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Girard, René

anthropologue du religieux, de formation historienne, longtemps professeur aux États-Unis, théoricien du désir mimétique et du bouc émissaire

(Vidéo) René Girard : Le christianisme est-il une religion du livre ?

Artesquieu · May 4, 2021 · partial coverage

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Coverage note: full (environ quarante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance ; l'ordre de certains passages est déroulé tel que l'entretien le propose)

Core ideas

Lire et interpréter. Girard dit que l'interprétation véritable naît d'un « choc » après des lectures répétées d'un texte, quand il se met à créer des rapports nouveaux. Son exemple est le jugement de Salomon : les deux prostituées répètent la même chose, signe de la « rivalité mimétique » ; la solution de Salomon, couper l'enfant en deux, reproduit le partage sacrificiel primitif que la Bible refuse ; la figure « christique » est pour lui la bonne prostituée, prête à tout perdre pour que l'enfant vive, et non Salomon. Il lit dans le même sens le prophète Jonas jeté en mer comme bouc émissaire, l'épître aux Hébreux (« tu n'as voulu ni sacrifice ni oblation »), le sacrifice d'Abraham et Isaac, qui va « dans la direction du moindre sacrifice », puis du « pas de sacrifice du tout ».

La femme adultère. Dans l'épisode de la femme adultère de l'Évangile de Jean, il voit une scène de lapidation, forme archaïque d'exécution collective qui reproduit le mécanisme du bouc émissaire : la foule unanime, personne ne touchant vraiment la victime. Jésus se penche et écrit sur le sol pour ne pas affronter la foule du regard, puis dit que celui qui est sans péché jette la première pierre. Le premier qui renonce à jeter sa pierre accomplit « le seul geste libre » de la foule, au risque d'être lui-même lapidé ; Girard conclut que, si la société ne lapide plus, cela ne nous rend pas meilleurs et que « seul le premier geste compte vraiment ».

Une religion « du livre » ? Le christianisme n'est pas une religion du livre au sens de l'islam ou des fondamentalistes littéralistes américains : il y a quatre Évangiles, trois synoptiques et un quatrième très différent, dont les variantes ne se concilient pas au niveau des faits mais révèlent des choses (les deux possédés de Matthieu à Gérasa comme « doubles » de la rivalité mimétique, le bon larron de Luc). La vérité des Évangiles est pour lui celle d'une conformité à leur inspiration (la « canonicité »), non celle d'une chronique littérale. Il refuse les étiquettes de philosophe, de littéraire ou d'anthropologue spécialiste, et se dit plutôt à la recherche d'une théorie de l'homme contenue dans les Évangiles.

Religion archaïque et christianisme. La religion archaïque est une manière de gérer la violence née de la rivalité mimétique : une crise sociale se résout contre une victime émissaire, que la communauté sacralise ; le rite répète cette mort, les interdits répètent les séparations qui évitent la rivalité. Le christianisme « n'est pas une religion comme les autres » : il montre la foule instable (l'accueil de Jésus à Jérusalem puis sa mise à mort), le reniement de Pierre, représentant de tous les disciples, et fait parler la victime (« pourquoi me persécutes-tu ? »). Les mythes divinisent le bouc émissaire en le tenant pour coupable ; les Évangiles le divinisent comme innocent (« agneau de Dieu »), et la Résurrection n'est pas un mythe de renaissance mais révèle le mécanisme. Pour Girard, cette révélation nous expose à la violence au lieu de nous en protéger, ce qu'illustrent le Moyen Âge et les croisades ; il dit renoncer à distinguer le « sacrifice » de Jésus de l'archaïque, car entre haine et amour il n'y a pas de lieu intermédiaire. Il voit enfin dans la « mort de Dieu » un produit du christianisme, suivie de la mort des idéaux qui l'ont remplacé, et ne croit pas à la fin du religieux.

Excerpts

“« le christianisme n'est pas une religion comme les autres »”

“« la différence entre la haine et l'amour »”

“« seul le premier geste compte vraiment »”

“« est un pur produit du christianisme »”