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Michéa, Jean-Claude

philosophe, ancien professeur de philosophie à Montpellier, né à Paris en 1950, auteur de Orwell anarchiste tory, L'Enseignement de l'ignorance, Impasse Adam Smith, Le Loup dans la bergerie

Jean-Claude Michéa - Entretiens (A Voix nue)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une série d'environ quatre heures et demie ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et plusieurs phrases ; les passages incertains sont omis ou hédgés)

Core ideas

Une enfance communiste et la « décence commune ». Michéa dit n'aimer ni les interviews ni les médias (« pour vivre heureux, vivons cachés », devise inspirée de Guy Debord). Né dans le XIIe arrondissement de Paris, fils de deux permanents du Parti communiste (un père journaliste sportif, fondateur du Miroir du cyclisme, une mère sténotypiste) issus d'une longue lignée « rouge », il décrit la contre-société communiste des années 1950, la fierté ouvrière (« on n'avait pas honte de ses origines », à la différence du récit d'Eribon), une éducation où l'enfant participait aux conversations d'adultes, des parents désintéressés (un père qui refuse de quitter le parti pour une radio privée), un « enfer » de bibliothèque où il découvre à quatorze ans Matérialisme et empiriocriticisme de Lénine, d'où sa vocation de professeur de philosophie. Il se dit devenu révolutionnaire « par conservatisme » (fidélité à la tradition familiale) et non par révolte.

Mai 68, retour au PC puis Debord. Au lycée, un jeune professeur trotskiste le fait douter du stalinisme ; il devient guévariste, puis maoïsant à la Sorbonne (Pierre Macherey, Badiou), part à Cuba en 1968 et approuve même brièvement l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie. Il raconte ensuite son éloignement des gauchistes (qu'il perçoit comme des bourgeois « traitant les jeunes communistes comme des domestiques » et un symbole : le « chapeau » pour les cigarettes qui se vide) et son retour au PCF en 1969 jusqu'en 1976. Nommé à Montpellier (1973), il y découvre les situationnistes et Guy Debord, dont la critique du capitalisme ne demande, selon lui, aucun « maquillage », contrairement au marxisme universitaire sophistiqué (il se dit « idéologue » capable de faire d'un discours de Brejnev du Marx). Il rompt avec le parti en 1976 tout en gardant ses amitiés, épicurien et fou de football, professeur de philo pendant trente-neuf ans, refusant classes préparatoires et université pour enseigner à des élèves qui ne seront pas philosophes.

Debord et les situationnistes. C'est à Montpellier, vers 1974, que des collègues anarchistes et situationnistes lui font découvrir Guy Debord et l'Internationale situationniste, alors qu'il est encore au parti. Après des années de « maquillage » théorique du discours officiel (faire d'un discours de Brejnev un modèle de fidélité au livre III du Capital), il y trouve une critique radicale du capitalisme développé, héritière de Marx, Bakounine et Proudhon, qui n'exige aucun maquillage : il relit chaque année La Société du spectacle et y découvre toujours quelque chose, y voyant des munitions intellectuelles d'une honnêteté et d'une finesse inégalée pour rester critique du capitalisme sans rester stalinien. Cette critique éclaire le vécu plutôt que de fournir un catéchisme : les voyageurs du métro, regard vide et écouteurs aux oreilles, chacun dans sa bulle, lui illustrent la « critique de la séparation ». Il n'a jamais rencontré Debord, mais en connaît des anecdotes par son futur éditeur Alain Martin, qui travaillait alors chez Champ libre et le décrit généreux et magnifique, parfois colérique et dur, tout en jugeant ses textes toujours actuels. Il rattache aussi les situationnistes à son itinéraire par Simon Leys : Les Habits neufs du président Mao (1971) aurait été publié par Champ libre à la demande de Debord et des situationnistes, qui avaient démystifié la Révolution culturelle dès 1966 dans l'Internationale situationniste (textes signés Guy Debord et René Viénet). Il précise enfin que sa méfiance envers les médias est d'abord un simple « j'aime pas », que la lecture de Debord a seulement permis de rationaliser après coup.

Devenir auteur « à 45 ans » presque malgré soi. Michéa raconte comment, par amitié, son éditeur Alain Martin (Climats) l'a conduit à publier Orwell anarchiste tory (1995, d'abord imaginé comme une publication confidentielle, qui s'est bien vendu après une critique du Canard enchaîné), puis un petit livre sur le football, L'Enseignement de l'ignorance (né d'un entretien), Impasse Adam Smith ; il dit n'écrire que sous la contrainte de ses amis (« chantage affectif ») et utiliser les « scolies » (notes de notes) comme ersatz de présentation dialectique. Il rappelle son rôle dans la découverte d'Orwell en France et un article sur Orwell jugé « impubliable » au début des années 1980 (Jorge Semprún, ami proche, avait en vain tenté de le placer) car il liait critique du capitalisme et critique du totalitarisme.

Marx, progrès, « gauche », socialisme. Il distingue chez Marx la critique de la logique du capitalisme (toujours pertinente) et le matérialisme historique avec sa « théorie des stades » (le capitalisme comme étape nécessaire vers le socialisme), qu'il juge « la plus dangereuse » : elle justifierait le productivisme, la centralisation et le socialisme d'en haut (Lénine). Il y oppose Orwell, Christopher Lasch et les socialistes libertaires (Proudhon, Bakounine) : devant chaque « pas en avant », se demander « est-ce que ce pas en avant nous rend plus humain ou moins humain ? ». Il refuse de se dire de gauche (le mot, selon lui, ne désigne plus que les classes aisées urbaines, les socialistes du XIXe siècle ne s'en réclamant pas) et se dit « socialiste anarchiste », admirateur de Podemos tel qu'il a commencé (« ceux d'en bas contre ceux d'en haut ») ; il se dit non progressiste mais pas conservateur, parlant d'un « moment conservateur » dans le socialisme, et récuse l'étiquette de « néo-réac » (Daniel Lindenberg, 2002) en y voyant un amalgame destiné, après la chute de l'URSS, à discréditer toute critique du capitalisme.

Les Landes, la nature, la décroissance. Installé depuis deux ans à la frontière des Landes et du Gers, dans un village sans commerce ni transports, il confirme les analyses de Christophe Guilluy sur la « France périphérique » et décrit, avec humour, son apprentissage de la nature (bambous « métaphore du capitalisme », taupes, sangliers, chasseurs avec qui l'intégration se fait), sa critique des citadins qui veulent réintroduire le loup, et sa conviction qu'une révolte viendrait plutôt de la « France qui passe de loin des métropoles » que de Paris (comme la révolte des vignerons de 1907, ou Détroit après la désindustrialisation). Il conclut que, si la logique du capitalisme mondialisé n'est pas arrêtée, « nous allons vers l'effondrement écologique », et que le post-capitalisme aura retrouvé quelque chose de l'agriculture paysanne (Samir Amin, Via Campesina, les Bourguignon, Solutions locales pour un désordre global).

Excerpts

“« Pour vivre heureux, vivons cachés. »”

“« Est-ce que ce pas en avant nous rend plus humain ou moins humain ? »”

“« Je ne suis pas de gauche, je suis socialiste. »”

“« il y à montpellier une merveilleuse faune anarchistes et situationniste »”

“« chaque année je redécouvre quelque chose parce que c'est une conceptualisation où là il ya aucun maquillage là je vois quelqu'un qui s'inscrit dans l'héritage de marx bakounine de proudhon »”

“« vous êtes dans le métro ces jours ci je vois je l'avais dit hier les gens le regard vide les écouteurs fixé chacun dans sa bulle et je pense à d'abord la critique de la séparation je comprends que lorsqu'ils critiquent le capitalisme c'est pas une critique d'idéologues c'est une critique qui éclaire le vécu »”