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Onfray, Michel

philosophe, auteur de « Cosmos », Flammarion, et de la « Contre-histoire de la philosophie », fondateur de l'Université populaire de Caen

Michel Onfray - Entretien (Une bonne fois pour toutes)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ quarante minutes avec un extrait d'archive de Michel Siffre ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis ou hedgés)

Core ideas

La Grèce et le référendum. Interrogé sur le proverbe manouche qui ouvre « Cosmos » (« après-demain, demain sera hier »), Onfray s'attarde d'abord sur l'actualité : le référendum grec. Il juge la question posée très technique et prédit un vote avant tout politique, un référendum sur la personne du Premier ministre plutôt que sur un sujet, à la différence de ceux de De Gaulle. Il reproche au gouvernement de gauche radicale de faire de l'image (le refus de prêter serment sur la Bible, l'absence de cravate) plutôt que de véritables mesures de gauche : imposer l'Église orthodoxe, établir un cadastre, mieux faire rentrer l'impôt. Il craint que l'échec supposé de la gauche radicale (qu'il rapproche de Mélenchon : des tribuns qui, au pouvoir, se révèlent n'être que « de la baudruche verbale ») ne renforce l'extrême droite fasciste grecque (il cite Aube dorée), qu'il distingue de la droite « très radicale » mais non fasciste de Marine Le Pen.

Valls, la « guerre de civilisation » et les religions. Onfray revient sur sa polémique avec Manuel Valls : il dit avoir riposté après avoir été traité de fasciste et rappelle avoir seulement préféré « une idée juste d'Alain de Benoist à une idée fausse de Bernard-Henri Lévy ». Il dit défendre depuis longtemps la thèse de Huntington (un choc des civilisations, qui suppose des civilisations fondées sur des spiritualités : judéo-chrétienne, musulmane), tout en refusant d'opposer « la civilisation à la barbarie » : l'islam est une civilisation, et l'Occident aussi a décapité (Robespierre, la guillotine) et tue des musulmans par ses guerres depuis 1991. Pour lui, le Coran, la Bible, le Talmud et la Torah sont des livres où l'on peut « prélever ce qu'on voudra » pour justifier la violence ou son contraire. Il assume ne pas chercher l'onction de la droite ni de la gauche : il se dit contre la GPA aux côtés de catholiques pratiquants, tout en étant athée, et « je préfère un croyant intelligent à un athée crétin ».

Le pape François et le christianisme. Il juge le pape François « intrigant » : jésuite (ordre proche du pouvoir) qui prend pourtant le nom de saint François d'Assise (celui des pauvres) ; il salue une belle encyclique écologique, qui rompt avec l'idée biblique de domination de la nature. Il travaille alors à un livre sur la « décadence » et sur un christianisme « épicurien » : selon lui, Jésus n'a pas existé historiquement (point qu'il dit ne pas pouvoir démontrer ici), le christianisme triomphant (Paul, Constantin) est ascétique et hostile aux désirs, tandis qu'une autre tradition (gnostiques, frères et sœurs du Libre Esprit, Érasme, Montaigne) imite la vie de Jésus plutôt que son corps souffrant, ce qui rapproche le franciscain d'Épicure.

Le temps et « Cosmos ». L'émission passe un extrait d'archive du géologue Michel Siffre, resté deux mois sans montre dans le gouffre de Scarasson en 1962 (il croyait être le 20 août alors qu'on était le 17 septembre). Onfray y voit « le penseur du temps » : le temps est matériel, inscrit dans les cellules, et le temps social n'est que son habillage ; cela vaut mieux, selon lui, que les dissertations des philosophes. Le proverbe manouche, dit-il, invite à vivre pleinement chaque instant ; il évoque la culture manouche détruite par le nazisme, la sédentarisation chrétienne et la modernité, et lie à ce rapport au temps ancien (son père, ouvrier agricole, était « contemporain de Virgile ») la critique du temps artificiel des tweets, des images et de l'instant pur. Face à l'intervieweur qui cite Bachelard sur la radio, il distingue la radio d'oralité vivante de l'écrit lu comme de l'oral.

L'Université populaire de Caen. Onfray déclare que l'Université populaire, qu'il a fondée avec Dorothée Schwartz (orthographe incertaine) il y a treize ans, est menacée : elle vit de 50 000 euros de subventions régionales, vend des parapluies et des clés USB, et la Comédie de Caen lui réclame 23 000 euros pour prêter sa salle, alors que les intervenants travaillent bénévolement ; Dorothée Schwartz aurait envoyé 500 demandes de subventions. Il dit avoir le désir de continuer mais pas l'argent.

Excerpts

“« Le Coran, la Bible et le Talmud, j'ajoute la Torah : ce sont des livres dans lesquels on peut prélever ce qu'on voudra, et à partir de ce qu'on prélèvera on pourra justifier le coupage de tête ou l'inverse. »”

“« Je suis athée, mais je préfère un croyant intelligent à un athée crétin. »”

“« Il a découvert que le temps était matériel : ce n'est pas une affaire de métaphysique, mais il y a du temps dans chacune de nos cellules. »”