Lacan, Jacques
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ quarante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, extrêmement bruités et souvent inintelligibles : le discours de Lacan est elliptique et la reconnaissance vocale le déforme ; le résumé ne retient que ce qui est assez net pour être attribué sans risque)
Core ideas
Dire la vérité « pas toute ». Lacan ouvre par une formule : il dit toujours la vérité, « pas toute », car la dire toute est impossible, les mots manquent, et c'est par cet impossible que la vérité touche au réel. Il compare le plateau de télévision à son séminaire : dans les deux cas il parle à un regard, à ceux qui « s'y connaissent », les analystes, même si son enseignement intéresse beaucoup plus de monde qu'eux.
L'inconscient, le langage, le corps. Il reconnaît que « inconscient » est un mot étrange, négatif, mais choisi par Freud ; l'inconscient est ce qui dépend du langage, et c'est pourquoi les animaux (qui ont l'instinct) n'en ont pas. Pour lui, le sujet de l'inconscient ne touche à l'âme que par le corps, et « l'homme ne pense pas avec son âme » comme le croyaient Aristote et les philosophes : la pensée tient à une structure, ce que montrent l'hystérique et l'obsessionnel. Il distingue psychanalyse et psychothérapie, qui agissent toutes deux par des mots : la seconde procure des bienfaits temporaires et « ramène au pire », tandis que l'analyse suit les deux versants de la structure, le sens (qui se réduit au non-sens du rapport sexuel) et le signifiant. Freud n'a pas fait de la sexualité le sens de tout ; ses rêves, lapsus et mots d'esprit sont des chiffrages à déchiffrer par l'équivoque, la métaphore et la métonymie.
Répression, capitalisme, analystes. Il récuse la « rumeur » selon laquelle la misère sexuelle viendrait de la répression par la famille, la société et le capitalisme : Freud n'a jamais dit que les symptômes provenaient de la censure ; la famille et la société seraient plutôt des effets du refoulement. Il évoque son pronostic du « racisme de l'avenir », qu'il ne dit pas par plaisir mais parce que cela lui paraît nécessaire, lié à la jouissance de l'Autre, au « plus-de-jouir » comparé à la plus-value, et à l'humanitaire qui habille nos exactions. Il appelle « discours analytique » le lien social né de la pratique de l'analyse, juge sévèrement la société internationale de psychanalyse (qu'il qualifie de société d'assistance mutuelle contre ce discours), dit que psychologues et psychothérapeutes « collaborent » au discours du capitaliste, et décrit l'analyste comme un « saint » discret au sens de Gracián, qui accepte de n'être que le déchet de la cause du désir.
Affects, femme, espérance. Les affects ne sont pas hors langage : ils sont déplacés. La tristesse, appelée dépression, est selon lui une faute morale (il cite Dante et Spinoza), une lâcheté devant le devoir de bien dire, tandis que le gai savoir est une vertu. Répondant aux trois questions de Kant, il dit que ce qu'on peut savoir est la structure du langage ; sur ce que l'on doit faire, il renvoie à l'éthique du « bien dire » ; sur ce qu'on peut espérer, il se montre sceptique envers les « lendemains qui chantent » et mentionne le suicide comme acte qui réussit toujours. Il énonce enfin ses formules sur le rapport sexuel : « la femme n'existe pas », « pas toute », l'acte sexuel est un ratage, la vérité est femme. Interrogé sur son style obscur, il répond que « ce qui se conçoit bien s'énonce clairement » n'est vrai qu'avec le temps : dix ans plus tard, ses écrits se comprennent.
Excerpts
“« je dis toujours la vérité pas tout parce que toute la dire on n'y arrive pas »”
“« l'homme ne pense pas avec son âme »”
“« ça n'est pas un état d'âme c'est simplement une faute morale »”
“« la femme n'existe pas l'homme lui existe on ne peut pas dire que ça rende la vie facile »”