Loach, Ken & anglais, Loach s'exprime en
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une série d'environ trois heures et demie ; transcription automatique de la traduction par endroits très déformée, surtout les noms propres et les titres ; les passages incertains sont omis)
Core ideas
Origines, formation, BBC (épisodes 1 et 2). Né en 1936 à Nuneaton (Warwickshire), fils d'un père de famille de mineurs devenu responsable de maintenance dans une usine (qui n'avait pas pu aller au lycée faute de pouvoir acheter l'uniforme, et ne voulait pas que son fils manque d'instruction) et d'une mère petite-bourgeoise anxieuse, Loach passe deux ans dans l'armée de l'air, étudie le droit à Oxford (où il découvre la richesse arrogante de la classe dirigeante, « la première leçon politique ») et y fait beaucoup de théâtre, apprenant avec un Américain à improviser autour de « situations fondamentales ». Au lieu de devenir avocat, il fait du théâtre, puis entre à la BBC avec un stage de quelques semaines et se retrouve réalisateur d'une série policière, puis des « Wednesday Plays », fiction contemporaine à heure de grande écoute, avec une équipe de scénaristes (dont Tony Garnett, producteur) et un collectif nourri de lectures socialistes antistaliniennes ; il décrit la rencontre avec des militants ouvriers qui « laminaient » le jeune diplômé d'Oxford. Pour « Cathy Come Home », il tourne en extérieurs en 16 mm contre l'avis de la BBC, film sur les sans-abri qui devient célèbre. Il évoque son premier long métrage (« Poor Cow »), sa différence avec le « free cinema » et la nouvelle vague britannique, et « Kes » (1969), où il se sent « chez lui » dans le Nord ouvrier, avec le directeur de la photographie Chris Menges : la caméra doit être un « observateur sympathique » (lumière naturelle, optiques proches de l'œil, montage qui ne devance pas les acteurs).
Thatcher, syndicats et censure (épisode 3). Pour Loach, le projet de Margaret Thatcher (élue en mai 1979) était de détruire les accords d'après 1945 et de remplacer la coopération par la concurrence (« il n'y avait pas de société, que des individus »), et son discours sur « l'harmonie » était le « premier rang » des mensonges. Il décrit un conflit d'intérêts fondamental entre classe dirigeante (profit) et classe ouvrière (emploi, salaires, services), reproche à une partie des dirigeants syndicaux sociaux-démocrates d'avoir négocié des licenciements et utilisé la police contre des militants, et raconte comment sa série de documentaires pour Channel 4 (le titre est déformé dans le transcript) a été censurée et remontée, un seul film passant à l'antenne ; de même, son documentaire sur la grève des mineurs de 1984 (« Which Side Are You On? ») a été refusé par les chaînes. Il cite en exemple de censure « Hidden Agenda » (sur l'Irlande du Nord, accusé par des politiciens et boycotté par des salles), « Le vent se lève » (sur la guerre d'indépendance irlandaise et la partition) et « Sweet Sixteen » (interdit aux moins de 18 ans à cause du vocabulaire écossais des adolescents).
Collectif de travail et méthode (épisode 4). Loach insiste sur la constance de ses collaborations (le scénariste Paul Laverty, le chef opérateur Barry Ackroyd, la productrice Rebecca O'Brien, le compositeur George Fenton, le monteur Jonathan Morris) : le cinéma est « le résultat du travail de plusieurs personnes » que le réalisateur doit amener à une « voix unique ». Le scénariste est « le premier créateur » ; les acteurs, souvent choisis pour leur classe sociale, dialecte et expérience (ouvrier jouant un ouvrier), sont « très vulnérables » et leur instinct, fragile, doit être protégé ; il tourne dans l'ordre chronologique, ne donne pas tout le scénario à l'avance et filme les surprises, parce que « l'authenticité » vaut plus qu'une scène répétée six ou sept fois. Il préfère le terme « réalisateur » à « cinéaste » parce qu'un film n'est pas l'œuvre d'une seule personne, défend le montage sur pellicule, juge ses Palmes d'or utiles surtout parce qu'elles élargissent le public, et se dit mauvais spectateur (« je préfère la radio »).
Politique d'aujourd'hui (épisode 5). À propos de « Sorry We Missed You » (l'« ubérisation », travailleurs « auto-entrepreneurs » qui assument les risques à la place des employeurs), Loach dit qu'il faut commencer chaque film « d'une position d'ignorance totale » et sans cesse mettre ses idées au défi ; le cinéma industriel (films d'action, richesse sans explication) le fatigue. Il juge Tony Blair très à droite et responsable de la guerre d'Irak, défend Jeremy Corbyn (programme radical de propriété commune et d'investissement public, plus d'un demi-million de membres), accuse les médias (BBC, presse) de vouloir l'empêcher d'être élu et le Daily Mail d'avoir soutenu Hitler dans les années 1930, décrit une classe ouvrière « fragmentée », « fatiguée, en colère » qui se tourne vers de fausses solutions (immigrés, Union européenne) alors que, selon lui, « c'est le système » qui est en cause. Sur le Brexit, il dit avoir voté pour l'Europe « avec le cœur lourd », voudrait une Europe fondée sur la propriété collective et non sur le libre-échange, et voit dans l'accord de Johnson un projet d'extrême droite. Il termine en évoquant « Bread and Roses » (la scène de la grève des femmes de ménage où la sœur aînée révèle ce qu'elle a dû faire pour nourrir sa famille) et les camionnettes qui reviennent dans ses films, « moyen de transport de la classe ouvrière », lieux de débats collectifs.
Excerpts
“« Le scénariste, c'est le premier créateur. »”
“« La caméra est un observateur sympathique, qui regarde les gens avec chaleur. »”
“« Il faut commencer d'une position d'ignorance totale. »”