondialisation ? À partir d'un sondage de The Economist où les Français sont les seuls à placer le « pire » à égalité avec le « meilleur » pour la mondialisation (37 %), Todd répond que ces enquêtes sont dépassées : ce sont les États-Unis et l'Angleterre, pays qui ont lancé la globalisation, qui sont en train de s'en détourner (élection de Trump, succès de Sanders, Brexit), autour de la remise en cause du libre-échange. En France, les effets négatifs sont d'une autre nature : les classes moyennes « protégées » (il parle de gens comme lui, éduqués, dans les secteurs abrités) restent à l'abri grâce à l'État et à l'école gratuite, tandis que les jeunes et les catégories populaires subissent un chômage structurel d'environ 10 %. L'extrait du géographe Christophe Guilluy (« le modèle mondialisé, c'est la division internationale du travail ; les catégories modestes, on n'en a plus besoin ») décrit une « France d'en bas » sortie de la classe moyenne ; Todd dit être d'accord sur le fond, la différence tenant au sens du mot « classe moyenne ».
L'euro et l'Europe comme paralysie. Pour Todd, la première condition avant de contester la globalisation serait de retrouver une autonomie monétaire ; or la France, prise dans l'euro et le système européen, ne peut rien faire, ce qui expliquerait selon lui que le système politique « parte en sucette » et que les candidats (Fillon, Macron...) soient prêts à « faire allégeance » à Berlin. Il juge que les débats français sont « dépassés » (« on n'est plus un peuple sérieux ») et que la campagne évite l'Europe, malgré Le Pen et Mélenchon. Il raconte avoir été un « bon Européen paisible » avant Maastricht, avoir voté non, puis avoir milité pour un protectionnisme européen inspiré de Sanders ou Trump, mais conclut que l'Allemagne, devenue première puissance économique, a refusé sa « responsabilité impériale » et pratique une politique égoïste de compression de la demande.
Protectionnisme, nation et Front national. Il soutient que le protectionnisme n'est pas une doctrine mais un « pragmatisme » et qu'il suppose une solidarité nationale et territoriale entre tous les gens présents sur le sol ; il juge donc le Front national peu crédible, car il parle de sortie de l'euro et de protectionnisme tout en jugeant que « 10 % des Français ne sont pas de vrais Français ». Il se dit patriote, souhaite une « fête de la Fédération » entre électeurs du FN et Français d'origine maghrébine, et trouve que la distinction patriotes/globalistes de Marine Le Pen est conceptuellement meilleure que celle de ses adversaires, tout en affirmant que le FN n'est pas patriote. Il juge Mélenchon plus proche de la vérité que d'autres mais ne se reconnaît pas dans son style. Il critique aussi les « Décodeurs » du Monde et les amalgames faits avec des sites contestataires qu'il juge sérieux (Olivier Berruyer).
Les anglo-saxons, Trump et la « vocation historique » de la France. Todd approuve « la politique économique » de Trump et son désengagement de l'universalisme idéologique, tout en déplorant sa dimension xénophobe, qu'il lit en historien comme une dimension cachée de toute démocratie (« une population solidaire sur un territoire »). Il y voit une logique de puissance normale cherchant des alliés (Japon, Royaume-Uni), et note une « guerre civile » aux États-Unis entre élite globaliste et camp national. Il estime que la solution pour la France, pays de taille moyenne, passera par un appui sur le monde anglo-saxon plutôt que sur une Allemagne « libre-échangiste folle » : les élites françaises auront à choisir « entre Berlin et Washington », ce qu'il juge conforme à une tradition libérale commune. Il distingue « mondialisation » (communication culturelle, positive) et « globalisation » (économique, baisse des salaires), préface le livre d'Arnaud Montebourg sur la démondialisation, et rappelle (en s'appuyant sur un livre dont les auteurs sont mal transcrits, vraisemblablement Acemoglu et Robinson, Why Nations Fail) que les décollages anglais, américain, allemand ou japonais ont connu des phases protectionnistes.
Excerpts
“« On n'est plus un peuple sérieux. »”
“« Le protectionnisme, c'est un pragmatisme. »”
“« La démocratie est toujours au départ une population solidaire sur un territoire. »”