Van Reybrouck, David
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Core ideas
Contre les élections, pour la démocratie. Van Reybrouck dit se sentir « ardent démocrate » mais contre les élections si la démocratie s'y limite : voter, c'est donner un caramel à quelqu'un qui a faim. Il note qu'on expérimente la démocratie depuis trois mille ans, les élections depuis deux cent cinquante, les partis depuis autant, les réseaux sociaux depuis cinq ans. L'exemple du Congo montre que des élections imposées ont apporté corruption, violence et tensions ethniques mais peu de démocratie, et même Hitler a été élu. Des quatre diagnostics en présence (populistes, technocrates, partisans de la démocratie directe type indignés, et le sien), il rejoint les indignés pour dire que le problème est la démocratie représentative, mais « élective » : il existe d'autres moyens de créer de la représentativité sans passer par les élections, les médias et le marketing.
Une origine aristocratique. S'appuyant sur l'historien Francis Dupuis-Déri et sur Bernard Manin, il soutient que les révolutions américaine et française n'ont pas fondé la démocratie, dont elles se méfiaient : pour Aristote, Montesquieu ou Rousseau, le tirage au sort est démocratique et l'élection aristocratique. « L'élection est la procédure à travers laquelle on installe une nouvelle élite » : on a ensuite démocratisé la procédure en l'étendant à tous, mais le tirage au sort a été marginalisé (jurés d'assises) et, au XIXe siècle, discrédité par le tirage au sort militaire.
Le tirage au sort délibératif. Il propose de compléter, non de supprimer d'emblée, les élections par des panels de citoyens tirés au sort. Exemple central : la convention constitutionnelle irlandaise (33 élus, 66 citoyens tirés au sort, 14 mois), qui a abordé le mariage homosexuel dans la sérénité, alors que ceux qui délibèrent n'avaient pas à se faire réélire. Il cite James Fishkin (sondage délibératif au Texas, où le soutien à payer plus pour l'énergie durable passe de 40 à 85 %, puis en Irlande du Nord sur l'éducation), le G1000 qu'il a organisé en Belgique en pleine crise sans gouvernement, et l'idée d'un Sénat tiré au sort ou de panels citoyens pour fixer des « objectifs du millénaire » européens. Il insiste sur la différence avec un sondage ou un référendum : demander « ce qu'ils pensent quand ils ont eu la chance de penser ».
Confiance, populisme, marchés. Dans le triangle gouvernement, citoyens et marché, le pouvoir a migré vers les marchés, tandis que citoyens et politiques se méfient mutuellement ; il cite le baromètre de la corruption de Transparency International, qui place les partis politiques en tête des institutions jugées corrompues (67 % en Belgique, 73 % en France, 83 % en Espagne, 90 % en Grèce). Il plaide pour qu'on écoute les électeurs populistes plutôt que de les mépriser : le populisme est un symptôme d'une démocratie « bouffée » par les élections, les médias et les partis, et « dès qu'on traite le citoyen comme un adulte il se comporte comme un adulte ». Il compare l'isoloir au trafic routier, où l'on se comporte plus mal, et conclut que les partis ont « mal aux dents » mais doivent aller chez le dentiste.
Excerpts
“« le livre s'appelle contrer les élections sous-entendant que c'est pour la démocratie »”
“« l'élection est la procédure à travers laquelle on installe une nouvelle élite »”
“« ce serait beaucoup plus intéressant de demander ce qu'ils pensent quand ils ont eu la chance de penser »”
“« dès qu'on traite le citoyen comme un adulte il se comporte un adulte »”