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Ebadi, Shirin

avocate iranienne, prix Nobel de la paix 2003, première femme présidente d'un tribunal à Téhéran

Shirin Ebadi - Entretien dans "Les Matins"

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: partial (le transcript ne contient qu'un début d'entretien d'une cinquantaine de lignes, interrompu avant la fin ; seuls les propos présents sont résumés)

Core ideas

La présentatrice rappelle le parcours d'Ebadi : études de droit, première femme nommée présidente d'un tribunal de Téhéran au début des années 1970, contrainte de renoncer à ses fonctions quelques mois après la révolution islamique de 1979 à laquelle elle avait cru, puis combat quotidien pour les droits de l'homme, plusieurs emprisonnements et menaces de mort, installation à Londres, médaille et diplôme du Nobel confisqués en Iran. Elle présente « La Cage dorée », récit du destin d'une famille (une fille, Parisa, et ses trois frères Abbas, Ali et Jawad) que la révolution déchire, fondé sur des faits réels (seules des données chronologiques ou de lieux sont modifiées) et rédigé d'abord en persan, mais publié d'abord en italien parce que la censure empêche toute publication en Iran. Ebadi dit avoir voulu rendre compte de l'injustice subie par le peuple iranien à travers une « petite histoire » familiale, plus accessible qu'un récit historique, et que cette destinée n'a « rien d'exceptionnel » : d'autres Iraniens ont vécu des faits similaires ; le livre peut éclairer les raisons des protestations actuelles.

Sur la révolution de 1979, elle explique la ferveur initiale (« la fête dans la rue », quelques semaines de liberté de la presse) puis une désillusion rapide : ils avaient eu « la naïveté » de croire que seul le départ du chah comptait et ont vu d'autres problèmes se substituer aux anciens. Elle oppose cette révolution au mouvement vert, qui n'a pas de fondement idéologique et rassemble des courants d'opinion divergents, et voit dans le titre du livre l'image de la « cage dorée » que constitue toute idéologie qui enferme les gens dans une croyance. Interrogée sur une éventuelle nostalgie du temps du chah (revenu par tête de plus de 4 000 dollars alors, plus faible aujourd'hui), elle répond qu'il y avait un plus grand confort matériel, une liberté individuelle plus grande mais pas de liberté politique (pas d'élections libres ni de presse libre), alors qu'aujourd'hui les libertés individuelles sont extrêmement limitées et le chômage fort ; elle refuse « tout angélisme » en rappelant la SAVAK d'hier et les miliciens bassidjis d'aujourd'hui, et mentionne des assassinats politiques (celui de Chapour Bakhtiar en France, ceux des « assassinats en chaîne » en Iran), dont elle fut l'avocate des victimes, sans que les procès n'aboutissent.

Excerpts

“« Je pense que pour rendre compte de l'histoire avec un grand H, il est intéressant d'avoir recours aux petites histoires, aux histoires quotidiennes de la vie intime. [...] Ce destin n'a rien d'exceptionnel : c'est le destin de beaucoup de femmes et d'hommes qui vivent en Iran. »”

“« La différence fondamentale entre la révolution de 79 et le mouvement qu'on appelle aujourd'hui le mouvement vert, c'est que cette vague de protestations n'a pas de fondement idéologique. [...] Si on enferme les personnes dans leur cadre de pensée, de croyance, quelle que soit cette croyance, on s'enferme dans une cage. Il faut ouvrir les yeux sur les nouveautés du monde. »”

“« Sous le chah, nous n'avions pas de liberté politique : pas d'élections libres, pas de liberté de la presse. Si on ne s'occupait pas de politique, on pouvait mener une vie relativement paisible. Aujourd'hui nous avons d'autres difficultés majeures : le chômage, et des libertés individuelles extrêmement limitées. »”