Springora, Vanessa
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ deux heures ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis ; le propos porte sur des violences sexuelles sur mineurs, rapportées sans détail explicite)
Core ideas
Première partie : Vanessa Springora. L'intervieweur présente « Le Consentement » comme un livre bouleversant, qui met fin au récit raconté jusque-là « sous la plume de l'ogre » (elle parle de faire entrer dans le champ littéraire « la voix d'une jeune fille qui avait été victime », qu'on n'entend jamais, et évoque une sorte de « Lolita » inversée, vue de la victime). Elle dit avoir tourné autour du sujet pendant des années (une dizaine de versions) avant de l'écrire à la première personne, au plus près de ses sentiments d'adolescente, et que le fait de devenir mère et d'avoir des adolescents autour d'elle l'a aidée à comprendre cet âge de grande vulnérabilité. Elle cite aussi comme déclencheur les provocations de l'écrivain mis en cause (qu'elle nomme Gabriel Matzneff) : le prix Renaudot essai en 2013, des courriers envoyés à son travail en 2015, sa volonté de maintenir son emprise. Elle décrit un adulte de cinquante ans, écrivain de notoriété, face à elle, adolescente de quatorze ans, solitaire, au père absent et violent, issue d'un milieu littéraire où la figure de l'écrivain était magnifiée, pour qui il était « impensable » qu'un grand écrivain puisse lui faire du mal.
Elle raconte qu'il lui avait interdit de lire une partie de ses écrits (journal intime, un pamphlet des années 70) et qu'en les lisant, elle a compris qu'elle n'était pas aimée pour elle-même mais pour un moment éphémère de l'adolescence, et qu'il était « un prédateur », « un chasseur » et non un amoureux des enfants ; elle dit avoir été horrifiée de découvrir qu'il se décrivait en train de payer des enfants à l'étranger, et qu'elle s'est alors reconnue dans la même manipulation, et que la relation est devenue « extrêmement violente » quand elle lui a demandé des comptes, au point qu'il a tenté de la faire passer pour « hystérique ». Elle évoque l'absence de réaction de son entourage (collège, hôpital, un gynécologue (qu'elle dit peut-être non informé), des lettres anonymes à la brigade des mineurs restées sans suite, une mère qui employa le mot « pédophile » mais ne fut pas prise au sérieux et regrette aujourd'hui d'avoir été trop complaisante dans l'esprit « il est interdit d'interdire ») et affirme que la complaisance de l'époque ne peut pas se généraliser à toute une société.
Seconde partie : Gabriel Matzneff. Dans un entretien antérieur avec Frédéric Taddeï, Matzneff se présente (« il a mauvaise réputation mais son casier judiciaire est vierge ») comme obsédé par l'amour, la beauté et la mort, évoque Montherlant et sa remarque de François Mitterrand (« le Drieu la Rochelle de sa génération »), sa jeunesse de « riche héritier » et ses origines russes, son livre de critique de télévision « La séquence de l'énergumène » (chroniques écrites dans « Combat » entre 1963 et 1965), son hostilité à l'URSS comme aux États-Unis, ses positions de défense des prisonniers et des dissidents, son rôle dans la création d'une émission orthodoxe à la télévision, son rapport à la théologie, au paganisme antique et au christianisme (« dieu et Dionysos font bon ménage »). Interrogé sur « Les moins de 16 ans » (1974) et sur sa réputation, il dit ne rien regretter, avoir fait rééditer ces textes avec une préface inédite, avoir déposé des lettres et documents pour prouver la véracité de son journal, nier avoir jamais « violé » ou été violent, et accuser ceux qui l'attaquent de ne pas l'avoir lu et de s'appuyer sur des passages isolés ; il parle aussi de sa vie matérielle modeste et de sa solitude.
Excerpts
“« C'était important pour moi de faire rentrer dans le champ littéraire la voix d'une jeune fille qui avait été victime, parce que c'est une voix qu'on n'entend jamais, effectivement, en littérature. »”
“« Mon propre entourage était tout à fait complaisant à l'égard de cette relation. [...] Il y a une sorte d'accoutumance finalement : pour certaines personnes il s'agissait de complaisance, pour d'autres on passe vite à autre chose. »”
“« Je n'ai jamais violé personne, et je n'ai d'ailleurs jamais été violent. [...] Je ne regrette rien. »”