Castoriadis, Cornelius
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Core ideas
La démocratie athénienne comme « germe ». Castoriadis part du mot : démocratie, c'est le pouvoir du peuple, qui exerce lui-même ce pouvoir. À Athènes, « toute loi est votée par l'assemblée », avec la formule « il a semblé bon au peuple et au conseil », qui exclut toute vérité absolue ou loi donnée par un dieu, donc la loi peut être changée. Les tribunaux sont composés par tirage au sort, ainsi que la plupart des magistrats ; seuls les postes exigeant un savoir spécifique (stratèges, ingénieurs) sont élus, car « l'élection est évidemment un principe aristocratique » (Aristote). Les élus sont révocables, et la « graphè paranomôn » permet à un citoyen de traduire devant un tribunal tiré au sort l'auteur d'une loi jugée illégitime : le peuple peut faire appel de ses propres décisions. Il ne propose pas d'imiter Athènes, mais de s'en inspirer comme d'un germe pour penser autrement notre rapport à la loi, au pouvoir et à la collectivité.
Critique de la démocratie représentative. À l'inverse, la représentation moderne est pour lui une « auto-expropriation » : « les Anglais croient qu'ils sont libres parce qu'ils élisent leurs députés une fois tous les cinq ans, ils sont libres un jour sur cinq ans », et même ce jour-là les options sont déjà déterminées. Chez les Grecs, il n'y a pas d'État séparé (on ne dit jamais « Athènes décide » mais « les Athéniens ont décidé »), alors que l'imaginaire moderne reste celui d'un Léviathan monarchique contre lequel on dresse des constitutions de papier. Les citoyens anciens se passionnaient pour la chose commune ; les modernes alternent apathie et crises paroxystiques, malgré des organes d'autogouvernement qui ont surgi puis retombé (conseils ouvriers, soviets avant la mainmise bolchevique, sections parisiennes, Hongrie 1956). Il refuse l'idée d'une « science politique » : il n'y a que de la « doxa », et c'est l'éducation (paideia) civique qui forme des citoyens capables de gouverner et d'être gouvernés. Il imagine que l'informatique pourrait retirer à la bureaucratie son argument technique, si elle reste sous contrôle des citoyens.
Liberté, hubris, philosophie. Pour lui les Grecs ont créé la liberté de penser et d'agir : la philosophie est le projet de se demander ce que l'on doit penser, sans livre sacré ni vérité dernière, et la liberté de l'art (le soldat-poète qui jette son bouclier). La tragédie est une institution de la démocratie qui rappelle sans cesse l'hubris, la démesure, contre laquelle les Grecs savent qu'il n'y a pas de règle donnée (le christianisme la remplace par le péché). Il lit l'effondrement de la démocratie athénienne dans la guerre du Péloponnèse, l'expédition de Sicile et la corruption des mots décrite par Thucydide, qu'il rapproche de l'usage actuel de « démocratie ». Il récuse les images modernes de la Grèce (harmonie, mesure, lumière, « la tragédie grecque » abstraite, l'État nazi dans l'oraison de Périclès) : pour lui le monde grec est chaotique, régi par la nécessité, avec des dieux immortels mais non éternels, et le tirage au sort entre Zeus, Poséidon et Hadès est le « coup de dés » du pouvoir. Il rejette la thèse de la fin de la philosophie : ce serait une fin de la liberté.
Excerpts
“« toute loi est votée par l'assemblée »”
“« l'élection est évidemment un principe aristocratique »”
“« les anglais croient qu'ils sont libres parce qu'ils élisent leurs députés une fois tous les cinq ans ils sont libres un jour sur cinq ans »”
“« si les grecs ont créé quelque chose c'est la liberté c'est la liberté de pensée et la liberté d'agir »”