Houellebecq, Michel
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (un entretien d'environ quarante-cinq minutes ; transcription automatique par endroits très déformée, surtout les noms propres et plusieurs phrases ; les passages incertains sont omis ou hédgés)
Core ideas
La poésie, le public et les préférences littéraires. Taddeï demande si l'on lit assez ses poèmes : Houellebecq répond qu'il ne s'attend pas à des miracles, le public de la poésie ayant toujours été restreint, même au XIXe siècle. Il dit préférer le XIXe siècle (Baudelaire est « le préféré de tous » et le restera) au XXe, qu'il juge en « baisse folle » (il cite, d'après un transcript flou, Péguy et Claudel), aime le XVIIe et voit un niveau de la littérature française récente qui s'est beaucoup amélioré. Il se dit content d'avoir influencé de jeunes auteurs, car la reconnaissance qu'il estime la plus vraie est « d'être aimé par les auteurs plus jeunes », la littérature se faisant par cooptation.
Une poésie constante : douleur, mort, dépouillement. Il admet que ses poèmes ont peu changé depuis La Poursuite du bonheur : la douleur, le deuil et la mort sont toujours là, avec davantage de dépouillement triste, parce qu'il est à un âge où « les gens commencent à mourir » autour de soi. Il lit des vers de Configuration du dernier rivage (« nous habitons l'absence ») et dit à propos de sa vision du monde : « ce que je sais maintenant, je le savais déjà à vingt ans », la vie ne faisant que confirmer cette vision. Il trouve « agaçant » d'avoir conservé la faculté d'espérer (l'amour, le couple, la transcendance par moments, mais pas l'enthousiasme ni la passion, qu'il juge fatigants), et se dit plutôt épicurien, lucide face à la mort.
Poèmes en musique, adaptations, célébrité. Il évoque ses poèmes mis en musique par Bertrand Burgalat (il vaut mieux, dit-il, qu'un chanteur chante, comme Léo Ferré pour Baudelaire), l'adaptation d'Extension du domaine de la lutte par Philippe Harel (il est presque toujours déçu des adaptations, car on ne peut pas lutter avec les personnages que les lecteurs imaginent), son rapport à l'image publique (il aurait pu « disparaître comme Pynchon » mais n'a pas eu la volonté de refuser), la reconnaissance par les prix (le Goncourt, qu'il dit avoir voulu, aussi parce que François Nourissier y tenait) et le fait que le succès a élargi son horizon social (gens riches, gens célèbres) sans changer ses thèmes. Il distingue sociologie des romans (statut, argent, audiovisuel) et poésie, où elle disparaît au profit de la mélancolie et de « moments bizarres » proches du rêve. Sur Marc-Édouard Nabe, il juge n'avoir pas lu son œuvre et le trouve peu « vivant ».
Monoprix, musique, bande dessinée, physique quantique. À partir de la rubrique « Le monde de Michel Houellebecq » de son site (le rhum-gingembre, les cigarettes, Monoprix), il parle avec humour de sa fidélité à Monoprix (une « gaieté urbaine » : soupes, Monoprix Gourmet), de son goût immuable pour la musique de l'adolescence (Neil Young, David Crosby, Françoise Hardy, Brian Wilson), de la bande dessinée (Pif le chien, Hugo Pratt, Pilote) et de la physique quantique, qu'il comprend mal mais qui l'attire intellectuellement (elle conduit à devenir plus positiviste, moins sensible aux questions métaphysiques). Il parle du plaisir difficile de décrire les scènes sexuelles, juge répétitif le sexe de YouPorn et cite parmi les bons écrivains érotiques Pierre Louÿs et Apollinaire.
Internet, Paris, mondialisation, démocratie. Houellebecq juge qu'Internet change réellement le monde (la ville perd son rôle historique, les échanges se virtualisent), évoque le risque d'une vie virtuelle (Clifford Simak) et son premier métier d'informaticien à l'Assemblée nationale. Il note que Paris s'est « muséifié » et appauvri (plus de SDF), idée de La Carte et le territoire, qu'il fait remonter à l'idée de 1792 de transformer la France en musée, et pense que la France doit rester compétitive en vendant son patrimoine, ses marques de luxe, ses bordeaux et son tourisme (il a vu en Chine des magasins de luxe français bien accueillis). Enfin, il explique ne voter qu'aux référendums : « je suis contre la démocratie représentative », préférant la démocratie directe, que l'internet pourrait faciliter.
Excerpts
“« La vraie reconnaissance, c'est d'être aimé par les auteurs plus jeunes. »”
“« Ce que je sais maintenant, je le savais déjà à vingt ans. »”
“« Je suis contre la démocratie représentative. »”