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Secher, Reynald

historien, auteur de travaux sur la guerre de Vendée dont une thèse soutenue en 1985 sur le « génocide franco-français »

Reynald Secher : Vendée du génocide au mémoricide

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ vingt-cinq minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres, les chiffres et quelques phrases ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

Cadrage de l'émission. L'introduction pose que des massacres ont eu lieu en Vendée entre mars 1793 et juillet 1794 et que la question est celle de leur nature exacte et de la pertinence du mot « génocide » pour qualifier certains épisodes de l'histoire nationale ; la première émission donne la parole à Secher, la seconde (la semaine suivante) à un historien qui conteste l'emploi du terme. Secher résume la chronologie : une insurrection qui commence en mars 1793, la défaite militaire des Vendéens à Savenay les 23-24 décembre 1793, et, parallèlement, une loi de la Convention (1er août 1793) qui, selon lui, prescrit l'anéantissement matériel de la Vendée et l'extermination des hommes avec déportation des femmes, des vieillards et des enfants, suivie d'une loi du 1er octobre 1793 qui viserait tous les Vendéens « sans distinction d'âge, de sexe et d'appartenance politique ».

Une extermination légale et administrative. Selon Secher, la spécificité du cas est que l'extermination a été conçue par le Comité de salut public, rédigée et votée par les députés de la Convention, puis mise en œuvre par des représentants en mission et des militaires : c'est pour lui « un crime d'extermination, génocide légal » et, à sa connaissance, un cas unique dans l'histoire moderne. Il cite Gracchus Babeuf (janvier 1795), qui forge le mot « populicide » pour désigner cette destruction d'un peuple, un mot qu'il juge proche de « génocide » (créé en 1943, dit-il, par un auteur polonais d'origine juive, non nommé dans le transcript). Il s'appuie sur des documents à 95 % d'origine républicaine, notamment des « petits papiers » signés des membres du Comité de salut public (dont Robespierre et Carnot) qui, selon lui, prouvent que l'initiative vient du Comité et non de débordements locaux ; il évoque aussi un projet d'emploi de moyens d'extermination variés (gaz, mines, poison), l'action de Jean-Baptiste Carrier à Nantes (noyades, première lettre lue à la Convention le 17 novembre 1793 et applaudie) et une phrase prêtée à Carrier (« nous ferons un cimetière de la France »). Il cite une lettre de Lazare Carnot qui, selon lui, demande l'extermination des femmes, enfants et vieillards, et un arrêté du département de l'Eure.

Les causes de l'insurrection et la tragédie morale. Il décrit l'insurrection comme une révolte populaire et spontanée de 1793, comparable à d'autres révoltes (déception de la Révolution, peur, regroupement autour de l'Église), déclenchée surtout par la méthode de conscription (un maire non élu choisit arbitrairement les conscrits) ; il soutient que les chefs (Cathelineau, Charette, La Rochejaquelein...) étaient d'abord issus du peuple et que les nobles n'ont accepté de prendre la tête qu'ensuite, souvent sous la menace. Il rappelle un épisode qu'il juge décisif : à la traversée de la Loire, le général Bonchamps mourant aurait demandé la grâce de quelque cinq mille prisonniers républicains ; pour lui, ce « crime » de clémence aurait scellé le sort des Vendéens, que le Comité aurait voulu punir. Il cite Napoléon comme observateur (la guerre de Vendée comme guerre entre deux principes, liberté et égalité), et le paradoxe de défenseurs de la liberté qui exterminent au nom de celle-ci.

Bilan chiffré et nature de la violence. Secher avance « au minimum 117 000 disparus » pour une population d'environ 800 000 habitants (chiffre partiellement déformé dans le transcript), voire jusqu'à 150 000, avec 70 à 80 % de femmes, enfants et vieillards parmi les victimes dans les communes dont les listes existent (Les Lucs-sur-Boulogne, avec 563 victimes, est la plus connue ; il cite aussi 210 communes). Il décrit un engrenage : déporter les femmes, enfants et vieillards, puis les tuer sur place, puis, parce qu'il est coûteux de distinguer républicains et rebelles, tuer tout le monde. Il évoque le général Turreau (nom déformé dans le transcript), qui aurait été amnistié, et des généraux républicains qui auraient protesté (un nom illisible dans le transcript).

De la mémoire effacée au « mémoricide ». Après la chute de Robespierre, le procès de Carrier, peu après la chute de Robespierre, aurait servi de « bouc émissaire » pour clore l'affaire, sans que les Vendéens puissent s'exprimer ; Bonaparte aurait procédé à des réparations et à une indemnisation, mais Michelet (cité) et l'enseignement officiel du XIXe siècle auraient nié ou justifié les massacres, et des textes de Clemenceau et de Jaurès, cités comme défendant la Révolution en bloc, y compris ces massacres. Secher appelle « mémoricide » cette volonté d'effacer les traces, qu'il juge conçue et mise en œuvre au plus haut niveau de l'État sous différents régimes, systématisée par la IIIe République à partir de 1870, et qui aurait conduit les Vendéens à intérioriser la honte et le déni. Il rapproche ce mécanisme du négationnisme visant le génocide des Juifs, qu'il juge reposer sur « les mêmes arguments, les mêmes méthodes et les mêmes finalités », et conclut en citant François Furet, qui parle du « plus grand massacre collectif de la Terreur » et d'un programme d'extermination énoncé par Barère le 1er août 1793.

Excerpts

“« Nous écoutons une interprétation forte de ces événements. »”

“« On tue les Vendéens non pas pour ce qu'ils ont fait mais pour ce qu'ils sont. »”

“« Nous ferons un cimetière de la France. »”