Éluard, Paul
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits déformée : plusieurs passages des poèmes lus sont incertains, noms propres approximatifs ; les passages douteux sont omis)
Core ideas
L'émission s'ouvre sur une réponse d'Éluard à la question « Pourquoi écrivez-vous ? » : la poésie n'est pas un métier mais une fonction, le seul moyen qu'il ait trouvé d'être libre. Il écrit depuis l'âge de 14 ans, a toujours l'impression de se répéter (sujets variables, nature, amour, aventures intimes ou faits extérieurs, mais fond « sensiblement le même »), dit que le poète « fait ce qu'il peut et non ce qu'il veut » et que la poésie, « premier des arts », doit porter un sens et donc être sincère : il ne croit pas qu'on puisse citer « un seul poète qui ait menti ».
La conversation porte ensuite sur l'anthologie qu'il vient de composer, présentée dans sa préface comme un choix subjectif, adressé à ses amis : « le meilleur choix de poèmes est celui que l'on fait pour soi », chaque poème étant de ceux qu'il aurait voulu passionnément écrire. Interrogé sur la période choisie (le XIXe siècle, jusqu'en 1918), il répond par la provocation (rien ne scandaliserait plus que de ne pas étendre davantage la place faite au Moyen Âge ou au XVIe siècle) et par une réserve morale : dépasser 1918 l'obligerait à parler d'hommes qu'il connaît et dont il aime le talent, sans pouvoir tout dire. Il aurait voulu faire une place plus large à la prose et aux frontières de la poésie en vers, au risque de « réimprimer en entier la bibliothèque de mon cœur », et évoque un projet d'anthologie de poésie en traduction (Whitman, la poésie espagnole, Cervantès), dont il admet les obstacles (l'obstacle des langues est « rédhibitoire »).
Sur ses goûts, il prend position : il regrette la contradiction entre l'homme et l'œuvre chez Claudel, auquel il fait pourtant une large place (les poètes qu'il aime ont pour principe de « tout dire », jusqu'à en perdre la raison ou la vie, ce qui n'est pas le cas de Claudel) ; il aimait l'homme Valéry mais sa poésie « formelle », qu'il admire, ne le touche pas. Pour lui, deux pierres de touche de la poésie sont l'humour (la comédie) et l'érotisme (le drame), d'où la place de Cros et de Jarry, et d'une poésie érotique représentée par Desbordes-Valmore, Baudelaire, Verlaine, Germain Nouveau, Marcel Schwob, Henry Bataille. La suite de l'émission est un montage de lectures : un poème de la Résistance (« souvenir de Grèce » selon l'annonce) où des jeunes dansent, fusil au dos, dans la nuit, en chantant un « air de liberté » ; puis le cinquième poème d'un recueil né des collages de Max Ernst (« Je vis dans les images innombrables… », un long chant d'affirmation de la vie « malgré la mort », où le poète « répond de la vie » et se dit à la fois spectateur, acteur et auteur, la femme, son mari et leurs enfants).
La dernière partie est un hommage à deux poètes martyrisés : Saint-Pol-Roux, « le Magnifique », poète vivant à l'extrême pointe de la Bretagne, à Camaret, dont l'émission rappelle la fin tragique (une longue agonie, sa fille « Divine » elle aussi torturée), et Max Jacob, mort en martyr quatre ans plus tard à 67 ans, tous deux unis « par la grâce de l'esprit et par la gentillesse ». Le programme se conclut par la lecture du poème que Saint-Pol-Roux adressait à Max Jacob en 1928 (« Ne pleurez pas le Gaélique de Quimper… »), évocation joyeuse et mystique où Max Jacob, devenu poète de la terre et du divin, « pêche l'angélus du matin dans l'eau très sainte du Jourdain », et par une phrase de conclusion : les poètes finissent par incarner ce qu'ils ont chanté, et appartiennent « à la légion des hommes bons, des hommes clairs, qui savent ce qu'ils veulent ».
Excerpts
“« La poésie n'est pas un métier, c'est une fonction. Je ne peux m'empêcher d'écrire, et c'est le seul moyen que j'ai trouvé dans ma vie d'être libre. [...] Le poète fait ce qu'il peut et non ce qu'il veut ; le tout est qu'il ait quelque chose à dire, car la poésie, étant le premier des arts, porte sens, et pour porter sens il faut que le poète soit sincère. »”
“« Il y a certainement deux pierres de touche à la poésie : je ne dis pas que c'est toute la poésie, mais l'humour et l'érotisme, l'humour étant la comédie, l'érotisme le drame. »”
“« Je vis dans les images innombrables des saisons et des années, je vis dans les images innombrables de la vie [...] je vis dans la misère et la tristesse et je résiste, je vis malgré la mort. [...] Je réponds de la vie, je réponds d'aujourd'hui et de demain. »”