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Foucault, Michel

philosophe et historien, professeur au Collège de France, auteur de Histoire de la folie à l'âge classique

Michel Foucault : Entretien "Histoire de la folie"

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (entretien d'environ 25 minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance ici ou là ; les passages douteux sont omis ou hédgés dans la synthèse)

Core ideas

Une réédition quasi inchangée. La nouvelle édition de Histoire de la folie est la reproduction textuelle de la première, à ceci près que Foucault a supprimé une préface (en s'en expliquant en deux pages) et ajouté deux textes écrits entre-temps ; il aurait fallu tout réécrire de bout en bout pour le faire comme il le voudrait aujourd'hui. Il avoue avoir écrit ce livre faute d'avoir pu écrire l'autre, qui lui faisait envie : l'histoire des fous eux-mêmes, de cette population qui se développe aux marges de la société depuis le XVIIe siècle ; mais elle est passée « sans trace » et n'a laissé aucune mémoire, seulement le « moule creux » dans lequel médecins et institutions l'ont placée. Il a donc fait l'histoire de la « surface de contact » entre cette population et le savoir, la culture et les institutions de la société normale.

Le fou vu avant d'être entendu. À propos de l'iconographie (la peinture, la nef des fous, la fête des fous, le théâtre), Foucault relève que le fou est d'abord quelqu'un qu'on voit avant de l'entendre : jusqu'au XVIe siècle, les paroles prêtées aux fous (chez Shakespeare par exemple) sont fictives et conventionnelles : sur scène, le fou a une fonction dramatique précise, celle de dire une vérité « à l'envers » plus vraie que la vérité des gens raisonnables. Au XVIIIe siècle, on cherche la folie dans le corps (on pèse le cerveau des fous), jamais dans leur discours. L'idée que le discours porte la folie et que c'est en l'écoutant qu'on la retrouve est « très récente », une invention de la fin du XVIIIe siècle : elle conduit à la psychiatrie, puis à la psychanalyse. Il raconte en parabole l'histoire d'un ami médecin qui lui disait : si des infirmiers t'emmènent et que tu expliques minutieusement et raisonnablement que tu rentrais du travail, « on te garde » ; plus on explique la méprise, plus le discours légitime l'internement.

De la ségrégation des conduites à l'écoute de la parole. Jusqu'au XVIIe-XVIIIe siècle, les fous sont mal distingués des oisifs, des vagabonds, des hétérodoxes religieux : une catégorie générale d'exclusion de ceux qui ne se plient pas au comportement social requis. Avec l'industrie et le resserrement du réseau social, il faut déterminer l'aptitude de chacun : nous sommes « perpétuellement en situation d'examen » (écoles, institutions de triage, prisons, hôpitaux psychiatriques, centres de redressement). On distingue alors le fou (reconnu à ce qu'il dit) du criminel (à ce qu'il fait) et du débile (à ce qu'il ne peut pas faire). L'écoute de la parole a donné naissance à la psychiatrie et à la psychanalyse (qui, historiquement, dérive de la psychiatrie, malgré la distinction à laquelle tiennent les psychanalystes), et au thème du sens : tout doit avoir du sens, même le non-sens ; Foucault y voit le fondement des sciences humaines, d'où l'importance de la psychiatrie dans leurs « soubassements historiques ».

Les infirmiers prennent la parole. À partir du livre d'infirmiers d'un hôpital psychiatrique (service du professeur Koechlin), Foucault analyse le changement de statut de l'infirmier, longtemps simple gardien porteur d'ordres : on lui demande aujourd'hui ce qu'il a vu et entendu du fou, ce qui bouscule le pouvoir exclusif du médecin et donc le savoir qui s'y moulait (l'interrogatoire du fou était auparavant codé et proche de celui d'un juge d'instruction). L'infirmier est tiraillé : relais du pouvoir médical (« petit médecin ») et, comme le fou, objet d'ordres, ce qui l'incline à rejoindre le camp de ceux sur qui s'exerce le pouvoir. Foucault se demande si le statut de la folie ne va pas changer, la « déségrégation » du fou rendant la limite perméable entre folie et non-folie ; il écarte l'idée trop facile d'une proximité entre génie et folie, mais accorde que cette perméabilité peut devenir féconde.

Réception du livre, antipsychiatrie et classification. Foucault dit avoir écrit sans intention agressive, par curiosité historique ; or les psychiatres y ont vu une attaque (ils l'appelaient « l'éloge de la folie »). Depuis, les antipsychiatres mènent concrètement une critique de la genèse de la psychiatrie que lui n'avait faite que théoriquement ; s'il réécrivait le livre, ce serait avec des intentions polémiques et critiques, « à l'école » de cette contestation. Il rappelle que la classification, efficace en botanique et en chimie (Boissier de Sauvages, maître de Pinel), a servi en psychiatrie à des fins de « défense sociale » : on a classé pour exclure et désigner le désordre, plus que pour savoir ; au niveau thérapeutique, peu de familles de traitements (électrochocs, chimiothérapie), l'hôpital étant surtout un lieu de médicalisation d'une population. Il juge que la psychiatrie traverse une crise aussi profonde que celle qui l'a fait naître à la fin du XVIIIe siècle, peut-être celle qui la fera disparaître.

La nef des fous : errance et nomadisme. Interrogé sur son attention à la nef des fous, Foucault l'explique par la sensibilité de la fin du XVe et du XVIe siècle au nomadisme : l'étranger qui arrive d'on ne sait où était presque sacré au Moyen Âge (on l'accueillait sans rien lui demander) ; à partir du XVe-XVIe siècle, avec l'urbanisation et la stabilisation, l'errance devient un signe négatif. Les pays encombrés d'Europe n'ont pas, contrairement aux États-Unis, de frontière ouverte : on enferme sur place ou on expédie au-delà des mers (colonisation). Au XIXe siècle, le déplacement devient presque interdit (livret ouvrier : plus on change de patron, plus on est suspect). La nef des fous serait le premier signe de cette dévalorisation du déplacement, et il envisage un retour de l'errance sous une autre positivité (mobilité professionnelle).

Excerpts

“« il s'agit il s'agit de lui placer dans la bouche des paroles plus vrai que la vérité [...] alors cette vérité à l'envers qui plus vrai que la vérité à l'endroit c'est ça la fonction dramatique du fou »”

“« cette espèce de situation d'examen général que la société industrielle que la civilisation industrielle a pour imposer aux individus depuis le 19e siècle nous sommes perpétuellement en examen en situation d'examen à chaque instant se pose la question que peux tu fais de cela et tu capable de cet autre chose »”

“« la classification qui était un jeu spéculatif efficace dans le domaine de la botanique enfin relativement efficace cette classification a servi en fait dans la psychiatrie à des fins qui était de défense sociale [...] en psychiatrie ont classé pour exclure ont classé pour désigner le désordre »”