Céline, Louis-Ferdinand
▶ Watch on YouTubeCoverage note: partielle — fragments récupérés d'un ou plusieurs entretiens, sans début ni fin clairement identifiables
Core ideas
Dans ces fragments d'entretien, Céline développe d'abord une critique de ce qu'il perçoit comme le sectarisme moral de son époque, reprochant à l'opinion publique de ne représenter qu'un seul camp comme habité de « martyrs » sans jamais admettre que des « crapules » aient pu s'y trouver aussi — une remarque qu'il applique notamment à la mémoire de la guerre et de l'Occupation, et qu'il prolonge par des considérations très contestables sur une prétendue « question raciale » liée à la démographie mondiale, opposant une « Asie qui a faim » à une « Europe qui a peur », dans des termes ouvertement déshumanisants envers les populations asiatiques.
Une large partie de l'entretien est consacrée à des jugements littéraires : il place Shakespeare au-dessus des classiques français pour sa capacité à mêler tragique et rire, loue la « trouvaille » et la mélancolie profonde de François Villon tout en fustigeant ses récitateurs académiques, et défend La Fontaine et Villon comme les seuls écrivains français ayant, selon lui, atteint une forme de perfection immédiate et sans afféterie. Il critique sévèrement le classicisme français comme un « ronron » guindé et pédant, illustré selon lui par le ton des nécrologies du Figaro, et livre une analyse de Marcel Proust mêlant admiration pour son génie littéraire et propos ouvertement homophobes sur l'homosexualité de l'écrivain, qu'il présente comme un facteur de complaisance ayant selon lui « officialisé » et rendu socialement acceptable ce qu'il appelle la « pédérastie ». Il évoque aussi Balzac et Stendhal comme des écrivains ayant compensé par l'écriture un mal-être fondamental, défendant l'idée générale que l'on n'écrit que par compensation d'une inadaptation à la vie — jamais, selon lui, par bonheur.
Céline revient longuement sur son enfance dans une misère « digne » du petit commerce parisien vers 1900 (les nouilles cuisinées par sa mère dentellière, les courses effectuées comme garçon de magasin, une famille vénérant les riches par nécessité de survie), sur sa vocation médicale précoce et durable, et sur la manière dont sa conscience sociale ne serait apparue que tardivement — après la guerre de 14, à travers la figure honnie des « embusqués » profiteurs — sans jamais, insiste-t-il, être passée par un antisémitisme de départ. Il détaille sa situation financière contractuelle contraignante avec son éditeur Gallimard, qu'il compare à une forme d'« esclavage », discute des origines biographiques de certains personnages de son œuvre (Courtial des Pereires, inspiré d'un certain Henri Marchandeau/Graffigny selon la transcription), de son mariage et divorce à Rennes, de son remariage en 1942, et de son exil et internement au Danemark. L'entretien se referme sur une proposition inattendue et assez décousue d'adaptation cinématographique de Voyage au bout de la nuit, dans laquelle Céline imagine une scène finale autour d'un vieux gardien de cimetière militaire remplacé par une famille de réfugiés arméniens.
Excerpts
“« Regardez le classique français [...] on sait la vérité, alors on la connaît, on y met de temps en temps une fantaisie, une vraie fantaisie de très bon ton [...] c'est du pédantisme, c'est ça. »”
“« Vous avez à la fois le tragique et le rire, vous avez gagné, n'est-ce pas, que les autres, c'est un monoton [...] c'est plus complet, ça tient mieux le coup et le temps. »”
“« C'était la misère, c'était la misère, c'était la misère digne, c'est ça, c'est affreux [...] j'ai mangé les nouilles toute ma jeunesse, la mère réparait les dentelles anciennes, et il fallait laver le passage avant de partir au bureau. »”